Tribune d'Information sur le Rwanda

Posts from — août 2010

Rwanda: Quand les observateurs préfèrent fermer les yeux

Manifestants anti-Kagame en Espagne

Jusqu’à quand fermerons-nous les yeux sur les crimes du FPR?

Les Occidentaux répugnent à mettre en cause le FPR.

Si la Bretagne était quadrillée par plusieurs milliers de Casques bleus, si une centaine d’observateurs des droits de l’homme y étaient déployés et plus de 150 organisations humanitaires à pied d’oeuvre, croirait-on que des dizaines et peut-être plus d’une centaine de milliers de civils puissent y avoir été tués sans que le monde l’apprenne? A l’évidence, non.

Mais le Rwanda, avec 26.000 kilomètres carrés (comme la Bretagne), est un pays africain sortant d’un génocide que la communauté internationale a laissé s’accomplir sans réagir. Absent lorsque quelque 800.000 Tutsis rwandais se firent massacrer, le monde n’a cessé depuis de se racheter de sa non-assistance à population en danger. Arrivés trop tard, les soldats de la paix et les gardiens des droits de l’homme ont eu du mal à se convaincre qu’à l’ombre du génocide le FPR ait perpétré des massacres, qu’il se soit imposé par la terreur et qu’il continue de tuer. Surtout, ils n’ont pas jugé politiquement correct de le dénoncer.

Lorsque avant même le génocide, en janvier 1993, une commission d’enquête internationale s’est rendue au Rwanda pour évaluer les atteintes aux droits de l’homme, elle n’a passé que deux heures à interroger des témoins dans la zone occupée par le FPR. Aussi, le rapport publié en mars ne consacrait-il que sept pages ­ sur une centaine au total ­ aux exactions commises par le FPR qui, ayant entre-temps rompu le cessez-le-feu, s’était mis à tuer des déplacés hutus. Selon le chercheur André Guichaoua, il s’est rendu coupable de «dizaines de milliers de morts avant le génocide». Néanmoins, en juillet 1994, au sortir du génocide, l’un des membres de la commission internationale, Jean Carbonare, s’est mis au service de la présidence rwandaise comme conseiller. Sans préciser cette nouvelle fonction, et tout en restant président d’honneur de l’ONG française Survie, il a appelé à «faire confiance au FPR»…

Quand en octobre 1994 un consultant du Haut-Commissariat pour les réfugiés (HCR), l’Américain Robert Gersony, a accusé le nouveau régime d’avoir tué au moins 30.000 Hutus depuis son arrivée au pouvoir, cette enquête ­ menée pendant trois semaines dans l’est du Rwanda et pendant une semaine dans les camps de réfugiés en Tanzanie ­ a été mise «sous embargo» par le secrétaire général des Nations unies «en attendant une enquête approfondie». Celle-ci a été bouclée en un seul jour: le temps, pour une commission mixte composée du ministre rwandais de l’Intérieur et de délégués de la Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar), de se rendre à Rwamagana, à une cinquantaine de kilomètres à l’est de Kigali. N’ayant rien trouvé de probant, la Minuar a décidé d’arrêter les recherches. Son chef, Shaharyar Khan, admet aujourd’hui qu’il ne peut pas «invalider le rapport Gersony», mais que celui-ci «constituait une mise en accusation de la Minuar».

«C’est malheureux, dit un prêtre à Kigali, mais les Rwandais n’ont plus en partage que leurs fosses communes… On a brassé tous ces morts, on les a exhumés, amenés ailleurs et enterrés à nouveau, on en a fait une masse anonyme alors que la seule façon de rendre leur dignité aux victimes aurait consisté à les identifier. Dieu reconnaîtra les siens, mais nous autres, comment va-t-on s’y retrouver?» L’opération des Nations unies qui, depuis dix-huit mois, coûte plus de 2,5 millions de francs par jour, n’y sera d’aucun secours. Car la Minuar n’a quadrillé le pays que fin 1994-début 1995. Et encore: à ce jour, aucun de ses observateurs militaires ne s’est rendu dans les camps du FPR dans le parc naturel de l’Akagera, que les hélicoptères de la Minuar ne survolent qu’après avoir déposé leur plan de vol détaillé 24 heures plus tôt. L’explication du général Sivakumar, commandant en chef de la Minuar: «Le FPR nous l’a dit dès notre arrivée: Vous n’avez pas accès à nos camps d’entraînement, vous n’êtes pas ici pour nous espionner.»

