2010 juillet — Rwandinfo_FR
Tribune d'Information sur le Rwanda

Posts from — juillet 2010

Rwanda: Climat de peur à quelques jours de élection présidentielle

Kagame en campagne juillet 2010

Kagame - le tableau de cette période pré-électorale paraît bien sombre

Kigali – Au fur et à mesure que l’élection présidentielle rwandaise approche, la peur gagne les rues de Kigali. Plusieurs opposants ont été arrêtés, les journalistes sont réduits au silence et l’élection est verrouillée par le président sortant, candidat à sa propre succession, Paul Kagame.

À quelques jours du scrutin, prévu pour le 9 août, les meetings du Front patriotique rwandais (FPR), le parti de Paul Kagame, se multiplient à travers le pays. Le président sortant, arrivé au pouvoir à la fin du génocide, en juillet 1994, a rassemblé plus de 30 000 de ses partisans dans le stade national du Rwanda, à Kigali, le 20 juillet.

Loin des images de liesse véhiculées par l’équipe de campagne de Paul Kagame, le tableau de cette période pré-électorale paraît bien sombre. Les principaux opposants ont été empêchés de se présenter. Les trois partis d’opposition – les Forces démocratiques unifiées (FDU), le Parti démocratique vert et le Parti social – ont été écartés du scrutin présidentiel. Seuls trois candidats ont été autorisés à concourir, deux anciens ministres et un sénateur. Tous sont des proches de Paul Kagame.

Le 14 juillet, le corps du vice-président du Parti démocratique vert a été retrouvé en partie décapité dans un marais du sud du Rwanda. Quelques semaines auparavant, le rédacteur en chef du journal Umuvugizi avait été retrouvé mort le corps criblé de balles. Il venait de mettre en cause les autorités rwandaises dans la tentative d’assassinat d’un ancien camarade de combat de Paul Kagame passé dans l’opposition.

Par ailleurs, deux membres des Forces Démocratiques Unifiées ont récemment été écroués et la responsable de ce parti, Victoire Ingabire, est actuellement inculpée pour diffusion “d’idées génocidaires” et collaboration avec des groupes terroristes.

Enfin, les atteintes à la liberté de la presse se sont multipliées à l’approche du scrutin. La directrice du bimensuel indépendant Umurabyo, Agnès Uwimana Nkusi, ainsi que la rédactrice en chef et la maquettiste du journal, ont ainsi été arrêtées le 8 juillet pour outrage au chef de l’État.

L’un de nos Observateurs à Kigali a souhaité apporter son témoignage, mais il a insisté sur la nécessité de protéger son identité. Nos Observateurs sur place sont inquiets et extrêmement prudents dans leurs contacts avec les journalistes de notre équipe.

“Aujourd’hui, le FPR me fait peur”

François D. vit à Kigali.

Je suis allé à un meeting du FPR pour prendre des photos, mais j’ai aussi vu des voitures faisant la promotion des autres partis sillonner la capitale. Le Parti vert [qui ne participe pas à l’élection, NDLR] a fait un meeting à 60 km de Kigali il y a quelques jours. Et, à la télévision, j’ai vu des messages électoraux d’autres partis que le FPR, comme le Parti libéral [parti proche de Paul Kagame, NDLR].

Le FPR a fait plein de choses très positives pour le pays, c’est lui qui nous a permis de dépasser le génocide, qui a amorcé notre développement économique, qui nous a permis d’intégrer le Commonwealth. C’est aussi grâce à lui que la crise économique ne nous a pas touchés.

Le FPR a des militants dans tous les secteurs de la société. Tout le monde connaît ce parti alors que personne ne connaît les autres. Les membres du Parti vert ou du FDU, on ne les voit jamais en dehors des quelques semaines de campagne électorale. Après les élections, ils ne font plus rien, je pense qu’ils doivent avoir peur.

“Personne n’ose dire du mal de ce parti ici”

Je ne m’intéresse pas beaucoup à la politique, c’est un métier trop dangereux. Il y a quelques temps, j’aurais choisi le FPR parce qu’il nous a fait beaucoup avancer. Mais maintenant, ce parti m’inquiète. En 2003 [dernière élection présidentielle remportée par Kagamé avec 95 % des voix, NDLR], je me sentais libre, mais pour cette élection c’est très différent. Personne n’ose dire du mal de ce parti ici, parce qu’on sait qu’on risque beaucoup, même la mort.

Même les anciens amis de Kagame qui l’ont critiqué ont dû fuir le pays et des colonels de l’armée ont été arrêtés. Le gouvernement maltraite ses propres amis, alors comment va-t-il me traiter, moi qu’il ne connaît même pas ? Je ne pense pas que ce soit normal que les gens aient peur des autorités.”

Source: France 24.

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juillet 29, 2010   No Comments

Le procès de l’opposant Rwandais Bernard Ntaganda se poursuit

Kigali- Le procès de Bernard Ntaganda, président du parti d’opposition PS Imberakuri, a poursuivi son cours hier à la cour suprême. Maitre Ntaganda a nié toutes les charges contre lui.

Auparavant, l’accusé Ntaganda s’est vu signifier, une prolongation de 30 jours de sa détention par la haute cour de justice de Nyarugenge.

Ses interventions émotives et ses expressions que la cour a qualifié de déplacées et d’insolentes, ont incité celle-ci à reporter la séance pour ce vendredi 30 juillet.

[ARI-RNA]

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juillet 27, 2010   No Comments

L’opposant Rwandais Deo Mushayidi devant les juges

Deo Mushayidi entre les mains du Gang de la MortDeo Mushayidi entre les mains du Gang de la Mort

Kigali – Deo Mushayidi le président du parti PDP Imanzi, non agréé, a nié ce lundi 6 des 7 charges qui pèsent sur lui . Il n’a reconnu que le fait d’avoir falsifié des documents de voyage.

Ayant comparu devant l’un des locaux de la cour suprême, Mushayidi était assisté de ses avocats, Maîtres Protais Mutembe et Christophe Twagirayezu.

Aux faits qui lui sont reprochés par le juge président Kamere, l’accusé habillé en uniforme pour prisonnier rwandais, a expliqué dans sa défense que ce n’était pas un crime d’impliquer l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) dans l’attentat contre l’avion du président Habyarimana. « Tout comme le fait que l’APR ait pointé du doigt le colonel Bagosora ne relève pas d’un crime en soi », dit-il.

