Tribune d'Information sur le Rwanda

Posts from — March 2010

Le Rwanda face aux élections: Faucons en fuite

EurAc

Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir (suite 2)

par Kris BERWOUTS.

Les Faucons en fuite

Mercredi 3 mars, le Président Kagame a accusé deux officiers rwandais de haut rang, de tenter de déstabiliser le Rwanda. Il s’agit de l’ex-patron des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya, réfugié en Afrique du Sud depuis 2007 , et le général Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise et ancien ambassadeur du Rwanda en Inde, qui a fui également en Afrique du Sud fin février, selon la justice rwandaise.

“Personne, pas une seule personne, ni même Kayumba, ne peut faire un coup d’Etat ici. Réfléchissez-y, vous en viendrez à la conclusion que personne ne peut faire un coup d’Etat” au Rwanda, a assuré le président Kagame.

Dans les mêmes jours, le procureur général Martin Ngoga, accusait le général Kayumba Nyamwasa d’être le commanditaire des attaques à la grenade du 19 février. Pendant longtemps, ces deux militaires issus de la diaspora anglophone ougandaise ont été des personnalités-clés du régime.

Patrick Karegeya

Patrick Karegeya n’est pas seulement l’ex-chef des renseignements, il a été aussi l’homme central dans le fonctionnement du Congo Desk, service du Département de la sécurité extérieure, créé pour gérer l’exploitation des richesses de l’est de la RDC, dont les recettes n’apparaissaient pas dans les comptes officiels de l’Etat.
Ce système a permis à l’armée et aux dirigeants politiques de dissimuler des sommes d’argents énormes.
Dans tous les dossiers et les discussions depuis le retrait officiel de l’armée rwandaise du Congo en septembre 2002, il a été très difficile de faire une distinction précise entre le rôle de l’Etat rwandais et le rôle des lobbies politiques et militaires rwandais en dehors de l’Etat dans l’exploitation illicite des ressources congolaises et dans l’appui aux groupes militaires comme le Congrès National de la Défense du Peuple (CNDP).
Dans la zone d’ombre entre Etats et lobbies rwandais, Patrick Karegeya et le Congo Desk ont occupé une place centrale.

Kayumba Nyamwasa

Faustin Kayumba Nyamwasa a grandi au sud de l’Ouganda, et il est devenu une des personnes les plus puissantes dans l’armée rwandaise.
Chef des renseignements militaires pendant toute la guerre, il est perçu comme l’homme fort après Kagame au moment de la victoire militaire de l’ancienne rébellion.
Il a mené des campagnes militaires au nord-est du pays dans les années après le génocide.
En 2001, il a été remplacé à la tête de l’armée par le général Emmanuel Habyarimana, lui-même remplacé plus tard par James Kabarebe.
Kayumba a été envoyé en formation au Royaume Uni. En 2004, il a été nommé ambassadeur en Inde. Des insiders de la politique rwandaise ont toujours cru que cette nomination (et même son départ en Angleterre avant) était une mesure du Président Kagame pour écarter Kayumba du centre des activités politico-militaires rwandaises, parce qu’il commençait à avoir une assise propre dans le noyau du pouvoir.

En novembre 2006, le juge français Jean-Louis Bruguière a émis un mandat d’arrêt international contre Kayumba et huit autres hauts cadres militaires proches de Kagame, dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994 – qui a entraîné le déclenchement du génocide.
En février 2008, le juge d’instruction espagnol Fernando Andreu Merelles a émis quarante mandats d’arrêt à l’encontre d’officiers supérieurs de l’armée rwandaise (dont Kayumba) pour actes de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et terrorisme commis au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC) entre le 1er octobre 1990 et 2002.
La justice espagnole avait été saisie, en 2000, par des proches de victimes espagnoles tuées au Rwanda – religieux et humanitaires – et par des organisations rwandaises en exil.

Dans une interview réalisée après son arrivée en Afrique du Sud, le général Kayumba s’est exprimé sur la transformation du régime de Kagame en dictature et sur son propre engagement pour un Rwanda démocratique. Mais s’il y a une distinction à faire entre les faucons et les colombes à l’intérieur du noyau du pouvoir de Kigali, ce n’est certainement pas lui la colombe…

Lire la suite: Cas Déo Mushayidi

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March 28, 2010   No Comments

Le Rwanda face aux élections: Débat contradictoire dans un espace politique verrouillé?

EurAc

Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir (suite 1)

par Kris BERWOUTS.

Débat contradictoire dans un espace politique verrouillé ?

Le Rwanda n’est pas habitué à un débat politique contradictoire. Au courant des années, le parti au pouvoir depuis 1994, le Front Patriotique Rwandais, a établi un contrôle sur la vie publique (y compris sur les organes politiques et judiciaires) selon la logique de parti unique, malgré l’existence d’une série d’autres partis politiques satellites qui jouent un rôle en marge du pouvoir grâce à leur loyauté fondamentale à celui-ci.