En octobre 1994, au moment de la polémique autour du «rapport Gersony», la démission de Karen Kenny est passée inaperçue. Responsable au Rwanda du Haut Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme, l’Irlandaise estimait qu’en quatre mois sans voiture, sans budget et, surtout, sans observateurs à déployer, elle n’avait servi que d’alibi. Son successeur, Bill Clarence, a noué des liens privilégiés avec le général Kagame, l’homme fort du nouveau régime, à la connaissance duquel il portait des exactions relevées et qui, invariablement, promettait d’y remédier. Lorsque, le week-end du 8 avril 1995, un Rwandais s’est réfugié dans les locaux du Haut Commissariat aux droits de l’homme à Kigali, il a été remis aux autorités.

Quelques jours plus tard, le 22 avril, l’armée du FPR a tué au moins deux mille «déplacés» hutus à Kibeho. Une commission internationale a réclamé des sanctions. A ce titre, le colonel Ibingira a été relevé et, prétendument, mis aux arrêts de rigueur. Le 4 juillet 1995, il a participé à la réception donnée par la présidence rwandaise pour commémorer le premier anniversaire de la «libération» de Kigali. Présents en nombre, aucun diplomate, défenseur des droits de l’homme ou responsable d’une organisation humanitaire n’a protesté.

Désormais dirigés par Ian Martin, l’ancien secrétaire général d’Amnesty International, les observateurs de l’ONU recensent exécutions, meurtres de vengeance et disparitions: une cinquantaine par mois, actuellement. «Il y en avait plus, avant», indique le chef adjoint de la mission. Combien, et combien depuis un an? «Nous ne tenons pas de statistiques cumulées.» Alors, que peut-on opposer aux rumeurs dans les camps de réfugiés autour du Rwanda, où 1,6 million de Hutus s’inquiètent de l’«insécurité»? Faut-il leur dire qu’à ce jour aucun observateur des droits de l’homme n’est encore installé dans la préfecture de Byumba, la plus vaste du Rwanda et, peut-être, la plus éprouvée?.

[Libération]

août 31, 2010   1 Comment

Rwanda: l’ONU doit prendre ses responsabilités suite à l’évidence du génocide et des crimes contre l’humanité commis à l’encontre des populations Hutu

par Eugène Ndahayo, Comité de soutien aux FDU-INKINGI.

Le Comité de soutien aux Forces démocratiques unifiées – FDU Inkingi a pris connaissance du rapport quasi-définitif du Haut Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme (HCHD) intitulé « Rapport Mapping concernant les violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République démocratique du Congo, 2010 ».

Voici le Rapport Complet:
Report of the Mapping Exercise documenting the most serious violations of human rights and international humanitarian law committed within the territory of the Democratic Republic of the Congo between March 1993 and June 2003.
June 2010

Il s’agit d’un rapport très détaillé et extrêmement bien documenté qui couvre 617 incidents les plus graves de violation du droit humanitaire dont plus de 100 cas de massacre de grande ampleur des réfugiés hutu en République démocratique du Congo. Ce rapport a été rendu grâce à la collaboration de 1280 témoins cruciaux dont plus de 200 représentants d’ONG et d’une compilation et analyse de plus de 1500 documents.

