Tribune d'Information sur le Rwanda

Posts from — mars 2010

Rwanda-Justice : en République bananière, justice inhumaine.

Rose Kabuye relâchée et laissée en liberté par la justice française, Victoire Ingabire privée de liberté par la justice rwandaise. Le parallélisme entre ces deux cas est très instructif sur l’idée que le régime du FPR de Paul Kagame se fait de l’Etat de droit.

Rose Kabuye

Rose Kabuye est cette colonelle de l’Armée du FPR actuellement directrice du protocole de Paul Kagame. Elle fut impliquée dans l’attentat terroriste du 6 avril 1994 qui coûta la vie aux présidents Juvénal Habyarimana du Rwanda et Cyprien Ntaryamira du Burundi ainsi qu’à leurs suites. Ont également péri dans cet attentat trois citoyens français membres de l’équipage de l’avion abattu par des missiles sol-air tirés par un commando du FPR.

En 2006, sur plaintes des familles des victimes et après des années d’enquête, le juge anti-terroriste français Jean-Louis Bruguière émit neuf mandats d’arrêt visant des proches de Paul Kagame dont Rose Kabuye. Le régime de Kigali riposta par la rupture des relations diplomatiques avec la France. Devenu Ministre des Affaires étrangères de France, l’ami de longue date de Paul Kagame, le « french doctor » Bernard Kouchner s’employa à bloquer les poursuites engagées contre les proches de Paul Kagame allant jusqu’à se jouer le rôle de conseiller des inculpés rwandais au détriment des plaignants pourtant citoyens français.

Ainsi, en 2008 il a lui-même reconnu avoir conseillé au régime de Kagame de livrer un des inculpés à la justice française, ce qui permettrait d’avoir accès au dossier d’accusation et par la suite chercher comment le fragiliser. C’est ainsi que Rose Kabuye s’est faite arrêter en Allemagne et transférée à Paris. Cette mise en scène concoctée par B. Kouchner et P. Kagame donnera lieu à une série d’actions aussi burlesques que méprisables. Le régime de Kigali cria à la surprise et à la trahison de la part de l’Allemagne et rappela son ambassadeur à Bonn. Des manifestations “spontanées” furent organisées quotidiennement à Kigali drainant des foules aux cris de « Rendez-nous notre Rose… ». Le FPR n’a pas eu honte de mentir à sa propre population en la jetant dans la rue pour une “cause” que le régime savait pertinemment bien qu’il s’agissait d’une mise en scène.

Logée dans un hôtel de luxe à Paris, après avoir épluché le dossier avec ses avocats, Rose Kabuye toujours sous contrôle judiciaire, eu d’abord droit d’aller passer les fêtes de Noël et du Nouvel an auprès des siens à Kigali avant de lui permettre d’y rester . Ingabire - KabuyeSa seule parole comme quoi elle se présenterait chaque fois qu’elle serait convoquée a suffi pour que les juges la laissent en liberté conditionnelle.

Victoire Ingabire Umuhoza

Victoire Ingabire est cette femme politique qui préside un parti d’opposition : les Forces Démocratiques Unifiées : FDU-Inkingi. Elle vivait en exil en Hollande depuis 16 ans. Cette formation politique est active dans plusieurs pays étrangers. En 2009, ses leaders décident d’aller l’implanter au Rwanda en vue de l’élection présidentielle de 2010 et pour laquelle Victoire Ingabire fut désignée candidate des FDU. C’est ainsi que le 16 janvier 2010, Victoire Ingabire débarque à Kigali pour faire enregistrer son parti, poser sa candidature à l’élection présidentielle, faire campagne et se faire élire comme Présidente de la République en août 2010. Seulement c’était sans compter avec le régime dictatorial qui n’est pas du tout disposé à entendre une voix discordante dans le paysage politique rwandais.

– Dès les premiers contacts avec l’administration locale de base, Victoire Ingabire fut physiquement agressée par des miliciens du parti au pouvoir, son collaborateur tabassé et son sac à main confisqué ;

– La presse officielle et pro-FPR se déchaîna contre elle par des attaques souvent personnelles et abjectes. Le seul quotidien pro-gouvernemental « The New Times » a battu tous les records de bassesse dans laquelle peut tomber une presse partisane.

– Elle fut convoquée dans le département de recherche criminelle (CID) de la police où elle fut accusée de « révisionnisme, de véhiculer l’idéologie du génocide et d’être en contact avec des groupes terroristes » ;

– Son assistant fut jeté en prison, pour dit-on, avoir été condamné in abstentia à 19 ans d’emprisonnement par les fameux tribunaux populaires (on se croirait dans la Chine de Mao).

– Comme le prévoit la loi sur les partis politiques, elle alla demander à l’administration habilitée l’autorisation de tenir le congrès constitutif de son parti. Il lui fut répondu qu’elle ne peut pas convoquer un congrès tant qu’elle sera intérrogé par la police. Depuis lors, elle passe des journées entières dans les locaux de la police où les mêmes questions auxquelles elle a pourtant déjà répondu lui sont répétées en boucle, visiblement pour jouer sur ses nerfs et lui faire perdre du temps.

– Le 23 mars 2010 elle devait prendre l’avion pour visiter sa famille en Hollande et revenir pour continuer ses activités politiques. La police l’empêcha d’embarquer et même la convoqua pour le lendemain dans ses bureaux . Elle y restera plus de huit heures. Par la voix d’un porte-parole du parquet, le monde apprendra que Victoire Ingabire est désormais interdite de sortie du pays car poursuivie pour des crimes graves par crainte qu’elle n’échappe à la justice, selon le régime.

Entre Kabuye et Ingabire qui est la plus susceptible d’échapper à la justice ?

Rose Kabuye est poursuivie pour un attentat terroriste qui a eu lieu en 1994 et qui coûta la vie à 12 personnes dont deux Chefs d’Etat en exercice et 3 citoyens français. Un mandat d’arrêt international a été émis contre elle. Elle n’a aucune attache en France Elle était venue en France contre son gré et ne souhaitait pas y rester. Au Rwanda elle est chez elle et elle est une dignitaire du régime. Visiblement elle était susceptible de ne pas se représenter à la justice française une fois autorisée à rentrer au Rwanda. Mais hélas, la justice française a estimé que Rose Kabuye peut vivre tranquillement chez elle en attendant la suite, alors qu’elle est inculpée d’attentat terroriste ayant coûté la vie à trois citoyens français entre autres.