Selon Mushayidi, l’explication et la justification sont deux choses différentes. Il admet quand même que le génocide rwandais a été innommable et injustifiable. Mais il a insisté sur le fait qu’il y a eu génocide des tutsi et des massacres d’un bon nombre de hutu par l’APR. Par contre, il récuse qu’il y a eu double génocide au Rwanda.

En outre, l’accusé Mushayidi se dit prêt à fournir des preuves qu’il y a eu des assassinats qui ont été préparés par certains rescapés à l’encontre de certains hutus par vengeance ou autre raisons non encore élucidées. Son avocat Mutembe Protais a affirmé, quant à lui, que le fait de dénoncer certains massacres commis ici et là n’était pas le fait de banaliser le génocide, tel que cela lui est imputé.

Le prochain rendez-vous fixé pour le 23 septembre en entente entre les deux parties, celles de l’accusé et des juges du parquet près la cour suprême.

[ARI-RNA]

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juillet 27, 2010   No Comments

Rwanda: la police annonce l’arrestation de deux opposants membres du parti de Victoire Ingabire

“Today, the governmental radio station, quoting police sources, informed that last night two were arrested for planning illegal protest next week and that “inflammatory print” T-shirts were confiscated. Our print t-shirts display normally our colours (green and red) and the text on either the front or the back says “WE NEED DEMOCRACY AND FAIR JUSTICE” or “TURASHAKA DEMOKARASI N’UBUTABERA BUSESUYE”. What is inflammatory in this?”
Victoire Ingabire.
Police raid Victoire Ingabire’s residence at night

Kigali – La police rwandaise a annoncé avoir arrêté deux opposants qui voulaient, selon elle, organiser lundi une manifestation non autorisée, à deux semaines de l’élection présidentielle dans ce pays.

“Les deux personnes voulaient organiser une manifestation non autorisée ce lundi. Elle se trouvent actuellement entre les mains de la police”, a indiqué sur les ondes de Radio Rwanda, le porte-parole de la police, Eric Kayiranga, qui a précisé qu’elles avaient été appréhendées samedi soir.

Elles transportaient dans leur véhicule des banderoles et des T-shirts sur lesquels étaient inscrits des messages incitant à la division, selon le porte-parole.

Mme Victoire Ingabire, une opposante sous contrôle judiciaire, a indiqué que les deux personnes appartenaient à son parti des Forces démocratiques unifiées (FDU) non encore reconnu par les autorités, toujours selon M. Kayiranga qui n’a pas donné plus d’indications sur leur identité.

Dans un communiqué reçu par l’AFP, Mme Ingabire précise que les deux hommes sont des responsables des FDU pour deux districts de Kigali.

“Ils ont été battus”, souligne-t-elle.

“Nous appelons le gouvernement du général Paul Kagame à les relâcher et examiner adéquatement la question de la brutalité policière, des coups, torture, menaces de mort, usage excessif de la force (…)”, ajoute le communiqué.

Le Rwanda est actuellement en campagne électorale pour l’élection présidentielle du 9 août. Le président sortant Kagame est donné grand favori du scrutin face aux trois autres adversaires autorisés à se présenter.

Mme Ingabire, qui avait voulu se présenter comme candidate, est accusée par les autorités rwandaises de nier le génocide des Tutsi de 1994, de prêcher la division entre les Rwandais et de complicité de terrorisme.

[AFP]

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juillet 26, 2010   1 Comment

Victoire au Peuple Rwandais: “L’heure du changement a sonné”

par Victoire Ingabire Umuhoza.

PEUPLE RWANDAIS, L’HEURE DU CHANGEMENT A SONNÉ

Victoire Ingabire Umuhoza

Victoire Ingabire Umuhoza

Rwandaises et Rwandais,
Chers amis du Rwanda et des Rwandais,

Après 16 ans d’exil, je suis revenue en paix dans ma patrie. Et c’est cette paix qui va guider mon action politique et celui de mon parti, les FDU INKINGI, pour éradiquer l’injustice et pour briser toutes les chaînes qui emprisonnent les Rwandais.

En effet, la population rwandaise vit toujours dans l’angoisse et la peur et attend en vain une réelle politique nationale d’unité et de réconciliation.

« Notre heure a sonné pour briser les chaines de la dictature. L’heure de revendiquer votre dignité bafouée, le temps de refuser ouvertement l’ignominie du mépris de la vie et de la liberté des citoyens. »

« Notre réponse à cette mascarade électorale, c’est la résistance non-violente pour contester la légitimité des élections et de ses résultats. »

« Nous voulons que chaque Rwandais marche droit sans se cacher, sans avoir honte, nous voulons briser toutes les chaînes qui nous empêchent de nous sentir citoyens rwandais à part entière. »

« J’ai vu de mes propres yeux l’humiliation, l’injustice, l’iniquité, la dictature et l’arrogance que le parti au pouvoir, ses zélotes et alliés imposent à la population rwandaise. »

« Dans les conditions actuelles, nous rejetons d’emblée les résultats de ces élections présidentielles à venir parce qu’elles ne représentent en rien l’exercice démocratique auquel les Rwandais sont en droit de s’attendre. Il ne s’agit que d’une simple mascarade. »

« Le peuple rwandais a été durement éprouvé mais il n’est pas mort. Beaucoup ont courbé l’échine sous le joug d’une oligarchie autoritaire mais ils sont vivants. »

« La résistance n’est pas seulement une organisation, c’est la détermination du peuple à s’opposer au dictat. Je suis heureuse de porter ce flambeau. »

« Avec calme et détermination, nous allons résister à cette violence et aux intimidations du régime du général Paul Kagame. Nous ferons échec à cette volonté de nous soumettre par la force. »
Victoire Ingabire Umuhoza.

Mon parti et moi sommes engagés dans une lutte politique qui nous mènera à la victoire contre toutes formes d’injustice et à l’instauration d’une véritable démocratie basée sur la liberté de tout un chacun. Bientôt la mascarade électorale en cours entame un nouveau tournant. Malgré que les dés soient pipés, la dictature fait semblant de consulter le peuple. Son objectif ultime est de garder le pouvoir qu’il a acquis, maintenu et défendu par les armes. Cette parodie électorale n’est qu’un maquillage pour tromper l’opinion internationale.

Peuple Rwandais, notre heure a sonné pour briser les chaines de la dictature. L’heure de revendiquer votre dignité bafouée, le temps de refuser ouvertement l’ignominie du mépris de la vie et de la liberté des citoyens.

Notre réponse à cette mascarade électorale, c’est la résistance non-violente pour contester la légitimité des élections et de ses résultats.