Si le rapport met en cause d’autres armées nationales et/ou des groupes armées irrégulières, il est très accablant en ce qui concerne le régime rwandais actuel ainsi que son armée, « APR » qu’il accuse de crimes de guerre, de crimes contre l’humanité et de génocide contre les réfugiés hutu.

soldiers-sm

Parlant de crimes contre l’humanité, le Rapport Mapping indique, « Les informations recueillies à ce jour permettent de confirmer fermement qu’il s’agit bien de crimes contre l’humanité: le nombre très élevé de crimes graves répertoriés commis par l’AFDL/APR à l’encontre des réfugiés hutu indique la nature généralisée de ces attaques. La nature systématique, planifiée et généralisée de ces attaques est également démontrée par une véritable traque des réfugiés qui s’est déroulée d’est en ouest à travers tout le territoire de la République démocratique du Congo – RDC- … ». Paragraphe 494.

Le Rapport conforte en outre les conclusions des rapports antérieurs de l’Organisation des Nations Unies et d’une mission conjointe mandatée par la Commission des droits de l’homme qui s’étaient penchés en 1997 sur l’existence ou non de crimes de génocide commis à l’égard des Hutu en RDC, réfugiés ou autres, qui avaient rapporté à l’Assemblée générale que: « On ne peut pas nier que des massacres de caractère ethnique ont été commis, dont les victimes sont en grande partie des Hutus, Rwandais, Burundais et Zaïrois. De l’avis préliminaire de la mission conjointe, certaines de ces allégations [certains de ces massacres présumés] pourraient constituer des actes de génocide. Il n’en demeure pas moins que les informations dont la mission conjointe dispose actuellement ne permettent pas d’émettre une opinion précise et définitive. Une enquête approfondie sur le territoire de la RDC permettrait d’éclaircir cette situation ». (Rapport de la mission conjointe chargée d’enquêter sur les allégations de massacres et autres atteintes aux droits de l’homme ayant lieu dans l’est du Zaïre (actuellement RDC) depuis septembre 1996 (A/51/942), par 1. )

Le Rapport Mapping affirme bel et bien la perpétration du crime de génocide par l’Armée rwandaise dans ces termes : « Les attaques systématiques et généralisées décrites dans le présent rapport, ayant ciblé de très nombreux réfugiés hutu rwandais et de membres de la population civile hutu et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. Le comportement de certains éléments de l’AFDL/APR à l’égard des réfugiés hutu et des populations hutu établies au Zaïre à cette époque semble s’inscrire dans le cadre « d’une série manifeste de comportements analogues dirigés contre ce groupe » duquel un tribunal pourrait même déduire l’existence d’un plan génocidaire ». Paragraphe517.

Le Rapport continue : « Par contre, ni le fait de ne cibler que les hommes dans les massacres ni celui de permettre à une partie du groupe de quitter le pays ou même de faciliter ses déplacements pour différentes raisons ne permettent en soi d’écarter totalement l’intention de certaines personnes de détruire en partie un groupe ethnique comme tel. À cet égard il paraît possible d’inférer l’intention spécifique de certains commandants de l’AFDL/APR de détruire en partie les Hutu en RDC, donc de commettre un crime de génocide, de leur conduite, de leurs propos et des circonstances accablantes des actes de violence commis par les hommes sous leur commandement. Il appartiendra à un tribunal compétent de trancher cette question ». Paragraphe 518 .

Le Comité de soutien aux FDU Inkingi condamne sans réserve les violations graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises par les armées nationales et par les armées irrégulières sur le territoire congolais entre 1993 et 2003. Il condamne spécialement les crimes contre l’humanité et les crimes de génocide perpétrés par l’armée rwandaise dirigée par le Président de la République, Paul Kagame.

Devant la gravité et l’ampleur des crimes, le Comité de soutien aux FDU Inkingi est d’avis que le Président Paul Kagame n’est plus qualifié pour diriger le pays et que sa place est désormais de répondre devant la justice internationale pour les crimes commis. Ceci est d’autant plus pertinent que la publicité de ces crimes se déroule après des élections présidentielles marquées par la terreur, les emprisonnements d’opposants politiques, les assassinats de journalistes critiques et de personnalités politiques et l’exclusion totale de l’opposition politique du processus électoral.