Le cycle électoral (2001 – 2003) qui a clôturé la transition a été organisé sans débat contradictoire : le seul parti d’opposition, l’Alliance pour la Démocratie, l’Equité et le Progrès (ADEP-Mizero) n’a jamais obtenu son agrément, et les candidats indépendants principaux pour les élections présidentielles ont été disqualifiés à la veille du scrutin. Le Président Kagame a gagné ses élections avec un résultat staliniste de 95% après une campagne accompagnée de disparitions, d’arrestations et d’intimidation des candidats, de l’électorat et des observateurs. Aussi bien dans les élections législatives que présidentielles en 2003, la mission d’observation de l’Union européenne a constaté des irrégularités et des fraudes importantes. Les mêmes constats ont été faits par la mission d’observation de l’UE aux élections législatives de septembre 2008. Même si le langage dans le rapport et dans les déclarations lors de sa publication était très diplomatique et cherchait à ne pas affronter le régime rwandais, plusieurs participants à cette mission ont fait part des irrégularités dans le vote, dans le traitement des urnes et dans le comptage:
Aujourd’hui, nous sommes à quatre mois et demi des élections présidentielles du 9 août 2010. Le parti au pouvoir les prend très au sérieux et s’y prépare en mettant en route sa machinerie du niveau local au niveau national, et en utilisant tous les moyens disponibles, y compris son monopole sur les médias.
Entre-temps, d’autres formations politiques s’y préparent aussi. Ils essayent d’obtenir leurs enregistrements comme partis politiques et ils réclament l’espace pour se faire connaître et entendre par l’électorat. Les principaux partis d’opposition sont :

• le Parti Social Imberakuri, (PSI) présidé par Bernard Ntaganda et créé par des ex-membres du Parti Social Démocrate (PSD) qui l’avaient quitté par frustration que le PSD restait dans le giron du FPR.
• Le Green Democratic Party, (GDP) avec un leadership qui vient principalement du milieu anglophone. Le parti est considéré par beaucoup de gens comme une émanation du mécontentement au sein du FPR. Le président s’appelle Frank Habineza et le Secrétaire-général, Charles Kabanda, co-fondateur du FPR dans les années ’80 en Ouganda
• Les Forces Démocratiques Unifiées (FDU-Inkingi), dont la présidente Victoire Ingabire est rentrée à la mi janvier 2010 pour poser sa candidature pour la présidence, après une absence de 17 ans.

Ces partis ne sont pas considérés par le régime comme un enrichissement à la vie politique rwandaise, tel qu’il le souhaite.

En 2009, le Parti Social Imberakuri a essayé d’organiser quatre congrès. Trois en ont été empêchés par le régime pour des raisons de procédures, mais un congrès a été tenu en juin. Le PS Imberakuri a été reconnu comme parti en juillet 2009. Pendant toute cette période, leur président Bernard Ntaganda s’est exprimé dans des termes très sévères contre le régime sur une série de thèmes sociaux, politiques et judiciaires qui préoccupent la population. Le fait que le régime apparemment laissait parler Ntaganda aussi ouvertement était pour beaucoup de Rwandais une indication qu’il y pourrait y avoir réellement un changement positif et une nouvelle ouverture politique.

Finalement, l’offensive contre Bernard Ntaganda a été lancée de l’intérieur de son parti même. Le secrétaire-général du PSI, Noel Hakizimfura, a accusé son président de divisionisme et de l’idéologie génocidaire.En fevrier 2010, Hakizimfura et un autre membre du parti ont été licenciés du parti pour avoir accepté de l’argent du FPR pour déstabiliser le PS-I. Le mardi soir 16 mars 2010, des membres dirigeants du PS-Imberakuri ont été amené aux Head Quarters du FPR où ils ont reçu l’ordre d’organisé une convention du parti pour le lendemain 17 mars, afin de destituer Ntaganda de ses fonctions. La convention a été tenue, et la vice-présidente, Christine Mukabunani a fait une déclaration dans laquelle elle a affirmé que Bernard Ntaganda n’est plus président du parti. Depuis lors, le cadre institutionnel du PSI est très flou.

De son côté, Victoire Ingabire a longtemps préparé sa candidature pour la présidence rwandaise à partir de la Hollande, où elle habitait depuis 17 ans. Ingabire est arrivée au Rwanda le samedi 16 janvier: “Je suis prête à briguer ma candidature pour la magistrature suprême et la victoire est certaine”, a déclaré Mme Victoire Ingabire à peine descendue sur le tarmac de l’aéroport international de Kigali. Sa candidature et son style direct ont tout suite suscité des tensions au sein du régime qui a répondu par une agression verbale immédiate, y compris dans les médias. Mme Ingabire s’est rendue presque immédiatement au Mémorial de Gisozi pour y déposer une gerbe de fleurs. Dans son discours, elle a dit entre autre : “Le chemin de la réconciliation est encore long. Ce Mémorial ne rappelle que le génocide perpétré contre les Tutsi mais reste muet sur d’autres crimes contre l’humanité ciblant des membres d’ethnie Hutu ». Elle lançait ainsi une claire allusion aux crimes commis en 1994 par des membres de l’ex-rébellion tutsi, le Front patriotique rwandais (FPR), aujourd’hui au pouvoir. “Les Hutu qui ont tué les Tutsi doivent comprendre qu’ils doivent être punis. Il en va de même des Tutsi qui ont tué les Hutu.” Cette déclaration a déclenché la fureur des victimes du génocide, des médias pro-gouvernementaux et des autorités, qui l’ont accusé de propager le négationnisme.

Depuis le 10 février, Mme Ingabire a été régulièrement convoquée par la police, pour des interrogatoires qui prennent beaucoup de temps, l’empêchent d’entreprendre d’autres activités, et l’accusent de diffusion de l’idéologie génocidaire, du divisionnisme et de contacts avec les FDLR. Jusque maintenant, il n’y a pas de procédure juridique formelle, mais le cadre légal a été créé pour en entamer une, par le simple transfert du dossier de la police au parquet.