1. Notre combat politique.

Objectifs de base.

Notre objectif est de mettre un terme définitif à la dictature et mettre en place une politique qui protège toutes les composantes de notre société pour que plus personne ne perde sa vie à cause de ses origines, de sa région ou de ses opinions politiques. Tels ont été nos objectifs depuis la création de notre parti, FDU INKINGI. Telle est l’ossature de mon engagement politique ici au Rwanda. Nous devons vaincre la peur pour nous libérer

Nous voulons éradiquer la pauvreté, la faim, le népotisme, la corruption et le clientélisme qui caractérise le régime du FPR. Nous voulons mettre fin aux inégalités sociales, à la discrimination et à la confiscation des biens ou des terres.

Nous combattons la dictature, l’injustice généralisée, l’iniquité des Gacaca, les Travaux d’Intérêt Général sans procès équitables.

Nous voulons que chaque Rwandais marche droit sans se cacher, sans avoir honte, nous voulons briser toutes les chaînes qui nous empêchent de nous sentir citoyens rwandais à part entière.

Sur le plan éducatif, nous voulons améliorer la qualité de l’enseignement, la pertinence du contenu vis-à-vis des besoins réels et de la compétitivité de notre pays, le respect de l’enseignant, la disponibilité du matériel scolaire ainsi que l’égalité des chances pour tous les enfants du pays sans discrimination de classes, de sexes, d’ethnies ou de régions.

Dans le domaine de la santé, notre devise est « la santé pour tous » par l’amélioration des infrastructures de santé, l’accès aux soins, la disponibilité et la qualité du personnel, du matériel et des médicaments.

Le bien-être de la population est le pilier de notre action. Tout emploi doit retrouver sa valeur et garantir un salaire décent. Dans le milieu rural, il est urgent de promouvoir la qualité de l’habitat et du logement, la disponibilité de l’eau potable.

La politique agricole doit nourrir la population et donner plus de valeur et de dignité aux paysans producteurs.

Du caractère national de notre projet

Notre projet politique interpelle tout Rwandais, quelque soit ses origines ethniques et régionales, son sexe, sa religion, sa profession, sa classe sociale. Notre vision d’un peuple réconcilié implique le devoir de mémoire, le respect de l’autre, un dialogue national, la protection des minorités ainsi que l’égalité des chances. Nous appelons à un élan de solidarité avec les victimes et rescapés du génocide et des crimes contre l’humanité. Nous encourageons des membres des Forces de Défense du Rwanda, de la police nationale et des services de sécurité à marquer tout le temps leur vocation professionnelle à caractère national et à ne pas s’impliquer dans des politiques partisanes. Notre appel s’adresse également aux médias publics, aux membres de l’administration centrale et provinciale ainsi qu’aux membres de la magistrature.

2. Retour au pays : captivité, persécution.

Même en captivité, les six mois que je viens de passer au Rwanda, après mon retour, ont donné un sens plus profond à mon engagement et notre lutte pour un changement politique profond. Je suis convaincue plus que jamais que le Rwanda doit être gouverné autrement pour le mieux-être de tous ses citoyens et tous ses habitants.

En effet, j’ai vu de mes propres yeux l’humiliation, l’injustice, l’iniquité, la dictature et l’arrogance que le parti au pouvoir, ses zélotes et alliés imposent à la population rwandaise. Mes compagnons de lutte et moi-même avons subi et subissons encore des souffrances physiques et psychologiques de la part du régime du président Kagame. Nos droits, tout comme ceux de tant d’autres de nos concitoyens sont bafoués.

Malgré un climat d’assassinats politiques, de souffrances, d’humiliations, de déni de nos droits fondamentaux, de muselage de l’opposition et de la presse, des intimidations, des arrestations arbitraires et tortures; notre détermination est encore intacte.

2.1. Une opposition muselée.

Les 3 partis d’opposition regroupés au sein du Conseil de Concertation Permanente de l’opposition Rwandaise, CCP, sont soumis à une persécution sans merci :

– L’opposition pleure encore l’assassinat du premier vice-président du Parti démocratique des Verts du Rwanda, M. André KAGWA RWISEREKA disparu le 13 juillet 2010 et retrouvé mort le 14 juillet 2010, la tête presqu’entièrement tranchée.

– Le Democratic Green Party of Rwanda a été paralysé dans ses tentatives d’enregistrement tandis que ses leaders continuent de recevoir des menaces de mort.

– Le Parti Social IMBERAKURI, bien qu’enregistré, a été scindé en deux factions dont l’une d’obédience du parti au pouvoir. Le président fondateur du parti Maitre Bernard NTAGANDA, est en prison depuis le 24 juin 2010 pour accusations de négation du génocide, de divisionnisme et de création d’un groupe terroriste. Son secrétaire particulier, M. Aimable SIBOMANA RUSANGWA a disparu depuis le 13 juin 2010.

– Le parti FDU INKINGI, non encore enregistré, reste aussi dans le collimateur de la dictature avec 3 membres de son comité exécutif en résidence surveillée ou en liberté provisoire.

2.2. Un lever de bouclier contre le parti FDU INKINGI.

Pour exercer légalement toute activité politique au Rwanda, les partis politiques doivent se faire enregistrer. A cet effet, le régime FPR a mis en place un passage balisé étroit destiné à annihiler toutes velléités d’opposition réelle. Le FDU INKINGI est trop gros pour passer entre les mailles du filet FPR. La peur de toute compétition sérieuse, a poussé la machine dictatoriale à serrer les vis de tous les verrous. Un appareil infernal de lois anti-démocratiques s’est mis en branle pour sceller l’espace politique.

Depuis janvier 2010, le parti FDU INKINGI a soumis en vain 5 demandes d’autorisation de l’assemblée constituante. Le chapelet administratif dans son hiérarchie s’est réfugié derrière des accusations criminelles créées de toutes pièces à l’encontre de la présidente du parti et candidate aux élections présidentielles.

2.3. Résidence surveillée.

Pendant plus de 5 mois, le pouvoir n’a pas pu étayer devant les cours ses charges criminelles à l’encontre de Madame Victoire INGABIRE UMUHOZA, Présidente des FDU INKINGI. Ces accusations de déni du génocide, de divisionnisme et de collaboration avec un groupe terroriste sont un véritable prétexte pour bloquer toute activité politique. C’est ainsi que j’ai été arrêtée le 21 avril 2010 et maintenue en résidence surveillée depuis. Pendant ce temps les caciques du régime, la presse gouvernementale et partisane se sont lancés dans un lynchage médiatique sans répit. Mes avocats ont été également mis en détention. C’est le cas du professeur américain Peter ERLINDER, avocat au Tribunal Pénal International pour le Rwanda qui a passé 3 semaines en prison et de Maitre Théogène MUHAYEYEZU qui a passé deux semaines en prison.