Le comité de soutien aux FDU Inkingi met la Communauté internationale, en particulier les membres du Conseil de sécurité, devant ses responsabilités, à savoir celles de l’obligation de répression du crime de génocide, maintenant qu’elle sait qu’un tel crime a été commis.

Fait à Lyon, le 28 août 2010

Pour le Comité de soutien aux FDU-INKINGI
Eugène NDAHAYO
Président

août 30, 2010   No Comments

Les officiers de Kagame se vantent d’avoir massacré des réfugiés rwandais en RD Congo

[youtube]MW8j-o3JPrY[/youtube]

août 30, 2010   No Comments

Kagame sera-t-il traduit devant un tribunal pénal international pour le Congo?

Dans son récent article intitulé Un tribunal pénal international pour le Congo, le journal Le Monde pose une question très pertinente.

A quand un tribunal pour le Congo ? Après plusieurs années de travail, le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme (HCDH) des Nations unies dresse enfin la liste incontestable des crimes et massacres commis en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) pendant une décennie placée sous le signe du feu.

Les concepteurs de ce texte ont décidé de se pencher sur la période 1993-2003. C’est celle où furent commis les crimes et massacres les plus graves. Depuis, l’impunité n’a pas cessé, et les Congolais sont encore martyrisés. Que faut-il pour que ce drame d’une ampleur exceptionnelle mobilise ce qu’il faut bien appeler la “communauté internationale” – l’ONU, ses agences spécialisées, les grandes puissances du Nord et du Sud émergent, ces pays qui, souvent, sont les premiers à exploiter les richesses minières de la RDC ?

Le rapport du HCDH ne révèle que peu de chose. La plupart des actes recensés étaient connus. La nouveauté (révélée dans notre édition du 27 août) est de réunir l’ensemble de ces faits, de préparer le terrain pour de futurs procès et d’envisager de qualifier certains actes de “génocide”.

S’il est un génocide reconnu dans la région, c’est celui des Tutsi dans le Rwanda voisin en 1994. Il a fallu du temps pour que s’impose l’idée de l’ampleur de ce dernier crime. Il s’agissait là non de massacres aveugles, mais d’une tentative claire de faire disparaître un groupe humain. Les responsables de ce projet répondent aujourd’hui de leurs actes devant le Tribunal pénal international pour le Rwanda (TPIR), installé à Arusha, en Tanzanie. Cette juridiction est pleine d’imperfections. Certains “génocidaires” continuent de lui échapper. Mais mieux vaut cette justice rendue tant bien que mal à Arusha que l’injustice permanente à laquelle demeurent condamnées les victimes congolaises.

L’expérience des fins de conflits récents montre qu’il n’y a pas de retour à la paix sans une manière de justice. La Sierra Leone, déchirée pendant une guerre marquée par des atrocités, a bénéficié, dans le cadre d’un processus de paix, d’un tribunal spécial. L’ex-Yougoslavie est à peu près dans le même cas. Au Cambodge, les procès des anciens Khmers rouges ont commencé.

Partout, des mécanismes judiciaires ou parajudiciaires tentent d’aider les survivants à faire le deuil de crimes inhumains. Pourquoi la RDC, ce pays grand comme l’Europe de l’Ouest qui sert de terrain de jeux meurtriers depuis deux décennies aux Etats de la région, Rwanda en tête, échapperait-il à cette règle ? La réponse, jusqu’ici, a été éludée, en partie en raison de l’ombre gigantesque du génocide commis à ses portes, au Rwanda.

Il est grand temps de prendre en compte les crimes d’une ampleur historique perpétrés en RDC. Le rapport de l’ONU offre la base pour que soit constitué un tribunal, avec un appui international, pour que soient jugés ceux qui en sont les auteurs. Il est grand temps de rendre un semblant de justice aux centaines de milliers de Congolais tombés sur le sol de ce pays martyr.