Entretemps, le FDU-Inkingi a essayé d’organiser son congrès constituant. Personne ne l’a formellement défendu, mais le parti se trouve devant un comportement kafkaïen de la part des autorités : la Commune veut bien donner son autorisation pour le congrès, à condition que la police confirme qu’elle sera sur place pour assurer la sécurité. La police affirme aimablement qu’elle est prête à assurer la sécurité du congrès à condition que la Commune donne son autorisation par écrit…

Le 12 mars, Mme Ingabire a reçu une lettre des autorités communales pour lui interdire d’organiser des réunions politiques parce qu’elle est poursuivie par les instances judiciaires: Les interrogatoires policiers de février sont donc utilisés aujourd’hui pour l’empêcher d’exercer ses droits politiques. Le même jour, le Ministre de l’administration territoriale confirme dans des interviews avec des médias nationaux et internationaux que les constituantes du FDU-INKINGi ne seront jamais autorisées au Rwanda aussi longtemps que Mme Victoire Ingabire est poursuivie par la police et que des enquêtes sur le lien entre son organisation politique et le FDLR restent ouvertes Mme Ingabire a voulu réagir à ces accusations dans une conférence de presse, mais tous les hôtels qu’elle a contacté pour louer une salle ont été menacés et ont donc refusé de louer. Certains ont annulé la réservation à la dernière minute.

Le plus jeune parti d’opposition est le Green Democratic Party, lancé en août 2009 à Kigali, avec l’objectif de créer une opposition réelle et large autour d’une vision progressiste et écologiste. Lui aussi, il a été bloqué plusieurs fois dans ses efforts d’organiser ses réunions. Face à cette situation, les trois partis mentionnés ont mis en place une structure commune (Conseil de Concertation Permanent des Partis de l’Opposition) dans l’espoir que cette concertation leur permettra d’élargir l’espace démocratique à travers des positions communes et un plaidoyer conjoint national et international.

Mais tous ensemble ou chacun de son côté, ces formations sont très fragiles devant un pouvoir qui n’a aucune envie d’avoir un débat contradictoire réelle autour des élections, et qui verrouille l’espace politique par :

• son monopole sur les médias, qui diabolisent de façon permanente les partis d’opposition et leurs leaders
• une intimidation verbale et physique des partis d’opposition, leurs leaders, les cadres et les militants
• la création d’un cadre légal qui permet au régime d’entamer à très court terme une démarche juridique contre laquelle l’opposition peut difficilement se défendre (puisque les notions de diffusion de l’idéologie génocidaire et du divisionnisme sont très larges et mal définis dans la loi. Ces termes s’appliquent à tous ceux qui ont une lecture différente de la lecture officielle de l’histoire récente du Rwanda. Ce cadre paralyse les leaders de l’opposition dans leurs activités quotidiennes et est utilisé pour les empêcher d’exercer leurs droits politiques
• une politique administrative qui vise à empêcher l’opposition de se faire enregistrer, de s’implanter, d’organiser des réunions ou de se faire connaître auprès du grand public. Ainsi, deux des partis que nous avons mentionnés ci-dessus n’ont pas encore été enregistrés, alors que le troisième n’a pas le droit d’organiser des activités à la base.
• par l’infiltration des partis de l’opposition pour leur déstabiliser de l’intérieur

Ces stratégies n’impliquent pas que le régime veut absolument interdire l’opposition. Il aurait pu le faire. Peut-être cherche-t-il tout d’abord à ralentir l’opposition, l’empêcher d’atteindre la base avec un message différent du sien, éviter qu’elle gagne de la crédibilité. Les leaders de l’opposition que j’ai rencontrés craignent que le gouvernement ne les empêche de finaliser l’enregistrement en mars.

En effet, il est exclu que le dossier avancera en avril, vu la lourdeur émotionnelle pour le pays entier pendant ce mois, avec ses cérémonies et ses activités de commémoration du génocide. Ceci veut dire que l’administration recommencera de travailler sur leurs dossiers en mai.
Si les autorités utilisent les mêmes mécanismes de ralentissement, il n’est pas exclu que l’opposition soit reconnue comme partis politiques quelques semaines avant les élections. Dans ce cas, elle ne pourra pas remplir les conditions légales de participation aux élections ou participera sans aucune préparation normale à la campagne et au scrutin et sans aucune chance d’avoir atteint l’électorat.

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March 28, 2010   No Comments

Le Rwanda face aux élections : Les fissures dans le miroir (intro)

EurAc

Le Rwanda face aux élections : Les fissures dans le miroir
par

Kris Berwouts, Directeur EurAc
Rapport après mission, Mars 2010

La deuxième semaine du mois de mars 2010, j’ai visité le Rwanda. Les dernières années, je suis souvent passé dans ce pays que je fréquente depuis 1997, surtout en transit vers Goma, Bukavu ou Bujumbura. Chaque fois, j’en profitais pour rencontrer quelques contacts personnels ou professionnels. Mais je n’étais pas resté plus de 24 heures depuis fin 2007.

Bien sûr, j’avais toujours suivi ce qui se passait au Rwanda, et je m’étais investi sans cesse avec les collègues à EurAc pour fournir une information avec le leitmotiv de disponibiliser les éléments nécessaires pour mieux comprendre les enjeux et objectiver le débat. Ce leitmotiv est pertinent partout, mais il a une importance particulière au Rwanda. Très souvent, le débat entre ‘believers’ et ‘non believers’ ne dépasse pas la discussion stérile entre sourds-muets.

