Le Rwanda face aux élections: plus de questions que de réponses — Rwandinfo_FR
Tribune d'Information sur le Rwanda

Le Rwanda face aux élections: plus de questions que de réponses

EurAc

Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir (conclusion)

par Kris BERWOUTS.

Conclusion : plus de questions que de réponses

Vit-on une crise du régime rwandais ? C’est bien possible. Vu les réactions exagérées des autorités face aux situations nouvelles sur le terrain, nous avons l’impression que le régime le croit lui-même, même si les autorités répètent incessamment dans des déclarations qu’elles ont tout sous contrôle.

Va-t-on vers une fin de règne du FPR ? Je rencontre beaucoup de gens qui l’espèrent, mais ça reste à voir. Même si je crois que le gouvernement rwandais n’est pas en train de résoudre les problèmes du pays vers une solution durable, il semble clair que le système de contrôle qu’il a établi, basé sur une culture du silence et une tradition d’obéissance à l’autorité reste solide.

Sommes-nous devant une nouvelle implosion du pays ? Prions que non. Il est très difficile d’imaginer ce que le Rwanda et les Rwandais ont à gagner là-dedans, et cette implosion aurait des conséquences graves pour toute la région. Pour le processus de paix précieux mais fragile au Burundi par exemple. Ou pour la population à l’Est du Congo, qui a assisté à beaucoup de changements depuis l’opération Umoja Wetu, sans que cela ait créé des perspectives pour une paix durable.

Ce qui est sûr est que ça ne va pas bien.
Les gens ne font pas référence au climat préélectoral de 2003. Les gens comparent la situation actuelle à celle de 1993.
Les grenades ont fait peur. La question: « Qui les a jetées? » reste sans réponse.
Victoire Ingabire et les présidents des autres partis d’opposition souhaitent un processus électoral réellement libre et transparent. Pour eux, le climat actuel est contre-productif.

Kayumba ? Il y a beaucoup de précédents dans l’histoire de l’Afrique postcoloniale où des généraux ont tenté de prendre le pouvoir, mais je ne me souviens pas de cas où ils auraient commencé leur conquête en lançant des grenades à un arrêt de bus.

Les FDLR ? Je reviens de l’Est du Congo. J’avais une forte impression que les FDL avaient d’autres préoccupations.

Déo Mushayidi ?
Des démobilisés frustrés ?
Des gens qui se fâchaient parce qu’ils trouvaient que Sarkozy ne devait pas aller chercher l’absolution, comme quelqu’un me l’a suggéré ?

Pas très probable. Mais il n’y a pas d’explications probables. Parmi les explications les moins improbables, il y a la conviction de beaucoup de gens que le régime lui-même a organisé ses attentats pour créer un climat qui lui permette d’arrêter et d’intimider ses citoyens. J’ai rencontré beaucoup de gens qui avaient peur, d’autres qui avaient tellement peur que je n’ai pas vu parce qu’ils n’osaient pas me rencontrer.

La situation préélectorale reste volatile.
Il est difficile de prévoir ce que le Rwanda sera durant et après les élections, si l’opposition reste muselée, harcelée ou anéantie.
Il est important que le régime rwandais reçoive des signaux de la communauté internationale qu’il faut arrêter cette intimidation.
A l’heure actuelle, cette communauté donne l’impression de ne pas s’inquiéter du tout. Elle semble croire que les tensions préélectorales étaient prévisibles, que la situation est sous contrôle, que la nervosité augmentera peut-être encore un peu d’ici les élections, mais que finalement Kagame les gagnera avec une majorité confortable et même écrasante. Après, cette même communauté suivra son ‘business as usual’.

C’est un peu pauvre comme analyse, c’est une sous-estimation du potentiel déstabilisateur de la situation actuelle et on rend un très mauvais service à la démocratisation du Rwanda à moyen et à long terme.

En ce qui nous concerne, nous devons recommander à la communauté internationale de faire pression sur le régime pour qu’il prenne des mesures en faveur de la stabilité politique au Rwanda et de la tenue des élections réellement libres et transparentes. Ces pressions consistent notamment à :

• pousser le régime à ne pas boycotter l’enregistrement des partis d’opposition, à ne pas les empêcher de travailler à la base ou de les démanteler;
• arrêter les harcèlements politiques et policiers contre les leaders et les membres de l’opposition ;
• demander au gouvernement de ne pas utiliser les médias publics pour la diabolisation de ses opposants ;
• exiger la publication de la nouvelle loi électorale ainsi que la constitution d’une commission électorale indépendante;
• déployer sans délai une mission internationale d’observateurs électoraux.

Au delà de l’enjeu électoral immédiat, il est très important que le FPR renverse la dynamique de fermeture et d’exclusion et s’investisse dans une solution durable des différents antagonismes, mais ceci tombe en dehors des Termes de Références de ma mission de mars. EurAc y reviendra dans un prochain document.

Kris BERWOUTS
Directeur EurAc
www.EurAc-network.org

EurAc is the European Network of Active NGOs in Central Africa. EurAC is made up of 49 member-organisations from 12 European countries.

1 comment

1 Jeannette Niwemukobwa { 04.19.10 at 13:39 }

Mr Berwouts,votr lecture de la situation au Rwanda à la veille des élections 2010 est cartésienn,européenne.C’est une lecture qui se place dans un cadre démocratique cohérent. Elle tient compte des données et des règles politiques connues et acceptées de tous.

C;est une lecture complexe,réfléchie et intelligente.
Vous taites des efforts hérculiens pour une situation limpide,simple à saisir.

1.Debat contraductoire

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