[Le Monde]

août 28, 2010   No Comments

Inquiètes, les autorités du Rwanda dénoncent violemment le rapport de l’ONU parlant de “génocide” en RD Congo

Paul Kagame: reconnu intolérant.

Les récentes révélations de l’ONU sur le génocide commis par les troupes de Kagame en RD du Congo inquiètent les autorités rwandaises.

Kigali – La réponse du gouvernement rwandais ne s’est pas fait attendre. Suite aux fuites parues dans la presse concernant un rapport de l’ONU suspectant Kigali de « génocide en RD Congo », le Rwanda se défend en dénonçant un document qui pourrait « amener l’instabilité dans la région des grands Lacs ».

C’est une attaque d’une violence rare. Après avoir fait pression sur le secrétaire général Ban Ki-moon pour que le rapport de l’ONU parlant de « génocide » en RD Congo entre 1996 et 1998 et visant Kigali ne soit pas rendu public, le gouvernement rwandais a énuméré ses griefs contre un document qu’il estime être « malveillant, choquant et ridicule ».

Ledit rapport, dévoilé par Jeune Afrique puis par le journal français Le Monde et par la BBC, dans une version quas définitive, détaille les massacres, viols et pillages qu’auraient commis des militaires de plusieurs pays et notamment du Rwanda au cours des deux guerres qui se sont déroulées au Congo.

« L’ONU tente de détourner l’attention »

Liens intéressants:
Rwanda: President Kagame proud to have killed Hutu refugees in DRC

● [wpaudio url=”http://rwandinfo.com/audio/20100413-kagame-yigamba-ko-yarashe-impunzi.mp3″ text=”Ecoutez Kagame lui-même se targuant d’avoir pourchassé et exécuté les réfugiés au Congo” dl=”0″]

La meilleure défense étant l’attaque, le gouvernement a transmis à l’agence rwandaise de presse un communiqué dans lequel il accuse les Nations unies d’avoir laissé publier ce rapport afin de détourner l’attention d’une série de viols commis par des rebelles (suspectés d’être les FDLR) à proximité d’un camp de casques bleus dans l’est de la RDC. Des exactions sévérement condamnées par le Conseil de sécurité de l’ONU et la communauté internationale (dont États-Unis et Union européenne)

« Le moment de la publication de ce rapport est très révélateur » affirme le texte de Ben Rutsinga, membre du bureau du porte-parole du gouvernement. Selon lui; « il semble que les Nations unies tente de détourner l’attention internationale de sa dernière faute dans la région des Grands Lacs où récemment des centaines de congolaises ont été violées sous le regard des forces de maintien de la paix ».

« Document dangereux et irresponsable »

« Il est immoral et inacceptable que les Nations unies, une organisation qui a échoué dans sa mission d’éviter le génocide au Rwanda et les crises qui ont suivi pour les réfugiés, causes directes des souffrances endurées par le Congo et le Rwanda, accuse maintenant l’armée qui a mis un terme au génocide d’avoir commis des atrocités en RDC », poursuit le communiqué.

Le rapport en question, élaboré par le Haut commissariat de l’Onu aux droits de l’homme et qui devrait – en théorie- être publié en septembre, est en outre qualifié de « document dangereux et irresponsable (…) qui ne peut qu’amener l’instabilité dans la région des Grands Lacs et saper les efforts de stabilisation en cours, particulièrement alors alors que des progrès sans précédents ont été réalisés pour l’établissement de la paix, de la sécurité et la collaboration économique ». Le Rwanda a récemment établi des relations étroites avec la RDC.

Selon Rutsinga le fait que les enquêteurs de Nations unies n’aient pas rencontré (de représentant du) Rwanda « même si ils ont trouvé le temps de rencontrer 200 représentants d’ONG est choquant et montre un mépris pour toute honnêteté ». Selon lui ce rapport est basé sur une méthodologie contestable, avec des éléments de preuves très faibles ». L’ONU ne s’est pas encore exprimé en retour face à ses accusations.