Victoire Ingabire est rentrée librement et volontairement au Rwanda pour s’y installer et faire de la politique. Elle n’a commis aucun crime. On l’accuse des crimes « imaginaires ou indémontrables » comme le révisionnisme ou l’idéologie du génocide, pour visiblement la faire taire. On lui prête des intentions d’être à la tête des groupes armées jusque là inconnues alors qu’elle déclare qu’elle entend mener une action politique pacifique et qu’aucune preuve ne montre son appartenance à un quelconque mouvement armé. Elle devait se rendre en Hollande pour visiter sa famille et sa volonté de revenir continuer l’action politique au Rwanda même, est sans équivoque. Hélas, la justice rwandaise a estimé que Victoire Ingabire peut profiter de la visite à sa famille pour rester en Hollande et ne plus revenir implanter son parti au Rwanda comme elle le répète. En attendant, elle ne peut donc entreprendre aucune action politique au Rwanda, ni quitter le territoire pour ses affaires privées tout cela à cause des accusations inventées à cet effet. Pour neutraliser un opposant on ne peut pas trouver mieux.

Face à ce constat, qui peut encore donner crédit à la « Justice Rwandaise » qui n’est en fait qu’une machine policière aux ordres d’un régime totalitaire pour faire taire toute voix discordante ?
Emmanuel Neretse

[Tiré de musabyimana.be]

mars 31, 2010   1 Comment

Rwanda: Mon ami Tutsi dans les mains du gang de la mort

Deo Mushayidi entre les mains du Gang de la Mort

Deo Mushayidi entre les mains du Gang de la Mort

par Charles Onana

Qui arrêtera le cartel du crime qui sévit aujourd’hui à Kigali ? Qui mettra un terme au calvaire sanglant des Tutsi, des Hutu et des Congolais ? Qui rendra justice aux Français, aux Espagnols et aux Canadiens tombés sous les missiles et les balles des tueurs qui ont pris, par la force, le pouvoir en 1994 au Rwanda ?

Pour l’instant, le silence règne. Peut-être aussi un certain malaise ! Face à l’escalade meurtrière du pouvoir rwandais, face aux fuites en cascade de militaires et de diplomates rwandais à l’étranger, face aux multiples persécutions d’opposants politiques, face aux arrestations arbitraires de citoyens rwandais dans leurs pays comme à l’étranger, les puissances occidentales qui soutiennent le régime de Kigali font profil bas. Pourtant, la vie de nombreux Rwandais est, à l’intérieur comme l’extérieur, plus que jamais menacée. Peu importe qu’ils soient Hutu ou Tutsi.

Depuis l’époque des partis uniques, l’Afrique n’a pas connu une dictature aussi féroce et un pouvoir aussi cruel. Une situation intenable et forcément insupportable pour toutes les victimes de la tragédie de 1994 au Rwanda.

Mon ami et confrère Déo Mushayidi est une de ces victimes.
Hier, il était membre du Front Patriotique Rwandais (FPR). Aujourd’hui, il est victime du régime-FPR.
Hier c’était des extrémistes hutu qui exécutaient les membres de sa famille, aujourd’hui ce sont les extrémistes tutsi au pouvoir qui s’apprêtent à l’assassiner.
Devant la gravité de la situation, je ne pouvais pas rester les bras croisés. Si je réagis à travers ce texte, c’est pour soutenir mon ami kidnappé et envoyé au peloton d’exécution.

Voici deux semaines que Déo Mushayidi a été arrêté en Burundi avant d’être déporté à Kigali, la nouvelle capitale africaine du crime autorisé.
Je n’ai pas voulu réagir dans la précipitation. Je voulais savoir ce qu’il avait fait et ce qu’on lui reprochait exactement.
Après quelques jours d’attente, le régime du chef de l’Etat rwandais, Paul Kagame, a craché son venin en accusant Déo Mushayidi d’avoir porté ‘‘atteinte à la sûreté de l’Etat”.
Cette accusation lui a été signifiée lors de sa première comparution devant un juge à Kigali.
Puis, l’accusation a enflé avec d’autres chefs d’inculpation : “trouble à l’ordre public, usage de faux, association avec un groupe terroriste, révisionnisme du génocide (contre les Tutsis) et divisionnisme”.
Une victime tutsi comme Déo Mushayidi ne pouvait attendre moins des porte-paroles autoproclamés des Tutsi.
Ce sont ces imposteurs qui gouvernement désormais les collines du Rwanda.

Dans quelles circonstances Déo Mushayidi a-t-il été arrêté ? Qui a pris la décision de l’envoyer à Kigali ? En vertu de quelle convention internationale a-t-il été remis aux autorités rwandaises ou plus exactement à Paul Kagame?

Le moins qu’on puisse dire est que rien n’est clair dans cette affaire. Mais, la décision très politique d’envoyer Déo Mushayidi au Rwanda est une incitation au meurtre d’opposants rwandais en exil.
Cette initiative met particulièrement en danger tous les Tutsi qui refusent de se soumettre à l’autoritarisme sanglant de Paul Kagame.

Mon ami Mushayidi est en effet devenu un opposant au régime de Paul Kagame après avoir milité dans son parti au début des années 90 en Suisse.
Jusqu’en 1994, avant la prise de pouvoir de Paul Kagame, il représentait le FPR à Genève.
Dès son arrivée à Kigali, il fut parmi les premiers et rares Tutsi à comprendre ce qu’était réellement le nouveau régime de Paul Kagame.

C’est en 1999 à Washington que j’ai rencontré pour la première fois Déo Mushayidi. Prudent, mesuré et critique, Déo est un journaliste professionnel et un esprit ouvert. Il dirigeait un journal à Kigali et présidait l’association des journalistes rwandais.

Un soir, dans ma chambre d’hôtel à Washington, Déo Mushayidi me mit en garde contre l’image que les médias occidentaux donnaient de Paul Kagame et de son régime.
Il le connaissait bien pour avoir travaillé avec lui et pour l’avoir vu agir. J’étais déjà en train d’enquêter sur le rôle de Paul Kagame dans l’attentat du 6 avril 1994 contre l’avion de l’ancien président rwandais, Juvenal Habyarimana. Attentat dans lequel le président burundais, Cyprien Ntaryamira, et l’ensemble de l’équipage français avaient trouvé la mort.
Déo Mushayidi avait accepté de collaborer à cette enquête malgré les risques très importants qu’il encourait à Kigali.

Au cours d’un dîner aux Etats-Unis, il m’a longuement parlé des crimes commis par les rebelles tutsi lors de la prise de Kigali et les multiples assassinats des Hutu en 1995, 1996 et 1997.

Il m’avait également fait état du projet d’assassinat de l’ancien président du parlement rwandais, Joseph Sebarenzi, un Tutsi qui luttait contre le régime de l’arbitraire au sein du parlement rwandais. « Kagame, m’avait-il dit, voulait assassiner Sebarenzi. Car, il craignait que le président du parlement, très respecté, lui fasse de l’ombre ». Joseph Sebarenzi a fui le Rwanda et s’est exilé aux Etats-Unis.