2.4. Arrestations, tortures et menaces de mort.

Le 24 juin 2010, dans les rafles politiques visant les éléments de l’opposition qui voulaient manifester pacifiquement, plusieurs membres des FDU INKINGI ont été arrêtés. M. Sylvain SIBOMANA, Secrétaire général provisoire du parti ; Madame Alice MUHIRWA, Trésorière provisoire du parti ; M. Théoneste SIBOMANA, un des responsable du parti à Kigali et M. Martin NTAVUKA, FDU Nyarugenge. Tous ont été victimes de tortures infligés par certains membres de la police. Madame Alice MUHIRWA, a souffert d’hémorragies internes suite aux coups dans son ventre, et des soins médicaux lui ont été refusés jusqu’au jour de son évanouissement devant le juge. Pendant les séances de torture, des propos de haine ethnique ont été proférés. De même, les bourreaux lui ont proposé des faveurs en échange des signatures de faux documents préétablis accusant Madame Victoire INGABIRE UMUHOZA et Maitre Bernard NTAGANDA de collaboration étroite avec les rebelles des FDLR et de recevoir des financements de la rébellion à travers des complices installés dans la ville de Kigali. Selon les témoignages devant la cour, le Secrétaire Permanent du PS IMBERAKURI a confirmé aussi que le même chantage lui a été fait pendant les tortures. Ces manœuvres confirment des vagues d’arrestations dans les prochains jours.

Un des membres du parti FDU INKINGI à KIGALI a disparu depuis le 24 juin 2010 et le parti poursuit ses enquêtes.

Des menaces de mort ont été proférées à l’endroit des membres du bureau exécutif provisoire des FDU INKINGI pendant leur détention. Nous en appelons à la responsabilité du gouvernement du général Paul KAGAME de garantir la sécurité des gens et de traduire en justice des auteurs de tortures, traitements inhumains ainsi que des propos racistes et haineux.

3. Appel à la résistance active non violente.

La mascarade électorale doit s’arrêter sans délais. Nous appelons a l’ajournement du scrutin présidentiel afin que les partis d’opposition soient enregistrés, que leurs leaders soient déchargés de toutes accusations fantaisistes, que la loi électorale soit mise à jour et qu’une commission nationale électorale de consensus soit mise en place.

Si le calendrier électoral reste inchangé et que l’étranglement et la décapitation de l’opposition se poursuivent, l’arrivée des observateurs nationaux et internationaux n’aura aucun sens. Le régime va arranger à sa discrétion les listes électorales, les taux de participation, la gestion des urnes, leurs dépouillements ainsi des résultats qui flattent la dictature.

Dans ces conditions, le peuple rwandais devra contester la légitimité des élections jusqu’à la tenue d’un processus équitable et transparent.

Le peuple rwandais a été durement éprouvé mais il n’est pas mort. Beaucoup ont courbé l’échine sous le joug d’une oligarchie autoritaire mais ils sont vivants.

La résistance n’est pas seulement une organisation, c’est la détermination du peuple à s’opposer au dictat. Je suis heureuse de porter ce flambeau.

Nous avons décidé de résister.

Voilà pourquoi nous avons demandé, en vain, le report des élections présidentielles à venir pour mettre en place un processus transparent de leur préparation et permettre un véritable débat contradictoire. Dans les conditions actuelles, nous rejetons d’emblée les résultats de ces élections présidentielles à venir parce qu’elles ne représentent en rien l’exercice démocratique auquel les Rwandais sont en droit de s’attendre. Il ne s’agit que d’une simple mascarade.

L’effervescence de la répression politique en cours caractérisée par des assassinats de personnalités politiques, des journalistes; les arrestations et tortures de leaders politiques et des journalistes; la fermeture des journaux; des attentats et des menaces de morts contre l’opposition ne permettent pas la tenue d’une élection crédible. Les actions de la dictature et de ses instruments n‘ont fait que nuire aux exigences minimales d’une véritable démocratie.

Comme je l’ai dit en arrivant au Rwanda, notre action, notre lutte politique ne s’arrêtera pas avec ces élections. Bien au contraire. Nous avons aujourd’hui, plus qu’hier, les raisons de continuer le combat et de résister.

J’en appelle donc à votre responsabilité, à votre amour du pays et de notre peuple. Aux pays amis du Rwanda je vous implore de ne pas abandonner le Rwanda et son peuple dans les mains d’un petit groupe d’individus qui veulent les diriger comme une propriété privée.

Avec calme et détermination, nous allons résister à cette violence et aux intimidations du régime du général Paul Kagame. Nous ferons échec à cette volonté de nous soumettre par la force. Nous allons résister à ces astuces qui consistent à nous salir par des crimes imaginaires pour mieux nous exclure. Nous allons résister à ces tentatives de nous diviser pour nous asservir. Nous refusons d’être les otages du passé de notre pays.

Les Rwandaises et les Rwandais aspirent à une véritable réconciliation. Ils veulent entendre et se dire la vérité sur les tragédies qui les ont endeuillés. Ils veulent mettre fin à l’exclusion d’une partie des Rwandais. Nous leur devons cela. Nous le devons à nous-mêmes, à nos enfants et aux générations futures.

Inscrivez-le en toutes lettres, qui dans votre main, qui dans votre tête, qui dans votre cœur, qui dans vos actions de tous les jours voire dans vos gestes les moins publics, partout et toujours :
JE VEUX RÉSISTER, JE RÉSISTE POUR LE MIEUX-ÊTRE DE MON PEUPLE.

Chacune et chacun de nous possède une part des moyens de ce changement que nous voulons. Selon nos capacités respectives, nous avons des instruments de ces changements politiques que nous appelons de tous nos vœux. Il nous faut le courage d’assurer et d’assumer notre part de ce changement ici et maintenant.

Soyons les instruments de ce changement en résistant au dictat du régime. Contestons tous la légitimité de cette parodie et de ses résultats. L’heure du changement a sonné.

Que Dieux vous bénisse !

Mme. Victoire INGABIRE UMUHOZA
Présidente des FDU INKINGI
20 juillet 2010.