[Kergui]

août 28, 2010   1 Comment

Rwanda: Accablant acte d’accusation par le HCDH de dix ans de crimes au Congo RDC

Redoutée par les principaux acteurs régionaux de l’interminable drame humain dans la région des Grands Lacs, la radiographie sans précédent des crimes jalonnant dix ans de guerre en République démocratique du Congo (RDC, ex-Zaïre) que vient d’établir le Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme (HCDH) est accablante, principalement pour le Rwanda voisin.

Sur près de 600 pages, ce document, dont Le Monde a obtenu une version quasi définitive, décrit les “violations les plus graves des droits de l’homme et du droit international humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 en RDC“.

Derrière l’intitulé se cache une décennie de meurtres, viols, pillages auxquels prirent part plusieurs pays de la région. Des conflits qui firent un nombre indéterminé de morts, mais qui se chiffrent au bas mot en centaines de milliers.

La compilation des rapports existants et la collecte de nouveaux témoignages menée par le HCDH fournissent une base pour des poursuites judiciaires à venir contre les auteurs de ce que le HCDH qualifie de “crimes contre l’humanité, crimes de guerre, voire de génocide” après des années d’impunité.

“CRIMES DE GÉNOCIDE”

Depuis des semaines, le Rwanda déploie ses réseaux et son énergie pour tenter d’étouffer ce rapport qui risque d’atteindre le cœur du régime du président Paul Kagame, l’homme fort du Rwanda depuis 1994.

Le document estime en effet que “les attaques systématiques et généralisées [contre des Hutu réfugiés en RDC] révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide”.

Il reste à savoir quel tribunal se chargera de cette œuvre de justice alors que la plupart des crimes sortent du champ de compétence de la Cour pénale internationale.

Face aux insuffisances de la justice congolaise, le HCDH insiste sur la nécessité d’imaginer de nouveaux mécanismes judiciaires pour mettre fin au cycle de l’impunité dans la région.

Christophe Châtelot
[Le Monde]

août 26, 2010   3 Comments

Rwanda: le Général Paul Kagame menacé par d’anciens frères d’armes

Karegeya

Patrick Karegeya appelle les Rwandais à se “soulever contre la dictature”.

Les armes à la main au côté du guérillero Paul Kagame, ils ont chassé le régime extrémiste hutu et mis fin au génocide au Rwanda. De leur exil, ces ex-figures du Front patriotique rwandais (FPR) appellent aujourd’hui à “renverser le président-dictateur”.

Loin de la présidentielle sans enjeu, triomphalement remportée le 9 août par Kagame, une impitoyable lutte politique se livre en coulisses à la tête du régime rwandais.

Cette bataille de l’ombre met aux prises quelques dizaines d’individus, presque tous Tutsi anglophones issus de la diaspora ougandaise. Chefs militaires dans le maquis, ils ont monopolisé la hiérarchie de l’appareil sécuritaire et étaient les véritables maîtres du pays.

En seize ans de pouvoir, Kagame a cependant fait le vide autour de lui et la plupart de ces “anciens” ont été écartés, sont morts ou ont fui à l’étranger.

Les premières défections commencent fin 90, d’abord des personnalités hutus sans réelle influence. Elles se multiplient discrètement au fil des années, toujours plus proche de la tête du régime.

En 2005, le colonel Patrick Karegeya, tout-puissant chef des services des renseignements extérieurs, est emprisonné pour “insubordination”. Il parvient à s’enfuir deux ans plus tard pour l’Ouganda puis l’Afrique du Sud.

Début 2010, c’est le général Faustin Kayumba Nyamwasa, chef d’état-major de l’armée jusqu’en 2001, qui quitte clandestinement le pays, également pour l’Afrique du Sud. Héros de la guerre de “libération”, l’homme est un poids lourd du FPR, un personnage clé du régime et de son armée.