Les dernières semaines avant mon arrivée, nous sentions qu’une grande nervosité commençait à régner dans le pays. On s’attendait tous à une fermeture de l’espace politique dans les mois avant les élections. La diabolisation de Victoire Ingabire après son retour au pays pour mener une campagne présidentielle comme candidate du parti d’opposition FDU-Inkingi accélérait aussi l’agression contre les autres partis d’opposition présents sur le terrain. Le 19 février, un vendredi soir, trois grenades visaient différents endroits très fréquentés dans la capitale, en pleine heure de pointe, faisant deux personnes mortes et plusieurs blessées. Les médias rwandais en accusaient d’abord les FDLR et puis Victoire Ingabire. Le jeudi 4 mars 2010 dans deux nouvelles attaques à la grenade, presque simultanées, dans la capitale rwandaise Kigali, seize autres personnes ont été blessées. Ces actes de violence étaient suivis par des vagues d’accusations et d’arrestations.

Entre les deux attaques, le Général Faustin Kayumba Nyamwasa avait quitté le pays pour l’Afrique du Sud. Après son départ, cet ancien chef d’Etat-major de l’armée rwandaise était accusé par le régime d’être derrière les grenades du 19 février et d’être associé à l’ancien chef des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya, qui se trouve en Afrique du Sud depuis 2007.

Le samedi 6 mars, les autorités rwandaises ont annoncé l’arrestation au Burundi d’un opposant, Déo Mushayidi, accusé par Kigali de faire partie des commanditaires des récentes attaques à la grenade. Tout doucement, les jeteurs de grenades commençaient à être plus nombreux que les grenades elles-mêmes.

Vous comprenez que je ne savais pas très bien à quoi m’attendre. Pendant que les journées passaient, j’avais des difficultés à comprendre pourquoi au juste la situation me semblait fondamentalement différente de toutes les autres fois que j’ai visité le pays. Je sentais une crainte dans la population, mais elle existe depuis longtemps. Je constatais une fermeture de l’espace politique qu’on avait vécue déjà maintes fois. Je ne me souvenais pas de grenades dans le passé récent (une petite recherche après mon retour m’apprend qu’il y en a eu en avril et décembre 2008 et en avril et juillet 2009), mais au même temps j’avais l’impression que les grenades étaient plus des symptômes que la cause des événements. J’avais l’envie et le devoir d’intégrer tous ces morceaux d’information dans une analyse solide.

Finalement, j’ai compris ce qui était réellement nouveau : j’observais un régime qui ne se bat pas tout d’abord contre ses adversaires. Il se bat en premier lieu contre sa propre désintégration. Pendant dix ans, nous avions spéculé sur les divergences au sein de l’inner circle du pouvoir. Nous avons toujours senti des points de désaccord, mais personne n’a pu m’aider à définir précisément les clivages. Aujourd’hui, quand le régime se regarde dans le miroir, il voit les fissures qui troublent l’image intacte et sereine qu’il veut présenter à l’opinion publique, aussi bien rwandaise qu’internationale. Le régime se voit confronté à sa propre fragilité, il est nerveux et il réagit hors proportions.

Vous lirez dans les pages suivantes mes constats, mes impressions et mon analyse. Ce n’est pas une position officielle d’EurAc, mais le résultat des réflexions d’une seule personne, et qui n’engage qu’elle. Une personne qui, comme d’habitude, revient de mission avec plus de questions que de réponses.

Kris Berwouts
Directeur EurAc
21 mars 2010

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March 28, 2010   No Comments

Rwanda: Risques d’être étranger dans son propre pays

Kigali – De nombreux Rwandais habitant les régions frontalières avec le Burundi et la RD Congo, qualifiés d’étrangers, ne peuvent obtenir la carte d’identité, indispensable à la vie courante et pour participer aux élections présidentielles d’août prochain. Ces sans-papiers sont inquiets.
Ils ont tous plus peur qu’ils n’inspirent de crainte à leurs voisins. Eux, ce sont en majorité des habitants des régions rwandaises frontalières avec le Burundi au sud du pays et la RD Congo à l’ouest, auxquels les autorités locales refusent la carte d’identité.

“Ce sont des étrangers”, disent-elles. Depuis deux ans, quand tous les citoyens rwandais ont du refaire leur carte d’identité, de nombreux villageois du sud et de l’ouest n’ont pas obtenu ce document vital.

Ils sont soupçonnés, à tort ou à raison, par leurs voisins et les dirigeants locaux, de venir d’ailleurs, peu importe le temps qu’ils ont vécu sur place.

Aujourd’hui, être sans-papiers au Rwanda est risqué. Ceux qui n’en ont pas craignent pour leurs biens, pour leurs droits civiques à l’approche des élections présidentielles prévues le 9 août prochain et même pour leur vie, surtout en ces moments d’insécurité.

Début mars, des attentats à la grenade ont fait des dizaines de victimes. Le conseil consultatif du district de Gicumbi, nord, a ainsi déclaré récemment que “ceux qui n’ont pas de carte d’identité doivent être considérés comme ceux qui causent l’insécurité”.

Actuellement, les forces de l’ordre procèdent à la vérification de cette carte. Ceux qui ne peuvent pas la présenter restent aux mains de la police.

“Nous tous qualifiés d’étrangers, nous ne pouvons pas voyager de peur d’être attrapés et pris pour des fauteurs de troubles dans le pays”, note Sixbert Banzubaze, 40 ans, de Muganza, Gisagara.
Sans carte d’identité, impossible aussi au Rwanda d’avoir accès aux services publics ou privés. Offres d’emploi, services dans les banques, soins dans les hôpitaux, élections… On l’exige avant toute chose.