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juillet 25, 2010   1 Comment

Amnesty international dévoile trafic d’armes France-Rwanda

Trafic d’armes France-Rwanda: Amnesty international épingle Air France

  • Par Thomas Hofnung
Transport d'armes par Air France

Transport d'armes par Air France

On se souvient du film Le Cauchemar de Darwin dans lequel le réalisateur autrichien, Hubert Sauper, suggérait que des avions cargos immatriculés dans l’ex-Union soviétique transportaient des cargaisons de perches du Nil à l’aller et des armes au retour entre l’Afrique et l’Europe.

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Cette fois, si l’on en croit l’association Amnesty international, ce sont des grandes compagnies commerciales qui convoient, de drôles de caisses. Des caisses pleines d’armes à sous-munitions ou d’armes légères. Dans un rapport publié aujourd’hui, l’association basée à Londres épingle, entre autres, Air France.

En septembre 2008, raconte Amnesty, des pièces de mitrailleuses et de canons antiaériens auraient été chargées à bord d’un vol régulier (passager) d’Air France entre Sofia, la capitale bulgare, et l’aéroport Charles de Gaulle, à Paris. Puis le chargement a été acheminé jusqu’à Nairobi, au Kenya. Mais, selon l’association de défense des droits de l’Homme, sa destination finale était Kigali, la capitale du Rwanda.

«Il existait un risque substantiel et évident de détournement de ces pièces achetées par le gouvernement rwandais, note l’ONG. Ce type d’armes a été utilisé lors des combats qui ont sévi en République démocratique du Congo, entraînant le déplacement de plus de 220 000 personnes et la perpétration de graves violations des droits humains.»

A l’époque, Bernard Kouchner s’était rendu en urgence à Goma, dans le nord-Kivu, pour manifester le soutien de la France au gouvernement légal de Kinshasa, dont les troupes étaient balayées sur le terrain par les rebelles de Laurent Nkunda, soutenus par le Rwanda. Et Nicolas Sarkozy avait passé un savon au patron des opérations de maintien de la paix au sein de l’Onu, le français Alain le Roy. Cherchez l’erreur…

Un traité sur le commerce des armes est en cours de négociations aux Nations unies. Amnesty international appelle la communauté internationale à aborder d’urgence le problème des transporteurs.

Photo © Reuters: en février 2009, des unités de l’armée rwandaise à Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo (RDC) s’apprêtent à regagner leur pays après une offensive contre les rebelles hutus.

[Posts Afrique – 19 juillet 2010]

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juillet 24, 2010   3 Comments

Rwanda: Paul Kagame, un dictateur en voie de réélection

Paul Kagame: intolérant.

Paul Kagame: intolérant

19 juillet – Alors que la campagne présidentielle s’ouvre le 20 juillet au Rwanda, le quotidien burkinabé dénonce les assassinats d’opposants perpétrés dans le pays. Le journal appelle à suivre l’exemple de Zapatero, qui a récemment renoncé à rencontrer le président rwandais.

Il n’y a pas qu’au Rwanda que la série d’assassinats d’opposants politiques et de journalistes suscite une désapprobation. L’élimination physique de tous ceux qui peuvent gêner Paul Kagame à sa réélection du 9 août prochain ne plaît pas hors des frontières du pays des mille collines.

“Paul Kagame donne aussi l’air d’une personne obsédée par le pouvoir qu’il veut garder à tout prix, quitte à marcher sur des cadavres d’opposants et de dissidents.”

Le chef de l’Etat Paul Kagame s’en est lui-même rendu compte, le 16 juillet dernier, à l’occasion d’un déplacement en Espagne. Le Premier ministre espagnol, Jose Luis Rodriguez Zapatero, a renoncé au dernier moment à co-présider avec lui une rencontre de l’ONU sur la pauvreté.
En outre, le lieu de la rencontre a été changé au dernier moment comme pour éviter que Paul Kagame ne souille le siège du gouvernement du sang que des ONG espagnoles l’accusent d’avoir sur les mains. Une véritable claque administrée malgré lui par Zapatero, obligé d’agir ainsi pour ne pas rester sourd au tollé suscité en Espagne par la visite du numéro un rwandais à un moment où des opposants politiques et des journalistes sont tués chez lui.

Il a aussi été question au cours de la rencontre, suite à l’exhortation du secrétaire général de l’ONU d’élucider certains meurtres, dont ceux du vice-président du Parti démocratique vert, André Kagwa Rwisereka, dont le corps a été retrouvé pratiquement sans tête le 14 juillet, et du journaliste indépendant Jean Léonard Rugambage tué par balles à Kigali le 24 juin dernier.

Il faut aussi dire qu’avant ces assassinats, la justice espagnole avait émis [en février 2008] des mandats d’arrêt internationaux [pour “génocide”] contre 40 militaires du régime de Paul Kagame, pour des crimes commis avant l’arrivée au pouvoir du Front patriotique rwandais (FPR).
Paul Kagame est épargné par ces mandats du fait de l’immunité liée à sa fonction. Ce qui ne l’empêche nullement de se rendre en Espagne. Mais pour les défenseurs des droits humains ibériques, si l’on ne peut pas l’arrêter, on peut tout de même lui signifier qu’il n’est pas un ange, un saint et le sauveur du Rwanda que lui et son entourage s’évertuent à montrer.
S’il est vrai que l’arrivée au pouvoir du FPR [qui a chassé en juillet 94 le régime génocidaire] a ramené la stabilité et favorisé la croissance, il n’en demeure pas moins que la traque, les assassinats d’opposants politiques, l’absence de libertés réelles comme celle d’expression et de la presse, l’opposition au révisionnisme ont fini par faire oublier aujourd’hui les bonnes actions des hommes forts du FPR.

Le Rwanda renvoie l’image d’un pays dirigé par un dictateur qui n’en a pas l’air, un militaire qui ne supporte pas la contradiction à tau point point que ceux de son camp qui se permettent un zeste de critique deviennent des ennemis à abattre quel que soit l’endroit du monde où ils se trouvent.
Paul Kagame donne aussi l’air d’une personne obsédée par le pouvoir qu’il veut garder à tout prix, quitte à marcher sur des cadavres d’opposants et de dissidents.
Paradoxalement, ses agissements ne font pas l’objet de condamnations comme il se doit à cause d’un certain nombre de soutiens comme ceux des Américains qui se présentent comme des alliés sûrs pour l’homme mince de Kigali. C’est d’ailleurs ce qui fait que l’ONU ne peut véritablement pas taper du poing sur la table, amenant son secrétaire général à être prudent sur l’emploi des mots au point qu’il ne veuille “s’immiscer dans les affaires intérieures d’un Etat souverain”.
D’autres pays sont dans leurs petits souliers pour avoir fait des mains et des pieds pour être dans les bonnes grâces de Kigali avec lesquels ils ont beaucoup de contentieux historiques. Et il ne faut pas compter sur leurs dirigeants pour oser une remarque “déplacée” sur l’attitude des autorités rwandaises par rapport au respect des droits humains et des libertés fondamentales. Leur société civile a beau grogner, cela ne les gêne pas de dérouler le tapis rouge à l’ami rwandais.