Deo Mushayidi m’avait parlé d’autres projets d’assassinats visant aussi d’autres personnalités tutsi comme le journaliste Jean Pierre Mugabe, réfugié lui aussi aux Etats-Unis, avec qui j’avais beaucoup échangé sur le dossier de l’attentat et sur les méthodes violentes de Paul Kagame.
Déo Mushayidi m’avait également entretenu des menaces d’assassinat qui pesaient sur lui. Il était calme mais préoccupé.
Nous étions restés en contact et j’avais essayé de l’encourager comme je le pouvais. Le climat dans ce pays était exécrable et il l’est resté.

L’année suivante, au mois de mars 2000, mon téléphone sonne. C’est Déo Mushayidi qui m’appelle de l’ambassade de France à Kigali. D’une voix calme mais anxieuse, il me dit qu’il est en danger de mort. « Ne t’inquiète pas, ajoute-t-il, un ami français a pris des dispositions pour m’évacuer en Europe. Je lui ai donné ton numéro de téléphone au cas où j’aurais besoin de quelque chose. Dès que j’arrive en Europe, je t’appelle, conclut-il ».
J’étais en effet rassuré de savoir que mon ami se trouvait dans les locaux de l’ambassade de France. C’était, à ce moment-là, l’endroit le plus fiable pour sa sécurité.
Les jours suivants ont été difficiles car je ne savais pas si Déo Mushayidi allait réussir à quitter Kigali sans entrave.
Mais, une semaine plus tard, je reçus un autre coup de téléphone. C’était à nouveau lui au bout du fil. Il était enfin arrivé en Europe et se trouvait loin des sbires de Paul Kagame.
J’étais ravi de savoir que mon ami était hors de danger.

Si je raconte cet épisode aujourd’hui, c’est parce que j’ai l’impression que mon ami a été livré à ceux qui ont voulu l’assassiner en 2000. Tous ces efforts pour le sortir de Kigali ont- ils été vains ? Ce fonctionnaire français qui a sauvé Déo du gang de la mort peut-il être entendu par Monsieur Bernard Kouchner, ministre français des Affaires étrangères, et Monsieur Nicolas Sarkozy qui apprécient tant Paul Kagame?
Pour ma part, je remercie ce Français d’avoir prolongé la vie de Déo Mushayidi et de lui avoir permis de lutter pendant dix ans pour la vérité et la justice dans son pays.
Lors du procès que Paul Kagame avait intenté contre moi à Paris en 2002 à la sortie de notre livre sur l’attentat du 6 avril 1994, Déo Mushayidi était venu me soutenir. Il m’a toujours soutenu face aux multiples attaques dont j’ai été l’objet pour avoir osé mettre en lumière les crimes de Kagame contre les Hutu, les Tutsi et les Congolais.
Quand il s’est réfugié en 2000 en Belgique, il a quitté le journalisme pour continuer son combat en politique. Il a continué à prôner l’équité et la justice pour toutes les victimes rwandaises de 1994 (Hutu et Tutsi confondus).
Il a publié en 2008, avec l’ancien ministre de la Défense rwandais, le général Emmanuel Habyarimana, ancien collaborateur de Paul Kagame en exil en Suisse, un mémorandum adressé aux Conseil de Sécurité. Ce document très bien informé met en cause Paul Kagame, dans le pillage des ressources en République Démocratique du Congo (RDC), dans l’attentat contre le président Juvenal Habyarimana ainsi dans de nombreux autres crimes.
Déo Mushayidi a toujours milité pour la paix et la réconciliation entre Rwandais. Une démarche que désapprouve totalement l’actuel gouvernement du Rwanda.

Hier, les Hutu étaient accusés par Paul Kagame d’avoir « planifié un génocide » contre les Tutsi. Aujourd’hui, mon ami Tutsi est accusé par le même régime de Paul Kagame de terrorisme et de négationnisme du « génocide tutsi ».
Pourtant, Déo Mushayidi n’a jamais tenu de Kalachnikov comme Paul Kagame,
il n’a jamais fait abattre un avion de présidents comme l’a fait Paul Kagame,
il n’a jamais tué ses collaborateurs comme l’a fait Paul Kagame,
il n’a jamais fait tuer ni Hutu ni Tutsi comme l’a fait Paul Kagame,
il n’a jamais prôné le séparatisme entre Rwandais comme le fait Paul Kagame.
Il n’a jamais envahi la République Démocratique du Congo (RDC) et massacré des millions de Congolais comme l’a fait et continue de le faire l’armée de Paul Kagame.
Il n’a jamais pillé la RDC comme Paul Kagame le fait depuis bientôt treize ans.
C’est pourtant Déo Mushayidi qui est désormais sur le banc des accusés, que dis-je, dans le couloir de la mort à Kigali.

Et j’observe avec curiosité mais espoir, l’enthousiasme pondéré des médias internationaux à parler du sort réservé à Déo Mushayidi.
Je suis étonné du silence pesant de la Belgique, pays qui avait accueilli mon ami et qui lui avait accordé l’asile politique.
Je regarde, pensif, les gestes étriqués des organisations des droits de l’Homme promptes à harceler, sur ordre de Paul Kagame, de prétendus « génocidaires hutu ».
Prennent-ils peut-être mon ami Tutsi pour un pauvre Hutu qui mérite, comme l’ancien président hutu du FPR, Pasteur Bizimungu, de disparaître en prison, pour préserver cette bande de criminels au pouvoir à Kigali ?
Voient-ils aussi en Mushayidi un « génocidaire » ou un « divisionniste » et un « révisionniste » ?
Puisque le régime dit qu’il est « terroriste » et tout cela à la fois, peut-être qu’il existe encore quelques écervelés pour le croire.

En réalité, mon ami paye pour sa collaboration à mon enquête sur l’attentat du 6 avril 1994, pour son implication dans le travail d’investigation qui a abouti au mémorandum de 2008 et pour ses prises de positions publiques, en tant que victime tutsi et ancien membre du FPR, contre le régime de Kagame.
Les charges de la dictature militaire rwandaise contre Déo Mushayidi relèvent de la construction et de l’arbitraire.

Devant le consensus mou de l’Union Européenne, principal pourvoyeur de fonds publics au régime autocratique et répressif de Kigali, je voudrais encore croire, pour ma part, que mon ami ne restera pas très longtemps ou pour toujours entre les mains du gang de la mort qui règne désormais sur le Rwanda et sur la RDCongo.

par Charles Onana

Auteur de:

– Les Secrets du génocide rwandais publié en 2002 aux éditions Duboiris avec la collaboration de Déo Mushayidi.

– Les secrets de la justice internationale, Paris, Editions Duboiris, 2005

– Ces tueurs tutsi au cœur de la tragédie congolaise, Paris, Editions Duboiris, 2009.

Voir aussi:

“Foyalé pour Déo”

mars 30, 2010   2 Comments

Rwanda: Un Tribunal Militaire d’exception pour Victoire Ingabire!

Victoire Ingabire, Président de FDU-Inkingi

Victoire Ingabire, Présidente de FDU-Inkingi

LA FONDATION IBUKABOSE DEMANDE LA FIN DES HARCELEMENTS DONT EST VICTIME LA PRESIDENTE DES FDU-INKINGI.