Rumeurs, jalousies…
Pour cet activiste des droits de l’homme de Kigali, ces gens “sont victimes d’une propagande xénophobe de quelques villageois des régions frontalières”. Ils sont “des vrais sans-papiers dans leurs pays”.

“A part, ceux qui bougent beaucoup entre les frontières, ce sont ceux qui ont des grandes terres qui sont visés”, remarque un villageois de Muganza.

Le vieux Kanyabikari François, né en 1936 dans le district de Gisagara, sud, voisin du Burundi ne comprend pas ce qu’il lui arrive. Un responsable local lui a confisqué sa carte d’identité avançant qu’il est étranger. “Mon père est né ici comme moi et mes enfants. Personne dans cette région ne peut nous montrer le lieu d’où seraient venus nos arrières parents”, se plaint Kanyabikari.

Comme lui, Jacques Hakizimana, 87 ans, du secteur Mukindo de Gisagara et plus de 100 personnes de sa descendance, avaient des cartes d’identité rwandaise. Il a servi son pays jusqu’à sa retraite, mais, aujourd’hui, il est pris pour étranger.
“J’ai peur qu’on nous chasse sans savoir où nous envoyer, car nous n’avons pas d’autre origine ailleurs”, se résigne un de ses fils.

Pour lui, ce sont surtout des jalousies entre voisins qui sont à l’origine de ces problèmes : “Tout commence par une rumeur propagée par quelqu’un qui veut écarter l’autre. Quand elle arrive au dirigeant, celui-ci retient la carte d’identité de peur d’être accusé de la délivrer à des étrangers.”

Selon un élu local du district de Gisagara, de nombreuses personnes sont concernées : “Nous visons à bien identifier les vrais nationaux et les étrangers, car une bonne partie de nos habitants sont partagés entre deux pays. Certains ont des terres et des maisons au Rwanda et au Burundi. Ils trichent et ils ont plus d’une nationalité. Quand ils commettent des infractions dans un pays, ils se réfugient dans l’autre.”

Fin 2009, le président rwandais, Paul Kagame, avait lui-même pointé du doigt, lors de sa visite dans la province du Sud, les gens qui vont et viennent entre les différents pays, présumant qu’ils peuvent causer de l’insécurité.

Vent électoral
Pour avoir une carte d’électeur, un citoyen doit avoir au préalable une carte d’identité. “Nous la refuser, c’est nous priver de nos droits civiques. Visiblement nous ne pourrons pas voter aux prochaines élections présidentielles “, regrette un villageois de Mukindo, Sud.

Son camarade, lui, craint le pire : “On nous dit souvent qu’on va nous renvoyer chez nous. Nos voisins nous disent qu’ils vont prendre nos biens quand nous serons partis. Mais on ne nous dit pas où on va nous renvoyer.”

La délivrance de la carte d’identité dotée d’une puce électronique a commencé en août 2008. “Environ 5,3 millions de personnes l’ont demandée”, d’après Pascal Nyamurinda, coordinateur du projet de l’identité nationale. C’est ce nombre qui, après avoir obtenu leur “smart card”, prendra part aux élections. Mais, dans la province de l’Ouest, près de 700 000 personnes sur 2,5 millions n’avaient pas de carte d’identité fin 2009.

[Syfia Grands Lacs]

March 28, 2010   No Comments

Rwanda: Le Colonel Bagosora en appel au TPIR affirme avoir été privé du témoignage fondamental de Marcel Gatsinzi

Theoneste Bagosora

Theoneste Bagosora

Arusha : Le colonel Théoneste Bagosora, le plus célèbre des détenus du Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR) soutient, dans son mémoire d’appel déposé mercredi, avoir été privé en première instance, d’un témoignage fondamental pour sa défense, celui de l’actuel ministre rwandais de la Défense, le général Marcel Gatsinzi.

Directeur de cabinet au ministère de la Défense pendant le génocide de 1994, Bagosora a été condamné à la prison à vie en décembre 2008 après avoir été reconnu coupable de génocide, crimes contre l’humanité et crimes de guerre.

Le colonel, qui avait été présenté par le parquet tout au long du procès comme le “cerveau” du génocide, a été, en revanche, acquitté du chef d’ «entente en vue de commettre le génocide ».

Les juges de première instance ont conclu à sa responsabilité dans l’assassinat du Premier ministre de l’époque, Agathe Uwilingiyimana, des dix casques bleus belges qui étaient chargés de la protéger, de plusieurs dirigeants politiques et de massacres de Tutsis à des barrages routiers dans la ville de Kigali et dans sa région d’origine de Gisenyi (nord), entre la soirée du 6 avril et le 9 avril 1994.

Selon le jugement, Bagosora était, en l’absence du ministre de la Défense et après le décès du chef d’état-major de l’armée, la plus haute autorité militaire du Rwanda au cours de cette période. Ce que le condamné a toujours contesté, affirmant n’avoir jamais exercé de contrôle, ni de fait, ni de droit, sur l’armée.

A sa demande, la chambre avait, lors du procès, ordonné le 11 septembre 2006 la comparution du général Gatsinzi qui fut chef d’état-major intérimaire de l’armée rwandaise du 7 au 16 avril 1994.

Le ministre avait alors posé des conditions à sa déposition : être entendu comme témoin de la chambre et non de Bagosora, ce que la chambre avait refusé. Gatsinzi avait également demandé à déposer en vidéoconférence.

Les choses en sont restées là jusqu’à la fin du procès.