[Courrier International]

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juillet 23, 2010   No Comments

Election présidentielle sans enjeux au Rwanda

par Pierre Emangongo.

Kigali – La campagne pour l’élection présidentielle du 9 août au Rwanda a débuté mardi 20 juillet dans un climat tendu après une série d’attentats, d’arrestations et de meurtres d’un dirigeant d’opposition et d’un journaliste. Une situation qui prouve que cette présidentielle ne présente pas d’enjeux majeurs et ne contribue pas au progrès de la démocratie au Rwanda.

La campagne pour l’élection présidentielle du 9 août au Rwanda, où le président sortant Paul Kagame est donné très largement favori,a débuté mardi 20 juillet dans un climat tendu après une série d’attentats, d’arrestations , de mises en gardes sur des menaces de «coup d’Etat» ainsi que de meurtres d’un dirigeant de l’opposition et d’un journaliste, a constaté l’AFP.

Loué pour sa vision économique et l’indéniable transformation sociale du Rwanda, critiqué pour ses penchants autoritaires, M. Kagame, 52 ans, a entamé mardi 20 juillet à Kigali une campagne qui coûtera au FPR 1,5 milliard de francs rwandais (environ 2 millions de dollars) issus de «contributions volontaires» de partisans, selon Christophe Bazivamo, coordinateur de la campagne.

PAS D’ENJEUX

Une fortune qui dépasse de loin celle d’autres candidats en lice. Il s’agit du vice-président de l’Assemblée nationale Jean-Damascène Ntawukuriryayo (Parti social démocrate), du vice-président du Sénat Prosper (Parti libéral) et de la sénatrice Alvera Mukabaramba (Parti du progrès et de la concorde).

Ces trois partis dont le discours politique ressemble à celui du Front patriotique rwandais (FPR) avaient soutenu M. Kagame lors de la présidentielle en 2003, ce qui leur vaut d’être qualifiés de «satellites» du FPR par trois formations d’opposition récemment apparues à savoir les Forces démocratiques unifiées (FDU), le Parti démocratique vert et le Parti social (PS Imberakuri), de facto exclus du scrutin présidentiel, ces partis ont demandé en vain le report.

Les deux premières formations n’ont pas encore obtenu leur enregistrement par le pouvoir. La présidente des FDU, Victoire Ingabire, est sous contrôle judiciaire depuis le 21 avril après avoir été inculpée de négation du génocide et complicité de terrorisme. Le président du PS Bernard Ntaganda, sous le coup d’accusations similaires, est détenu depuis le 24 juin.

Une situation qui prouve que cette présidentielle, dont le vainqueur Paul Kagame est connu d’avance, ne présente pas d’enjeux majeur et ne contribue pas au progrès de la démocratie au Rwanda.

[Afriquejet]

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juillet 22, 2010   1 Comment

Rwanda : Le gouvernement devrait autoriser une autopsie indépendante du corps d’un opposant politique

par Human Rights Watch.

Des experts étrangers devraient enquêter sur les circonstances du meurtre

« Il s’agit du second meurtre d’un critique véhément du gouvernement rwandais en moins d’un mois. Une autopsie et une enquête indépendante sont nécessaires pour déterminer ce qui est arrivé à Rwisereka. »
Kenneth Roth, directeur exécutif

(New York) – Le gouvernement du Rwanda devrait autoriser des experts étrangers indépendants à effectuer une autopsie indépendante du corps d’André Kagwa Rwisereka, vice président du Parti Vert Démocratique, parti d’opposition, a déclaré Human Rights Watch aujourd’hui.

Rwisereka a été vu pour la dernière fois dans la soirée du 12 juillet 2010. Son corps a été découvert à proximité de la ville de Butare, dans le sud du pays, le 14 juillet. Il a été décapité, et des témoins ont fait état de marques inhabituelles sur plusieurs parties de son corps.

« Il s’agit du second meurtre d’un critique véhément du gouvernement rwandais en moins d’un mois », a indiqué Kenneth Roth, directeur exécutif de Human Rights Watch. « Une autopsie et une enquête indépendante sont nécessaires pour déterminer ce qui est arrivé à Rwisereka. »

Les événements qui ont précédé la mort de Rwisereka indiquent que le meurtre aurait pu avoir des motifs politiques. Il avait confié depuis longtemps à des amis et collègues proches qu’il craignait d’être tué en raison de son opposition au Front patriotique rwandais (FPR), le parti au pouvoir dans le pays. Ces dernières semaines, Rwisereka avait semblé de plus en plus préoccupé par sa sécurité.

À la fin du mois de juin, l’ancien secrétaire général du Parti Vert, Charles Kabanda, avait rendu visite à Rwisereka au Sombrero Club, le bar dont Rwisereka était propriétaire à Butare, et avait tenté de le convaincre de quitter le Parti Vert. Rwisereka avait confié à des personnes proches que Kabanda, qui avait quitté le Parti Vert plus tôt cette année, lui avait dit que le FPR ne laisserait jamais Rwisereka quitter la « famille » – allusion au FPR – et s’était demandé ce qui arriverait aux membres du Parti Vert. Rwisereka a confié à des personnes proches de lui qu’il a interprété cela comme une menace.

Rwisereka, comme Kabanda et de nombreux autres membres du Parti Vert, était un ancien membre du FPR. Au cours des mois précédents, d’autres membres du Parti Vert avaient subi, de la part de personnes considérées comme proches du FPR ou du gouvernement, des pressions pour abandonner leurs activités au sein du parti.

La police a d’abord déclaré aux médias que Rwisereka avait été victime d’un vol, et que des gens qui l’avaient vu le soir de sa disparition affirmaient qu’il portait sur lui une grosse somme d’argent. Toutefois, des investigations supplémentaires menées par Human Rights Watch et d’autres ont révélé qu’il avait laissé de l’argent à un parent dans la soirée du 14 juillet, mais qu’il n’avait sur lui que peu d’argent et aucun objet de valeur au moment de sa mort.