Communiqué n° IB/0310/

APPEL URGENT A UNE MOBILISATION GENERALE

Victoire Ingabire Umuhoza bientôt devant un tribunal militaire d’exception!

De sources concordantes et bien informées, la Fondation Ibukabose vient d’apprendre qu’un complot diabolique est en cours à Kigali pour arrêter et faire juger Madame Victoire Ingabire Umuhoza par un tribunal militaire d’exception pour des faits montés de toutes pièces, notamment pour conspiration, terrorisme et soutien matériel au terrorisme. La présidente des Forces Démocratiques Unifiées, FDU-Inkingi, par ailleurs candidate aux élections présidentielles prévues en août 2010, est accusée d’avoir créé un groupe armé fantomatique dénommé Coalition Democratic Forces (CDF) qui n’existe que dans l’imagination du régime rwandais.

L’objectif est d’établir que Madame Ingabire serait une dangereuse terroriste rentrée au Rwanda en vue de renverser les institutions légales du Rwanda par la force.

Pour donner une forme de crédibilité à ce montage grossier, les services de renseignements militaires du président Kagame auraient recruté six anciens membres des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda) récemment rapatriés de RDC pour témoigner contre la présidente des FDU-Inkingi.

Ces anciens « génocidaires repentis » ont reçu pour mission de dire que Madame Victoire Ingabire Umuhoza se serait rendue à plusieurs reprises en République Démocratique du Congo où elle aurait établi le commandement de sa soi-disant armée CDF et rencontré les six drôles de « témoins » censés en faire partie.

L’ancien commandant des FDLR (Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda), le général hutu Paul Rwarakabije, lui-même considéré comme un génocidaire repenti, a été désigné par Paul Kagame pour encadrer les «faux témoins » et coordonner toute cette mascarade.

– La Fondation ‘Ibukabose-Mémoire Pour Tous’ dénonce et condamne ces pratiques maffieuses et criminelles dignes de l’époque stalinienne destinées à terroriser les opposants politiques et à brimer toute liberté d’expression et d’opinion au Rwanda.

– La Fondation ‘Ibukabose-Mémoire Pour Tous’ condamne énergiquement le harcèlement moral et physique dont Madame Victoire Ingabire Umuhoza et tous les opposants au régime de Paul Kagame sont sans cesse victimes, en particulier depuis le retour en janvier dernier de la présidente des FDU-Inkingi au Rwanda pour participer à la reconstruction pacifique du pays.

– La Fondation ‘Ibukabose-Mémoire Pour Tous’ attire l’attention de la Communauté internationale sur les dangers d’élimination physique que court Madame Ingabire si la machination judiciaire en cours contre la candidate aux élections présidentielles n’était pas contrée à temps.

– La Fondation ‘Ibukabose-Mémoire Pour Tous’ demande instamment aux gouvernements des pays démocratiques, en particulier aux puissances membres du Conseil de sécurité de l’ONU, d’exercer des pressions politiques et diplomatiques sur le régime du président Paul Kagame afin qu’il mette fin aux harcèlements judiciaires, aux intimidations et aux violences physiques qu’il fait subir à l’opposition démocratique pour l’empêcher de participer librement aux élections présidentielles prévues en août 2010.

Fait à Paris le 29 mars 2010

Pour la FONDATION IBUKABOSE-MEMOIRE POUR TOUS

Ambassadeur Jean-Marie Vianney Ndagijimana

mars 29, 2010   No Comments

Appel pour sauver le processus démocratique au Rwanda

Le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RifDP) lance depuis Laval (Canada) un ‘appel pour sauver le processus démocratique au Rwanda’. Voici le contenu de cet appel:

Excellence Madame la Chancelière,
Excellence Madame la Présidente,
Excellence Monsieur le Président,
Excellence Monsieur le Premier Ministre,
Mesdames les Députées, Mesdames, Messieurs,

Objet: Appel pour sauver le processus démocratique au Rwanda.

Mesdames,
Messieurs,

Les récents événements survenus au Rwanda obligent le RIFDP (Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix) à s’adresser encore à Vous pour solliciter votre intervention, afin de sauver la paix et la démocratie au Rwanda.
Si nous nous adressons encore à Vous aujourd’hui, c’est que nous sommes confiantes en votre engagement en faveur de ces valeurs qui, si rien n’est entrepris risquent d’être entravées à jamais au Rwanda.

Excellences Mesdames,
Excellences Messieurs,

Ces événements dont vous êtes sans doute sans ignorer sont jusqu’aujourd’hui encore marqués par l’intensification d’une campagne de diabolisation, de harcèlement et d’emprisonnements des opposants politiques ainsi que du verrouillage de l’espace politique par le régime en place.
Le paroxysme fut atteint le 23 mars 2010, lorsque la police rwandaise a empêché Madame Victoire Ingabire Umuhoza à prendre son avion à l’aéroport international de Kanombe prétextant qu’elle avait encore des interrogatoires à subir.
Cet acte inacceptable qui prive Madame Victoire Ingabire Umuhoza de la liberté de mouvement la place de facto en résidence surveillée et la prive également de son droit inaliénable, à savoir rendre visite à sa famille.
Il conviendrait également de rappeler que quelques semaines auparavant, le régime de Paul Kagame lui avait refusé la tenue de l’assemblée constituante de son parti.

Toutes ces privations de droits à une opposante politique voulant se préparer aux élections et qui est rentrée dans son pays sans kalachnikov à la main sont incompréhensibles et inacceptables, surtout quand elles sont perpétrées par un régime qui a lui-même annoncé la tenue des dites élections.
D’aucuns pensent qu’elles constituent une preuve de plus, pour qui doutait encore, que le dit régime n’est pas prêt à accepter aucun opposant politique et que, tout concurrent politique est déjà candidat à la mort ou à la prison.
Nous, Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RIFDP), nous restons confiantes en votre humanisme et surtout en votre attachement à la Démocratie et à la Paix et nous osons espérer que vous n’allez pas permettre une telle gabegie.

Nous ne cesserons pas de le dire, les Rwandais, comme tous les autres peuples opprimés à travers le monde, aspirent à se voir gouvernés dans la dignité par des personnes qu’ils auront démocratiquement élues, sans oppressions ni peur du lendemain.

C’est pourquoi, il est dans l’intérêt de l’ordre et de la paix publics, que les partis politiques dans le cadre d’une démocratie pluraliste exercent leurs droits et autonomie de parole et de mouvement.
Nous sollicitons votre intervention pour promouvoir et soutenir le processus démocratique au Rwanda.

La promotion et le soutien démocratique se feront par l’injonction au régime en place à Kigali de libérer tous les leaders politiques emprisonnés comme Déogratias Mushayidi et autres, de laisser les partis d’opposition faire librement leur campagne, de cesser les campagnes d’intimidation et de harcèlement par des interrogatoires incessants infligés injustement à Madame Victoire Ingabire Umuhoza et de rétablir sans délais sa liberté de mouvement.