« En fait, écrivent les avocats de Bagosora, la chambre a cédé à la volonté de Gatsinzi qui refusait de venir témoigner (…) Elle aurait dû demander au gouvernement rwandais de coopérer avec le tribunal comme le lui permettait le statut (du TPIR) en contraignant Gatsinzi à venir témoigner ».

« La chambre a privé la défense du colonel Bagosora d’un moyen de défense fondamental », poursuit le mémoire sans préciser si l’équipe de défense du colonel demandera la comparution de Gatsinzi pour l’audience d’appel.

Au terme de ce mémoire de 65 pages qui comprend 6 motifs d’appel, les défenseurs de Bagosora demandent au deuxième juge de « renverser les condamnations prononcées contre lui et consigner un verdict d’acquittement » ou, « subsidiairement, d’ordonner un nouveau procès ».

L’ex-directeur de cabinet comparaissait en première instance avec l’ancien chef des opérations militaires à l’état – major de l’armée, le général Gratien Kabiligi, l’ancien commandant du secteur opérationnel de Gisenyi (nord), le lieutenant- colonel Anatole Nsengiyumva et l’ancien commandant du bataillon paracommando, le major Aloys Ntabakuze.

Egalement condamnés à la perpétuité, Nsengiyumva et Ntabakuze seront jugés avec Bagosora en appel.

Quant à Kabiligi, il a été acquitté, faute de preuve, et le procureur n’a pas jugé utile de faire appel.

[ARI-RNA]

March 28, 2010   No Comments

Le Rwanda mandaté par l’ONU pour envoyer des gardiens de prison en Haiti

Kigali – Le conseil du Gouvernement du 24 Mars 2010 a confirmé que l’ONU a chargé le Rwanda d’envoyer des gardiens de prison en Haiti.

“Minisitiri w’Umutekano mu Gihugu yamenyesheje Inama y’Abaminisitiri ko u Rwanda rwemerewe n’Umuryango w’Abibumbye kohereza abacungagereza kugira uruhare mu kunoza imicungire ya za Gereza mu gihugu cya Haiti.”

Source: Kigali: Ibyemezo by’inama y’abaminisitiri yo kuwa 24 Werurwe 2010

March 26, 2010   No Comments

Le Rwanda désigne son nouvel Ambassadeur du Rwanda en Inde en remplacement du fugitif Général Kayumba Nyamwasa

Kigali – Monsieur William NKURUNZIZA a été désigné Ambassadeur du Rwanda en Inde en remplacement du fugitif Général Kayumba Nyamwasa pour lequel le Rwanda a introduit une demande d’extradition d’Afrique du Sud.

March 26, 2010   No Comments

Rwanda: L’opposition rwandaise dans le collimateur du parti au pouvoir

RFI écrit au sujet des difficultés rencontrées par l’opposition rwandaise durant cette période pré-électorale:

L’opposition rwandaise dans le collimateur du parti au pouvoir


Bernard Ntaganda (G) président du parti socialiste Imberakuri et Victoire Umuhoza Ingabire (D), présidente des Forces Démocratiques Unies (FDU), leaders de l’opposition rwandaise.
Montage/RFI

A quelques mois de l’élection présidentielle au Rwanda, aucun des trois mouvements d’opposition n’a la garantie de pouvoir participer au futur scrutin du mois d’août prochain. Jeudi 25 mars 2010, l’opposante Victoire Ingabiré a été à nouveau convoquée et interrogée par la police. Au début du mois de février l’ONG américaine de défense des droits humains, HRW, avait dénoncé des « actes graves d’intimidation » contre l’opposition.

Le Parti démocrate vert, qui regroupe notamment des dissidents du FPR (Front patriotique rwandais) le parti au pouvoir, n’a pas encore réussi à obtenir son agrément, même chose pour les Forces démocratiques unifiées. Quant au Parti socialiste Imberakuri qui bénéficiait d’une existence légale, il a récemment été l’objet d’une manœuvre qui a permis de limoger son président. Mais la majorité des membres étant restés solidaires, certaines sources indiquent que le mouvement pourrait être dissous par les autorités.

Ces derniers mois les opposants sont sans cesse confrontés à des menaces et à toutes sortes d’obstacles qui les empêchent de mener des activités politiques, pourtant autorisées et prévues par la constitution rwandaise. En décembre dernier, Bernard Ntaganda, le leader du parti socialiste, a été convoqué par le Sénat qui l’accuse de « révisionnisme et d’idéologie génocidaire ». L’affaire est toujours en l’examen. Victoire Ingabire, des FDU, fait elle aussi l’objet d’une enquête de police pour les mêmes accusations.

Pour les partis d’opposition, c’est la quadrature du cercle. Le gouvernement prend prétexte de ces enquêtes pour refuser la tenue de congrès constitutifs, procédure obligatoire afin que que les partis soient agréés et puissent présenter des candidats au futur scrutin. Le gouvernement contrôle déjà étroitement l’espace politique note Human rights watch. L’organisation de défense des droits humains estime que « la multiplication des attaques contre les partis d’opposition ne présage rien de bon pour l’élection présidentielle d’août prochain ».

[RFI]

March 26, 2010   No Comments

Rwanda: Ibuka saisit le Parlement au sujet des assassinats de rescapés du génocide

Kigali – Ibuka, la principale organisation de survivants du génocide rwandais en 1994, a annoncé mardi avoir saisi la chambre des députés et le sénat rwandais de la question des assassinats visant ces rescapés.

Selon des rapports compilés par ce collectif, 24 survivants ont été assassinés l’année dernière tandis que 6 ont échappé à des tentatives d’assassinats.