La police a ensuite changé son explication, invoquant un différend financier entre Rwisereka et Thomas Ntivuguruzwa, la dernière personne à avoir vu Rwisereka avant sa disparition. Ntivuguruzwa, que la police traite comme le principal suspect, a été arrêté et demeure en détention.

« Les déclarations contradictoires de la police et des divergences entre la version de la police et celles fournies par des sources proches de la victime sèment le doute et la confusion sur les circonstances de la mort de Rwisereka », a déclaré Kenneth Roth. « Une enquête indépendante approfondie devrait confirmer ou infirmer ces différentes explications. »

Les circonstances entourant la mort de Rwisereka

Human Rights Watch a établi que le 12 juillet, Rwisereka est arrivé au Sombrero Club aux alentours de 22h et qu’il a bu et mangé avec Ntivuguruzwa, un client habitué de l’établissement. Vers 1 h du matin, Rwisereka a quitté le bar et est parti en voiture en direction de sa maison. Ntivuguruzwa s’est retiré dans la chambre d’hôtel qu’il avait réservée au Sombrero Club et n’a pas été vu quittant l’hôtel avant le lendemain matin vers 9 h.

Le porte-parole de la police, Eric Kayiranga, a déclaré à Human Rights Watch que Rwisereka n’était jamais arrivé chez lui. Le lendemain matin, une personne vivant dans la région a vu la voiture de Rwisereka, qui se trouvait approximativement à trois kilomètres du Sombrero Club, et elle a appelé la police. Le représentant de la police a déclaré à Human Rights Watch que le pare-brise était cassé mais que la police ne croyait pas que c’était le résultat d’un accident de la circulation. Les papiers d’identité et les clés de Rwisereka se trouvaient à l’intérieur de la voiture. Kayiranga a déclaré que les policiers ont effectué une fouille superficielle de la zone mais qu’ils ne s’attendaient pas à trouver Rwisereka à proximité du site. La famille et les amis ont aussi fouillé la localité pendant plusieurs heures, sur une distance de près de deux kilomètres, sans trouver la moindre trace de Rwisereka.

Le 14 juillet, la police a été alertée au sujet d’un corps qui avait été découvert par des agriculteurs locaux, et a confirmé qu’il s’agissait de Rwisereka. Il avait été presque totalement décapité et son visage portait des traces de coups. La police a déclaré qu’il était blessé au bras gauche et que sa jambe gauche était cassée. Des personnes qui ont vu le corps ont rapporté à Human Rights Watch qu’il était couvert de dizaines de marques. Dans des déclarations à la presse, le porte-parole de la police a rejeté les allégations du Parti Vert selon lesquelles le corps de Rwisereka montrait des signes de torture. Un grand couteau de boucher a été trouvé sur les lieux, selon la police.

L’enquête de Human Rights Watch a révélé que le corps de Rwisereka a été en fait découvert à seulement un kilomètre de sa voiture, et non à trois kilomètres, comme le porte-parole de la police l’avait dit. La police a déclaré à Human Rights Watch qu’il y avait beaucoup de sang sur les lieux. Toutefois, lorsque Human Rights Watch s’est rendu sur les lieux le lendemain de la découverte du corps, il y avait peu de sang. Le sang était situé à un seul endroit correspondant à peu près à la taille de la tête de Rwisereka, et le corps se trouvait sur une pente raide, ce qui suggère que Rwisereka pourrait avoir été tué ailleurs.

La police a également déclaré à Human Rights Watch que Ntivuguruzwa avait donné une fausse identité et n’avait pas révélé son nom sur le registre de l’hôtel. Cependant, Human Rights Watch a vu le registre de l’hôtel et a confirmé que Ntivuguruzwa a donné son nom, prénom et numéro de carte d’identité.

Contexte

André Kagwa Rwisereka et le Parti Vert

Rwisereka était un membre de longue date du FPR, l’ancien mouvement rebelle qui a mené des attaques au Rwanda depuis l’Ouganda à partir de 1990, a renversé le gouvernement qui a planifié le génocide, et mis fin au génocide au Rwanda en 1994.  En juillet 1994, le FPR a formé un gouvernement qui est toujours au pouvoir au Rwanda.  Rwisereka avait travaillé en étroite collaboration avec des hautes autorités du FPR dans la collecte de fonds pour le mouvement, lors de son exil en République démocratique du Congo, mais n’occupait pas de position officielle dans le parti ni dans le gouvernement formé par le FPR après le génocide.  Au fil du temps, Rwisereka a perdu ses illusions sur le FPR. En 2009, il a quitté le parti pour créer le Parti Vert Démocratique – un nouveau parti d’opposition – avec d’autres anciens membres du FPR.

Le Parti Vert a connu de nombreuses difficultés et n’a pas réussi à obtenir l’autorisation de la police ou des autorités locales pour tenir ses réunions. En octobre 2009, une de ses réunions a été violemment dispersée par la police. Des obstacles placés à maintes reprises par des autorités de district l’ont depuis empêché de s’enregistrer comme parti politique  ou de participer aux élections présidentielles prévues pour le 9 août. Plusieurs de ses membres, y compris son président, Frank Habineza, ont été menacés et invités à abandonner leurs activités politiques. Plus tôt cette année, trois membres éminents, y compris Kabanda, ont démissionné du parti et dénoncé ses politiques, dans ce que de nombreux observateurs ont considéré comme une tentative de déstabiliser le Parti Vert soutenue par le FPR.

Si Habineza est habituellement le porte-parole public du Parti Vert, Rwisereka avait aussi pris la parole en plusieurs occasions. Dans une interview à la BBC en octobre 2009, il avait déclaré : « Il est temps que les gens bougent pour qu’il y ait le changement, parce que le FPR est incapable de faire une révolution interne. Alors il faut qu’il accepte que d’autres viennent l’aider. Un parti qui ne se renouvelle pas, du point de vue de ses idées, finit par tomber. Tous les partis que vous avez connus qui travaillent avec une dictature, où est-ce qu’ils sont maintenant ? »

Autres attaques et actes d’intimidation récents contre les critiques du gouvernement

Plusieurs autres critiques du gouvernement ont été pris pour cible ces dernières semaines. Le 24 juin 24, Jean-Léonard Rugambage, journaliste au quotidien indépendant Umuvugizi, a été tué par balles devant son domicile, à Kigali, la capitale. Il est possible que son assassinat ait été lié à la position critique de son journal et aux enquêtes sensibles qu’il menait dans les jours qui ont précédé sa mort, notamment sur la tentative de meurtre de l’ex-général Faustin Kayumba Nyamwasa en Afrique du Sud. La police a arrêté deux suspects, qui auraient avoué leur intention de tuer Rugambage, pour se venger d’un meurtre qu’il aurait selon eux commis pendant le génocide.