Convaincues de votre intervention, nous vous prions d’agréer Excellences Mesdames Messieurs, l’expression de nos sentiments respectueux.

Pour le Réseau International des Femmes pour la Démocratie et la Paix (RIFDP)

Perpétue Muramutse,
Anne-Marie Mukamugema,
Clémence Uwimana.

C.I. :
– Secrétaire Général de l’ONU
New York- USA,

– Président du Conseil Européen
Bruxelles- Belgique,

– Aux membres du corps diplomatique accrédités à Kigali,
Kigali-Rwanda,

– Amnesty International,

– Human Right Watch,

– Représentants des ONG,

– Tous les médias.

RifDP: Réseau international des femmes pour la démocratie et la paix
125, rue des Alpes – Laval, Québec – H7G 3V1
Courriel : info@rifdp.org – Téléphone : 514 376-6322

mars 29, 2010   1 Comment

La RDC salue la décision du Rwanda de renvoyer l’affaire Nkunda devant les juridictions militaires

Laurent Nkunda

Laurent Nkunda

Kinshasa : Le gouvernement de la République démocratique du Congo (RDC) a salué la décision de la Cour suprême de justice du Rwanda de renvoyer au tribunal militaire, l’affaire Nkunda, ex-chef de la principale rébellion congolaise à l’est de la RDC, l’ex-mouvement armé le Congrès national pour la défense du peuple (CNDP) .

“Le gouvernement congolais a pris acte de la décision souveraine d’un pays souverain et nous attendons la réponse à la requête d’extradition en RDC de Laurent Nkunda que nous avons introduite pour qu’il soit jugé de ces actes au Nord et Sud Kivu”, a déclaré le ministre congolais de la Communication et porte- parole du gouvernement, Lambert Mende Omalanga, en réaction vendredi à la presse à l’annonce de cette décision.

Le ministre Mende a affirmé qu’on n’est pas encore à cette étape, dire si oui ou non il y a une accusation contre Nkunda, parce que la procédure n’a pas encore commencé, avant d’ajouter qu’ils sont en train de débattre avec le ministre de la Justice rwandaise pour son extradition en RDC.

En effet, la Cour suprême de justice du Rwanda s’est déclaré incompétente pour juger la requête de l’avocat de Nkunda, Stéphane Bourgon (de nationalité canadienne), concernant sa mise en liberté et a renvoyé l’affaire au tribunal militaire.

Pour son avocat, qui s’est aussi réjoui de cette décision, il n’y a pas de mandat d’arrestation ni d’accusation contre Nkunda.

Nkunda avait été arrêté au Rwanda en janvier 2009, à la suite d’une opération militaire conjointe lancée par les armées rwandaises et congolaises pour traquer les combattants du mouvement rebelle Hutu rwandais des Forces Démocratiques pour la Libération du Rwanda (FDLR) opérant dans les zones transfrontalières entre les deux pays.

Le chef de l’Etat rwandais Paul Kagame avait, dans une conférence de presse, répondu aux journalistes que Nkunda était détenu à Gisenyi (Rwanda), en vue de faciliter les relations ” entre nos deux pays” et pour pouvoir gérer, primo, les problèmes causés par les FDLR, secundo, les opérations conjointes contre les FDLR, tertio, le processus de solution des problèmes entre le gouvernement congolais et le CNDP et enfin pour la stabilité.

“L’affaire Nkunda est une affaire purement congolaise, ce sont les Congolais qui la résoudront avant quiconque”, avait-il souligné.

mars 29, 2010   No Comments

La France aide le Rwanda pour l’électrification rurale

Contini & Rwangombwa

Le Ministre John Rwangombwa (à droite) et l’Ambassadeur Laurent Contini échangent les documents après signature de l’accord

Le Ministre John Rwangombwa (à droite) et l’Ambassadeur Laurent Contini échangent les documents après signature de l’accord

Kigali: La France a converti le remboursement de la dette que le Rwanda lui doit sur trois ans en un don destiné à des projets ruraux de développement liés à l’électrification rurale, a établi ARI.

La signature de cet accord de coopération a été paraphée par le Ministre John Rwangombwa du côté rwandais, et l’Ambassadeur de la France à Kigali, Laurent Contini.

« Le remboursement se fera par les autorités rwandaises. Et ce don sera affecté au programme d’appui au développement en énergie en milieu rural », a indiqué l’Ambassadeur Contini, lors d’un entretien avec la presse.

Le diplomate a ajouté qu’il est entrain d’identifier en accord avec les responsables rwandais des secteurs où son pays pourra intervenir.

« Il n’y a que deux mois que nos deux pays ont relancé leurs relations diplomatiques et politiques. Nous sommes entrain d’étudier les stratégies de développement de notre intervention », a-t-il dit.

Le Ministre Rwangombwa a saisi l’occasion pour annoncer que le produit national brut par habitant au Rwanda a atteint 296 000 Frw, soit $US 520. Il représente un total de 2 992 milliards Frw pour une population estimée à 10,1 millions d’âmes.

Les activités d’agriculture, de forêts et de pêche ont rapporté 34% du produit national brut ; les industries, 14 % ; et les services, 46 %. Les taxes sur les produits ont généré 6%.

En 2008, le pays a enregistré une croissance de 11,6%. Un record. En 2009, la croissance a diminué pour se situer autour de 6% à cause de la crise financière mondiale. Bien mieux que la plupart d’autres pays.

Le Rwanda doit sa croissance de 2009 au progrès de la croissance en agriculture qui s’est élevée à 8%, grâce à une augmentation de la production alimentaire équivalente à 9%, pendant que le secteur des services a atteint 6%. Le secteur des transports a augmenté de 9%. Le secteur industriel, lui, n’a rapporté que 1%.

Selon le Ministre des Finances, le Rwanda avait investi un budget pour avoir une croissance de 5,3%. Et il est arrivé à 6%, un résultat qui est satisfaisant.

« Au niveau de la balance commerciale, nous avons enregistré un recul dans les recettes issues des exportations du café et des mines. Le tourisme a aussi régressé puisque ces revenus ont baissé de 6% alors qu’auparavant il (le tourisme) connaissait une croissance annuelle de 20%. C’est un signe des conséquences de la crise financière mondiale », a-t-il relevé.

Rwangombwa a reconnu que la forte poussée démographique est un obstacle à l’amélioration des conditions de vie des citoyens en général selon la Vision 2020 du pays. Mais des stratégies ont été prises pour contrôler les naissances.

« Au niveau de la santé, 40% de la population appliquaient en 2008 les stratégies de réduction des naissances. Il y a espoir que cette mesure aura un impact sur la démographie », a-t-il poursuivi.