« Nous nous sommes trouvés dans l’obligation de soumettre la question aux deux chambres pour qu’elles prennent les mesures qui s’imposent », a indiqué mardi à l’agence Hirondelle, le président d’Ibuka (souviens-toi, en langue rwandaise), Théodore Simburudali.

« Nous avons écrit le 6 mars ; nous attendons des actions concrètes de la part du parlement qui a déjà pris acte de nos doléances », a-t-il poursuivi.

Les menaces visant les rescapés du génocide ont par ailleurs été au centre du onzième congrès ordinaire d’Ibuka qui s’est tenu dimanche à Kigali.

Selon le président de l’organisation, les personnes visées avaient, pour la plupart d’entre elles, témoigné à charge ou siégé comme juges dans les procès gacacas.

Inspirées de la tradition rwandaise, les juridictions gacacas (prononcer gatchatcha) sont chargées de juger la presque totalité les auteurs présumés du génocide.

Les assassinats de rescapés sont, selon M.Simburudali, la conséquence de « la haine contre les Tutsis enseignée depuis les années 1959, de l’idéologie du génocide trop ancrée dans certains esprits, et des propagandes orchestrées de l’extérieur par des génocidaires, comme les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) basées dans l’est de la République démocratique du Congo ».

Les assises d’Ibuka ont également planché sur le bilan des gacacas qui doivent clore leurs travaux à la fin du mois. Pour cette organisation, le contentieux du génocide est loin d’être vidé, car plusieurs génocidaires circulent toujours impunément.

Ibuka relève par ailleurs que plusieurs milliers de condamnés aux Travaux d’intérêt général (TIG) se sont volatilisés dans la nature et ne purgent donc pas leur peine.

Le congrès a également déploré «des acquittements de génocidaires notoires, des procès de règlement de compte contre des rescapés du génocide, la non exécution de certains jugements liés aux pillages ou aux biens détruits, la corruption de certains juges gacacas et de certains témoins, même parmi les survivants ».

Les délégués ont aussi fait remarquer que beaucoup de rescapés restent sans logement, sans soins médicaux, ou sans frais de scolarité, 16 ans après le génocide, en dépit de l’existence du Fonds d’assistance aux rescapés du génocide les plus démunis (FARG) mis en place par le gouvernement.

« Le nombre des bénéficiaires croît chaque année au lieu de décroître, parce que même des non rescapés du génocide se font enregistrer sur nos listes», s’est indigné Ildephonse Niyonsenga, secrétaire exécutif du fonds.

Enfin, Ibuka a salué la condamnation par Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), du Premier ministre du gouvernement en place pendant le génocide, Jean Kambanda, une preuve, selon cette organisation, que le génocide des Tutsis a été planifié par le pouvoir de l’époque.

[Agence Hirondelle]

March 25, 2010   No Comments

Victoire Ingabire s’adresse directement au Président Paul Kagame

Victoire Ingabire interpelle le Président Paul Kagame

Victoire Ingabire interpelle le Président Paul Kagame

Madame Victoire Ingabire, Présidente du FDU-Inkingi, s’adresse au Président du Rwanda Paul Kagame en ces termes:

Kigali, le 22 mars 2010

Lettre ouverte

Son Excellence Monsieur Paul KAGAME
Président de la République Rwandaise
KIGALI

Son Excellence Monsieur le Président,

J’ai l’honneur de m’adresser à Votre haute autorité, afin que vous mettiez tout en oeuvre pour que tous les partis politiques désirant participer aux prochaines élections prévues en août 2010 puissent le faire, et ainsi jouir de leurs droits constitutionnels.

Mon parti politique, FDU-INKINGI, a décidé de participer à ces élections, afin de prouver à toutes et à tous, que le changement politique est possible au Rwanda sans forcément recourir à la violence, comme ça a été le cas dans le passé.

Le Front Patriotique Rwandais, votre parti politique, ne devrait pas se soustraire à une compétition politique libre, après 16 ans de pouvoir sans partage, alors qu’il affirme avoir instauré l’unité et la réconciliation nationales et réalisé un développement économique sans précédent.

Les FDU se sont engagés à suivre scrupuleusement toutes les dispositions légales relatives à l’enregistrement des partis politiques au Rwanda.

Il est important que nos droits soient respectés et notamment ceux garantis par la constitution et en particulier dans ses articles 11, 16, 33, 35, 36, ainsi que les déclarations contenues dans la charte onusienne du 26 janvier 1945, la Déclaration Universelle des Droits de l’homme du 10 décembre 1948, la convention internationale sur les droits civiques du 19 décembre 1966, la Charte Africaine sur la Démocratie, les élections et la Gouvernance du 30 janvier 2007, auxquelles le Rwanda a adhéré de bonne foi.

Depuis mon retour au pays, je suis constamment victime d’une campagne de diabolisation, de harcèlement et d’intimidation orchestrée par les media publics et partisans, les services administratifs et certains membres du gouvernement.

Vous êtes sans doute au courant de l’attaque dont j’ai été l’objet en plein jour dans les locaux du secteur administratif de Kinyinya en date du 03 février 2010.
Jusqu’à date, aucune poursuite n’a été engagée contre les auteurs, que la police prétendait pourtant avoir arrêtés.

J’ai été plusieurs fois auditionnée par le département des enquêtes criminelles (CID) pour “activités politiques illégales, idéologie génocidaire et intelligence avec les rebelles des FDLR”.

En dépit de toutes ces menaces, je reste déterminée à défendre mes droits politiques, ainsi que le droit de chaque Rwandais, spécialement quand ces droits sont garantis par la Constitution.