Umuvugizi, ainsi que l’autre principal journal indépendant Umuseso, a été suspendu pour six mois par le Haut Conseil des médias en avril 2010, l’empêchant de ce fait de couvrir les événements de la période électorale.

Le leader du parti d’opposition PS-Imberakuri, Bernard Ntaganda, a été arrêté le 24 juin et se trouve toujours en détention. Il doit répondre de plusieurs chefs d’accusation, dont atteinte à la sécurité nationale et incitation à des divisions ethniques. Plusieurs autres membres de son parti ainsi que du FDU-Inkingi, un autre parti d’opposition, ont été arrêtés le 25 juin. Ils ont été relâchés quelques jours plus tard, mais leur affaire est toujours en instance.

Tout comme le Parti Vert, le PS-Imberakuri et le FDU-Inkingi ont été empêchés de présenter des candidats aux prochaines élections présidentielles. Le  FDU-Inkingi n’a pas pu s’enregistrer comme parti, du fait d’obstacles similaires à ceux rencontrés par le Parti Vert. Sa dirigeante, Victoire Ingabire, a été formellement accusée de collaboration avec des groupes armés, d’idéologie du génocide et de « divisionnisme ». Le PS-Imberakuri s’est enregistré comme parti, mais des membres dissidents s’en sont ensuite emparés et ont mis en place une structure parallèle et nommé leur propre président pour remplacer Ntaganda. Ni ce nouveau président, ni Ntaganda, ne sont candidats aux élections présidentielles.

Le 19 juin, un ancien général rwandais, Faustin Kayumba Nyamwasa, a été la cible d’une tentative de meurtre en Afrique du Sud. Autrefois proche allié du Président Paul Kagame et ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise, Kayumba avait fui en Afrique du Sud en février. En exil, il est devenu un critique virulent du gouvernement  rwandais et du Président Kagame. De hauts responsables rwandais, y compris le président, l’ont à leur tour critiqué publiquement. Le gouvernement rwandais a demandé son extradition à l’Afrique du Sud, l’accusant d’être derrière une série d’attaques à la grenade à Kigali au début de cette année. La police de l’Afrique du Sud a arrêté plusieurs suspects dans le cadre de la tentative de meurtre contre le général Kayumba.

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juillet 21, 2010   1 Comment

Rwanda: Kagame débute la campagne présidentielle dans un climat tendu

Kigali – La campagne pour l’élection présidentielle du 9 août au Rwanda, où le président sortant Paul Kagame est donné très largement favori, débute mardi dans un climat tendu après une série d’attentats, d’arrestations et les meurtres d’un dirigeant d’opposition et d’un journaliste.

Paul Kagame sollicite auprès des quelque cinq millions d’électeurs un nouveau mandat de sept ans après sa première élection en 2003, même s’il est de facto à la tête du pays depuis que le Front patriotique rwandais (FPR) qu’il dirige a pris le pouvoir en chassant en juillet 1994 le régime génocidaire extrémiste hutu.

La campagne s’ouvre après cinq mois marqués par une série d’attentats à la grenade à Kigali — deux morts et des dizaines de blessés — des arrestations de responsables militaires et des mises en garde de M. Kagame sur des menaces de “coup d’Etat” fomentés par d’anciens camarades d’armes en exil.

Loué pour sa vision économique et l’indéniable transformation sociale du Rwanda, critiqué pour ses penchants autoritaires, M. Kagame, 52 ans, entamera mardi au stade national de Kigali une campagne qui coûtera au FPR 1,5 milliard de francs rwandais (environ 2 millions de dollars) issus de “contributions volontaires” de partisans, selon Christophe Bazivamo, coordinateur de la campagne.

Une fortune, comparé aux moyens des trois autres candidats en lice, comme le vice-président de l’Assemblée nationale Jean-Damascène Ntawukuriryayo dont le Parti social démocrate envisage un prêt bancaire pour mener campagne.

Le Parti libéral et son candidat, le vice-président du Sénat Prosper Higiro, sont logés à la même enseigne. La sénatrice Alvera Mukabaramba est encore moins nantie du fait de la jeunesse de son Parti du progrès et de la concorde créé en 2003.

Ces trois partis dont le discours politique ressemble à celui du FPR avaient soutenu M. Kagame lors de la présidentielle en 2003, ce qui leur vaut d’être qualifiés de “satellites” du FPR par trois formations d’opposition récemment apparues.

Ces partis, les Forces démocratiques unifiées (FDU), le Parti démocratique vert et le Parti social (PS, Imberakuri), de facto exclus du scrutin présidentiel, ont demandé en vain son report.

Les deux premières formations n’ont pas encore obtenu leur enregistrement par le pouvoir. La présidente des FDU, Victoire Ingabire, est sous contrôle judiciaire depuis le 21 avril après avoir été inculpée de négation du génocide et complicité de terrorisme. Le président du PS Bernard Ntaganda, sous le coup d’accusations similaires, est détenu depuis le 24 juin.

Quant au Parti vert, il pleure son vice-président André Kagwa Rwisereka, dont le corps quasi-décapité a été retrouvé le 14 juillet.

Dans un entretien à l’AFP fin juin, la ministre rwandaise des Affaires étrangères Louise Mushikiwabo avait rejeté les accusations de repression portées contre son gouvernement, et dénoncé “toutes sortes d’activités orchestrées pour créer un climat de peur à la veille des élections, mais aussi pour tenter de salir le gouvernement”.

Lors d’un entretien vendredi à Madrid avec Paul Kagame, le secrétaire général de l’ONU Ban Ki-moon a demandé “une enquête complète” sur le meurtre de M. Rwisereka, ainsi que sur celui le mois dernier d’un journaliste très critique contre le régime, Jean Léonard Rugambage.

M. Ban a “exprimé ses inquiétudes quant aux incidents récents qui ont causé des tensions politiques” à l’approche du scrutin. L’Union européenne, qui a décidé de ne pas envoyer d’observateurs à l’élection, a pour sa part “condamné fermement le meurtre brutal d’Andre Kagwa Rwisereka” et “pressé les autorités rwandaises d'(en) éclaircir les circonstances exactes”.

[Média Libre – Afrik53.com]

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juillet 20, 2010   No Comments