L’autre mesure prise est la promotion de l’éducation surtout de la jeune fille afin qu’elle sache faire face aux défis majeurs d’avenir. Dans l’ensemble, le pays aidera la population à renforcer ses capacités pour faire face à divers obstacles de son développement.

[ARI-RNA]

mars 29, 2010   1 Comment

Affaire Nkunda : la Cour Suprême se déclare incompétente

Laurent Nkunda

Laurent Nkunda

Kigali: La Cour Suprême du Rwanda, saisie d’une requête de remise en liberté de l’ex-chef rebelle tutsi congolais Laurent Nkunda, s’est déclarée incompétente et a renvoyé l’affaire devant la justice militaire, a-t-on appris vendredi de source judiciaire.

“La Cour suprême s’est déclarée incompétente et a renvoyé l’affaire devant un tribunal militaire”, a indiqué à l’AFP l’un des avocats de M. Nkunda, Aime Bokanga.

La Cour suprême a justifié sa décision par le statut de militaire du chef d’état-major de l’armée rwandaise, le général James Kabarebe, considéré comme étant à l’origine de la détention de l’ex-chef rebelle congolais, a expliqué Me Bokanga.

Ni le prévenu, ni le général Kabarebe n’étaient présents à l’audience ce vendredi.

“Pour nous, c’est une déception”, a commenté Me Bokanga, pour qui la justice rwandaise “n’a pas pris en compte la dimension humaine de l’affaire”, alors que M. Nkunda “est détenu sans procès depuis plus d’un an”.

Laurent Nkunda avait été arrêté en janvier 2009 à Gisenyi, ville rwandaise frontalière avec Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC), alors qu’il était à la tête de la rébellion du Congrès national pour la défense du peuple (CNDP).

Il est depuis lors en résidence surveillée en périphérie de Kigali.

Nkunda avait mis en déroute dans le Nord-Kivu (est de la RDC) l’armée congolaise en octobre 2008 et menacé de faire tomber Goma.

A la suite d’un retournement d’alliance, les armées congolaise et rwandaise avaient lancé le 20 janvier une opération conjointe sans précédent contre les rebelles hutus rwandais dans l’est de la RDC, qui avait par ailleurs abouti à l’arrestation de Nkunda.

[ARI-RNA]

mars 28, 2010   No Comments

Le Rwanda face aux élections: plus de questions que de réponses

EurAc

Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir (conclusion)

par Kris BERWOUTS.

Conclusion : plus de questions que de réponses

Vit-on une crise du régime rwandais ? C’est bien possible. Vu les réactions exagérées des autorités face aux situations nouvelles sur le terrain, nous avons l’impression que le régime le croit lui-même, même si les autorités répètent incessamment dans des déclarations qu’elles ont tout sous contrôle.

Va-t-on vers une fin de règne du FPR ? Je rencontre beaucoup de gens qui l’espèrent, mais ça reste à voir. Même si je crois que le gouvernement rwandais n’est pas en train de résoudre les problèmes du pays vers une solution durable, il semble clair que le système de contrôle qu’il a établi, basé sur une culture du silence et une tradition d’obéissance à l’autorité reste solide.

Sommes-nous devant une nouvelle implosion du pays ? Prions que non. Il est très difficile d’imaginer ce que le Rwanda et les Rwandais ont à gagner là-dedans, et cette implosion aurait des conséquences graves pour toute la région. Pour le processus de paix précieux mais fragile au Burundi par exemple. Ou pour la population à l’Est du Congo, qui a assisté à beaucoup de changements depuis l’opération Umoja Wetu, sans que cela ait créé des perspectives pour une paix durable.

Ce qui est sûr est que ça ne va pas bien.
Les gens ne font pas référence au climat préélectoral de 2003. Les gens comparent la situation actuelle à celle de 1993.
Les grenades ont fait peur. La question: « Qui les a jetées? » reste sans réponse.
Victoire Ingabire et les présidents des autres partis d’opposition souhaitent un processus électoral réellement libre et transparent. Pour eux, le climat actuel est contre-productif.

Kayumba ? Il y a beaucoup de précédents dans l’histoire de l’Afrique postcoloniale où des généraux ont tenté de prendre le pouvoir, mais je ne me souviens pas de cas où ils auraient commencé leur conquête en lançant des grenades à un arrêt de bus.

Les FDLR ? Je reviens de l’Est du Congo. J’avais une forte impression que les FDL avaient d’autres préoccupations.

Déo Mushayidi ?
Des démobilisés frustrés ?
Des gens qui se fâchaient parce qu’ils trouvaient que Sarkozy ne devait pas aller chercher l’absolution, comme quelqu’un me l’a suggéré ?

Pas très probable. Mais il n’y a pas d’explications probables. Parmi les explications les moins improbables, il y a la conviction de beaucoup de gens que le régime lui-même a organisé ses attentats pour créer un climat qui lui permette d’arrêter et d’intimider ses citoyens. J’ai rencontré beaucoup de gens qui avaient peur, d’autres qui avaient tellement peur que je n’ai pas vu parce qu’ils n’osaient pas me rencontrer.

La situation préélectorale reste volatile.
Il est difficile de prévoir ce que le Rwanda sera durant et après les élections, si l’opposition reste muselée, harcelée ou anéantie.
Il est important que le régime rwandais reçoive des signaux de la communauté internationale qu’il faut arrêter cette intimidation.
A l’heure actuelle, cette communauté donne l’impression de ne pas s’inquiéter du tout. Elle semble croire que les tensions préélectorales étaient prévisibles, que la situation est sous contrôle, que la nervosité augmentera peut-être encore un peu d’ici les élections, mais que finalement Kagame les gagnera avec une majorité confortable et même écrasante. Après, cette même communauté suivra son ‘business as usual’.

C’est un peu pauvre comme analyse, c’est une sous-estimation du potentiel déstabilisateur de la situation actuelle et on rend un très mauvais service à la démocratisation du Rwanda à moyen et à long terme.

En ce qui nous concerne, nous devons recommander à la communauté internationale de faire pression sur le régime pour qu’il prenne des mesures en faveur de la stabilité politique au Rwanda et de la tenue des élections réellement libres et transparentes. Ces pressions consistent notamment à :

• pousser le régime à ne pas boycotter l’enregistrement des partis d’opposition, à ne pas les empêcher de travailler à la base ou de les démanteler;
• arrêter les harcèlements politiques et policiers contre les leaders et les membres de l’opposition ;
• demander au gouvernement de ne pas utiliser les médias publics pour la diabolisation de ses opposants ;
• exiger la publication de la nouvelle loi électorale ainsi que la constitution d’une commission électorale indépendante;
• déployer sans délai une mission internationale d’observateurs électoraux.

Au delà de l’enjeu électoral immédiat, il est très important que le FPR renverse la dynamique de fermeture et d’exclusion et s’investisse dans une solution durable des différents antagonismes, mais ceci tombe en dehors des Termes de Références de ma mission de mars. EurAc y reviendra dans un prochain document.