Je condamne sans réserve le génocide contre les Tutsi et tous les autres crimes contre l’humanité commis au Rwanda.
Je pense fermement que sans compassion et réhabilitation de toutes les victimes, sans jugement des auteurs de ces horribles crimes, il n y a aucune chance de déraciner l’impunité et d’arriver à une véritable réconciliation.

L’unique preuve exhibée pour étayer les accusations de complicité avec l’ennemi, s’appuie sur le rapport d’un groupe d’experts de l’ONU sur la RDC daté du 23 Novembre 2009.
Il est inutile de réaffirmer que les informateurs des experts de l’ONU ont délibérément induit en erreur ces derniers, affirmant notamment que j’ai des liens de parenté avec le commandant en chef de ce groupe armé, ce qui est absurde.
Il est indécent d’exploiter ma participation à une session du Dialogue Inter Rwandais et de la transformer en une collaboration avec le groupe rebelle.
J’ai été invitée au même titre que tous les autres participants de différentes organisations rwandaises, y compris des représentants de votre parti, le FPR que le rapport a soigneusement évité de mentionner sur la liste dles participants.
Le communiqué final de cette réunion demandant une solution pacifique et politique de la crise rwandaise fut lu par un des survivants du génocide participant à la réunion.
Voir http://www.veritasrwandaforum.org/dialeg/COMMUNIQUE_FINAL_DIALOGUE_INTRA.pdf.

Par ailleurs, on peut s’interroger sur l’opportunité d’une telle accusation au moment où le gouvernement lui-même a multiplié les contacts avec ces rebelles et a même incorporé dans son armée certains de ses généraux.

S’agissant des aspects légaux en rapport avec ma demande de tenir le congrès constitutif de mon parti, la position de l’administration de me refuser cette autorisation est sans fondement.

En effet, l’alinéa 18, 19 e 20 de la Constitution ne laisse aucune ombre de doute. Je ne peux pas être déchue de mes droits civiques sur simples allégations pour lesquelles je n’ai été ni inculpée, ni condamnée (Article 19). C’est inhabituel dans un état de droit, qu’un représentant du gouvernement, en l’occurrence le ministre de l’administration local, M. Musoni Protais, viole publiquement la loi, par des remarques diffusées sur la VOA le 15 mars 2010, affirmant qu’aussi longtemps que la police continue ses investigations, il n y aura pas d’autorisation pour les FDU, de tenir leur congrès n’importe où au Rwanda.
Encore que ce ministre s’arroge le droit d’autoriser des réunions politiques, alors que la loi organique 16/2003 en son article 5 ne requiert qu’une notice par écrit aux autorités administratives. L’autorisation administrative n’est requise qu’en cas de manifestations politiques publiques (art 5, paragraphe 4).

Dans une interview avec la radio nationale, diffusée le 12 mars 2010, le maire de Nyarugenge (Kigali) ajouta que “nous ne pouvons pas autoriser la réunion, par ce que nous ne savons pas ce qu’ils vont déclarer au public”. Le maire réitéra cette position dans une interview à la BBC Kinyarwanda-Kirundi du 15 mars 2010. Ceci constitue une violation flagrante de la liberté d’expression et d’association garantie par la constitution ainsi que d’autres instruments et dispositions internationaux.

La controversée Loi organique n° 19/2007 du 04/05/2007 modifiant et complétant la Loi Organique 16/2003 du 27/06/2003 régissant les organisations politiques et politiciens confère au ministre de
l’administration locale la compétence d’enregistrer les partis politiques. C’est l’autorité suprême dans la hiérarchie et la décision finale lui appartient. En refusant aux FDU l’autorisation de tenir leur assemblée constituante, le ministre bloque par la même occasion toute chance d’enregistrement du parti qui, ne pourra de ce fait prouver qu’il a été légalement constitué.
Nous dénonçons cet abus de pouvoir qui viole la constitution.

Son Excellence Monsieur le Président,

Tous ces développements montrent clairement que sans Votre intervention, tout le processus politique conduisant aux prochaines élections est vicié et va dérailler. Il est de Votre responsabilité, en tant que Chef de l’Etat, et garant de la Constitution, de prendre les mesures qui s’imposent, afin:

– que le gouvernement, ses administrations et ses institutions restent neutres et respectent la constitution et en particulier l’article 29 de la Loi organique n°16/2003 du27/06/2003;

– que tous les rwandais jouissent de leurs droits politiques;

– que les parties politiques exercent leurs droits d’expression et d’association (article 1 de la Loi Organique n°16/2003 of 27/06/2003

– que le système multipartite soit instauré. Le multipartisme reconnu dans le Mémorandum sur l’Etat de droit signé par le FPR à Arusha en 1993 implique la reconnaissance, l’existence d’une opposition démocratique, et considère les aspirations légitimes de tous les rwandais à accéder au pouvoir par les moyens démocratiques.

– que l’opposition politique ait un espace politique nécessaire et soit libre d’exposer à la population rwandaise son projet politique;

– que le parti FDU INKINGI soit autorisé à tenir son congrès constitutif en accord avec les dispositions légales et sans autres obstacles de la part de votre gouvernement.

Veuillez agréer, Excellence Monsieur le Président, l’assurance de ma très haute distinction.

Madame Victoire Ingabire Umuhoza
Présidente des FDU-Inkingi
Tel : (+250) 0785836000 Fdu.inkingi.rwa@gmail.com
http://www.fdu-rwanda.org – http://www.victoire2010.com

March 25, 2010   2 Comments