Kris BERWOUTS
Directeur EurAc
www.EurAc-network.org

EurAc is the European Network of Active NGOs in Central Africa. EurAC is made up of 49 member-organisations from 12 European countries.

mars 28, 2010   1 Comment

Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir

EurAc

Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir (suite 4)

par Kris BERWOUTS.

Les fissures dans le miroir

Aujourd’hui, le premier souci du régime n’est pas l’opposition classique.
Quand vous avez un contrôle quasi-total sur les institutions législatives, exécutives et judiciaires, quand la presse indépendante a presque entièrement disparu, quand la partie de la société qui n’a pas été explicitement récupérée par vous a atteint un raffinement extraordinaire dans l’art noble de l’autocensure, quand vous incarnez pour une partie importante de l’opinion publique nationale et internationale la fin du génocide et le retour à la stabilité, vous n’allez pas perdre les élections.
Pas contre Victoire Ingabire, qui n’a jamais eu une vie publique au Rwanda et qui n’est donc pas connue par l’électorat rwandais.
Pas contre Bernard Ntaganda non plus, qui a un entourage institutionnel instable et facile à manipuler.
Et pas par Frank Habineza, même si il travaille avec des gens qui viennent de votre milieu, y compris le premier président (et d’ailleurs un des premiers dissidents) de votre pays. Ils ont un parti qui n’existait pas encore il y a un an, et dont c’est incertain qu’il sera reconnu à temps pour participer aux élections.

Le Democratic Green Party ne va pas battre le FPR dans les élections, mais il rend le régime nerveux. Parce que, parmi beaucoup d’autres signes, il montre la perte de la cohésion au sein de l’élite rwandaise, l’inner circle du pouvoir. Ceci n’est pas nouveau, mais le départ de Kayumba, l’arrestation de Mushayidi et l’émergence du Democratic Green Party font preuve que les fissures que le gouvernement voit quand il se regarde dans le miroir ne sont pas seulement visibles pour lui-même, mais pour tout le monde.

Sous un baobab, rien ne pousse

Une partie de la problématique des tensions à l’intérieur du régime n’a rien à voir avec le contexte spécifique du Rwanda.
Après la mort de Fred Rwigema, le deuxième jour de la lutte armée du FPR en octobre 1990, Paul Kagame a pris le commandement de la rébellion, et il l’a gardé jusque maintenant. Il était l’homme fort pendant la guerre et après la victoire, même s’il se contentait, les premières années (1994 – 2000), du rôle de Ministre de la Défense, laissant la tête des institutions de l’Etat à Pasteur Bizimungu.
Ceci n’empêchait pas que tout le monde, à l’intérieur du Rwanda comme à l’extérieur, se rendait compte que c’était lui, le vrai dirigeant du pays. Et il était fortement apprécié par beaucoup d’acteurs dans la communauté internationale. Après la chute de la génération Mobutu, Kagame incarnait pour certains un nouveau leadership africain, avec une vision inspirante, un projet mobilisant et suffisamment d’efficacité pour livrer des résultats palpables et sur certains terrains même des résultats spectaculaires.

Mais, aujourd’hui, il est en train de suivre le même chemin que d’autres chefs d’Etats africains (Museveni, Mugabe,…). Sa confiance en lui-même se traduit en arrogance et quand on regarde de plus près l’impressionnante liste de personnes-clé du FPR (hauts cadres militaires, ministres, ambassadeurs,…) qui ont quitté le pays, on comprend que son règne a développé une tendance autodestructrice en sciant la branche sur laquelle il est assis. Comme Museveni, Mugabe et tant d’autres, Kagame se transforme en Roi Soleil sans dauphin, en baobab sous lequel rien ne puisse pousser.

Une partie du mécontentement au sein du parti et de sa communauté est basée sur un fonds de frustrations des gens qui rayonnent autour du pouvoir sans y avoir accès. Des gens qui pensaient que le FPR pourrait être la locomotive qui les aiderait à sortir de la pauvreté. Même s’ils voient certains gens avec qui ils ont grandi dans les camps de réfugiés en Ouganda et qui sont maintenant milliardaires, ils voient aussi que leur cercle reste fermé pour eux.

La problématique d’exclusion au sein du pouvoir est d’ailleurs en train de développer une dimension de génération. La génération qui a pris les armes, et a gagné la guerre, a pris en main la gestion du pays. Ils ont investi beaucoup dans l’enseignement de leurs fils et filles, et ceux-ci sont en train de rentrer au pays avec un bagage intellectuel et technique qui dépasse celui de la génération de leurs pères. Eux aussi vont vouloir participer à la gestion du pays au tout premier plan.

La justice internationale : l’épée de Damocles

Les procédures judiciaires entamées par les juges Jean-Louis Bruguière en France et Fernando Andreu Merelles en Espagne ont fondamentalement secoué le noyau du pouvoir rwandais. Le gouvernement rwandais peut compter sur la loyauté de certains pays et institutions internationales, et cette loyauté est basée au moins partiellement sur un sentiment de culpabilité de la communauté internationale pour ne pas avoir pu éviter le génocide (et, tout franchement, ne pas avoir trop essayé de l’éviter).

Pour maintenir cette loyauté, il est très important que le régime rwandais veille sur la lecture que le monde fasse de l’histoire récente du pays. Depuis 1994, le pays est géré dans un climat psychologique sur une logique de vainqueurs contre perdants, victimes contre bourreaux, où par exemple tout un système a été mis en place par la juridiction gacaca pour traiter les crimes génocidaires contre les Tutsi, pendant qu’il y a un tabou énorme sur les crimes commis par le FPR depuis le début de la guerre. Ce tabou réduit l’effet positif que gacaca aurait pu avoir : au lieu d’être un mécanisme qui aide un pays à assumer son passé traumatisant, gacaca est devenu une stratégie pour consolider le schéma de vainqueurs-victimes contre perdants-coupables.

Bien sûr, les démarches de Bruguière et d’Andreu sont fort embêtantes. Elles perturbent le schéma, elles troublent l’image. Et elles créent des inquiétudes dans le milieu des gens concernés. Même s’il est très improbable aujourd’hui que des dirigeants actuels du Rwanda soient jugés en France ou en Espagne, peut-être le schéma n’est pas tenable à moyen terme. Il n’est pas exclu, même si ce n’est pas demain, que la question deviendra : « qu’est-ce que nous allons admettre ? Qui allons-nous sacrifier ? ». Et cette question ne contribue pas beaucoup à la cohésion. Le futur immédiat de Kayumba est une préoccupation majeure du régime. Qu’est-ce qu’il va dire et devant quel forum ? Qu’arrivera-t-il s’il est extradé en Espagne ? De là la pression sur le gouvernement sud-africain pour le renvoyer au Rwanda.

L’implication du Rwanda au Congo

Depuis 1996, le Congo prend beaucoup de place dans la politique étrangère du Rwanda. Et à plusieurs moments, ce qui se passe au Congo a pesé sur la cohésion du régime rwandais comme pomme de discorde. Par exemple lors des confrontations avec l’armée ougandaise (en 2000 et 2002), Kayumba s’opposait à cette confrontation.

Un exemple très récent est l’arrestation de Laurent Nkunda au début de l’opération conjointe Umoja Wetu. L’opération était menée par John Numbi (pour le Congo) et par James Kabarebe (pour le Rwanda) et un des premiers actes de l’opération était l’arrestation de Laurent Nkunda qui faisait partie d’une stratégie de son remplacement par Bosco Ntaganda à la tête du CNDP. Cette arrestation a causé beaucoup d’animosité au Rwanda, non seulement dans le milieu et dans les camps des réfugiés congolais rwandophones au Rwanda, mais aussi dans l’armée. Après tout, Nkunda a servi dans le FPR et des éléments du FPR ont servi dans l’armée de Nkunda. Ces collaborations ont créé des liens et des affinités forts.

Une grande partie de l’importance du Congo pour le Rwanda se trouve bien sûr dans le passage du trafic illégal des ressources du Congo par le Rwanda. Ce traffic se passait en dehors du contrôle de l’Etat congolais (en toute évidence), mais pour une bonne partie aussi en dehors du contrôle de l’Etat rwandais, même s’il servait les intérêts des personnes-clés dans le paysage politico-militaire du Rwanda.
Ces intérêts affairistes peuvent être divergents et ne contribuent pas toujours à la cohésion du pouvoir non plus. C’est partiellement en fonction de ceci qu’on doit comprendre la nervosité autour de l’obligation actuelle des dirigeants rwandais de présenter de façon transparente leurs possessions et leurs revenus.

Directement lié à l’implication rwandaise au Congo est la problématique des militaires démobilisés. Maintenant qu’une présence directe au Congo n’est plus une option, le Rwanda se voit confronté à une armée trop volumineuse. Une partie du surplus en soldats peut être déployée dans le cadre de l’Union Africaine, mais il y a bien sûr des limites à cela. Le reste doit être démobilisé, et beaucoup de ces ex-soldats se sentent fondamentalement abandonnés par le régime qu’ils ont défendu, souvent dans des circonstances très difficiles.

La fissure linguistique

Nous connaissons tous la tension linguistique : le FPR a introduit l’anglais au Rwanda puisque la rébellion était menée par des gens qui avaient grandi en Ouganda. Le fait qu’ils ont pris le pouvoir a donné à l’Anglais une place beaucoup plus importante dans la vie publique du pays qu’on pourrait croire sur base du nombre de gens qui le parlaient. Au cours des années, on a vu la balance graduellement pencher en faveur de l’Anglais, ce qui allait de pair avec un sentiment de discrimination dans certains milieux francophones.

Le moment décisif a été la reconnaissance de l’Anglais fin 2008 comme langue officielle pour l’enseignement. Pour certains, c’était une décision visionnaire qui désenclave le pays en partant des réalités régionales, continentales et mondiales. Pour d’autres, c’était une décision qui boucle l’ambition d’un régime minoritaire de monopoliser la communication et la vie intellectuelle du pays, de mettre la main sur la jeunesse, de réécrire l’histoire et, finalement, de prendre possession de la mémoire collective.

Mais indépendamment de l’angle d’où on regarde cette problématique, c’est clair que cette décision a renforcé des gens et marginalisé d’autres. Elle contribue au clivage qui existait déjà entre le milieu issu de l’Ouganda qui fournit le noyau du régime, et les autres, ou les rescapés du génocide se trouvent dans une situation qui est plus inconfortable encore que celles des gens qui sont revenus du Burundi ou du Congo en 1994.

La structure clanique du pouvoir

Beaucoup de gens voient dans la structure clanique autour de la famille royale rwandaise, même si celle-ci ne règne plus depuis un demi-siècle, que le mouvement monarchiste autour du Roi Kigeli V (actuellement aux Etats-Unis) continue à jouer un rôle politique et a l’ambition de participer dans la gestion du pays.

Certains analystes rwandais soulignent que les clans autour de la dynastie fournissent une partie importante de l’identité de plusieurs personnes sur la scène politique actuelle. Ainsi, la tension ancestrale entre les Banyiginya et les Bega serait une des fissures qui nous permet de mieux comprendre ce qui se passe à l’intérieur du pouvoir : Kagame est Mwega, tandis que Kayumba, Karegeya, Nyetera, Kazura, Sebarenzi et tant d’autres appartiennent aux Banyiginya.

Je ne maîtrise cette matière pas suffisamment bien pour comprendre dans quelle mesure le schéma clanique joue un rôle réelle dans la situation actuelle, mais je voulais au moins le mentionner.

Lire la suite: Conclusion : plus de questions que de réponses.

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mars 28, 2010   2 Comments

Le Rwanda face aux élections: Cas Déo Mushayidi

EurAc

Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir (suite 3)

par Kris BERWOUTS.

Déo Mushayidi

Le samedi 6 mars 2010, les autorités rwandaises ont annoncé l’arrestation de l’opposant Déo Mushayidi. Mushayidi, qui vivait les derniers mois en Tanzanie, avait été arrêté par des policiers tanzaniens dans la ville de Bukoba. Le 4 mars, il a été conduit à la frontière burundaise et transféré par la police burundaise à Bujumbura. Vendredi 5 mars, il a été extradé au Rwanda, malgré l’absence d’un mandat d’arrêt international ou même d’une quelconque procédure judiciaire à son encontre, et transféré au Bureau de la police de Kicukiro, à Kigali.

Né en 1961au Sud-est du Rwanda, Mushayidi était un rescapé du génocide. Il quitte en 1995 son poste d’assistant du secrétaire-général du FPR, le major Théogène Rudasingwa. Il se lance comme journaliste dans plusieurs journaux (l’Ere de Liberté, Imboni,…) où il se met à dénoncer les violations des droits humains et la corruption. En 1996, il est élu président de l’Association des Journalistes du Rwanda (AJIR). Il devient également secrétaire-exécutif du Centre de promotion de la liberté d’expression et de la tolérance dans la région des Grands Lacs. En 2000, persécuté et diffamé par les médias gouvernementaux, il demande et obtient asile en Belgique.

Là, il s’engage dans une série de mouvements politiques, dont le courant monarchiste, l’Alliance pour la démocratie et la réconciliation nationale (ADRN Igihango) et le Partenariat Intwari, pour créer en 208 le Pacte de défense du peuple PDP qu’il préside jusqu’aujourd’hui. Il quitte la Belgique pour continuer ses activités politiques dans des pays plus proche au territoire rwandais…

Après son arrestation, Déo Mushayidi est accusé d’être impliqué dans les attaques aux grenades et de travailler avec Kayumba et Karegeya. Amnesty International a organisé une action d’urgence en sa faveur

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mars 28, 2010   No Comments