Dans les mois suivant, quatre officiers de haut rang sont arrêtés pour “indiscipline” ou encore “actes immoraux”, dont le très influent général Karenzi Karake.

Kayumba et Karegeya, eux, sont taxés de “criminels” et “terroristes”, accusés d’être responsables d’une série d’attaques à la grenade à Kigali.

“Avec la fuite de Kayumba, la crise a éclaté au grand jour”, observe l’universitaire André Guichaoua.

“Tous ceux qui ne faisaient pas partie du noyau ougandais ont été progressivement éliminés. Les dissensions ont lieu maintenant au sein de ce noyau central”, explique-t-il.

Kayumba est la plus sérieuse défection, “car susceptible d’incarner une alternative à Kagame”. Le 19 juin, il a été victime d’une mystérieuse tentative d’assassinat à Johannesburg.

Ces affaires de famille remettent en cause tout le système, fondé sur un FPR uni et efficace, alors que le pouvoir se resserre autour du seul président Kagame, “de plus en plus isolé au sein de l’armée”.

Le chef de l’Etat règne désormais en s’appuyant sur un cercle de très proches, plus jeunes en 1994, comme le ministre de la Défense James Kabarebe, ancien chef de ses gardes du corps.

C’est “la conséquence de l’élargissement du pouvoir, avec l’émergence d’une nouvelle génération”, assure un membre du FPR pour qui “les «historiques» mécontents n’ont pas su s’adapter au changement”.

De son exil sud-africain, le général Kayumba qui rappelle avoir sauvé la vie de Kagame à deux reprises dans le maquis, dénonce la dérive “dictatoriale” d’un président n’usant plus que de “l’intrigue” et de la “trahison”.

Exemples à l’appui, il fustige la corruption de celui qui “n’a plus aucune autorité morale” pour demander à ses concitoyens “de rendre des comptes”.

Karegeya quant à lui appelle les Rwandais à se “soulever contre la dictature” et se dit prêt à soutenir une nouvelle “lutte de libération”.

Les deux hommes partagent les plus lourds secrets du régime. Mais leur marge de manoeuvre internationale est cependant limitée, du fait des soupçons de crimes de guerre qui pèsent contre eux.

En interne comme à l’échelle régionale, ils n’en posent pas moins un redoutable défi à Kagame, en particulier s’ils obtiennent un soutien de l’Ouganda souvent bienveillant envers les dissidents rwandais, ou se rapprochent d’autres opposants dans l’est de la République démocratique du Congo voisine.
(AFP)
[Cyberpresse]

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août 26, 2010   No Comments

Rwanda: Elections présidentielles 2010, Paul Kagame empêtré dans ses contradictions

by Emmanuel Neretse et Gaspard Musabyimana.

Paul Kagame: reconnu intolérant.

Paul Kagame:
Victoire avec score stalinien de 93%.

Après la mascarade électorale du 9 août 2010, Paul Kagame en est sorti “vainqueur” avec un score stalinien de 93% des voix. Le dictateur vient de déclarer que ses trois “candidats” accompagnateurs vont tous être nommés à des postes importants. Cette annonce a été faite à l’occasion de la célébration de sa “victoire” vendredi 20 août à Kigali. Il est vrai que ces trois compères mangeaient déjà dans l’écuelle du FPR depuis longtemps.

Le plus performant de ces trois candidats, Jean Damascène Ntawukuriryayo, a été accrédité de moins de 5 % des voix. Après avoir été longtemps ministre, ce pharmacien est présentement vice-président de l’Assemblée nationale. Le deuxième candidat, Prosper Higiro, est, quant à lui, vice-président du Sénat, tandis que Alvera Mukabaranga est sénatrice depuis des années.

Ayant été choisis et invités par le même Paul Kagame à l’accompagner dans cette simulacre des élections pour faire croire qu’il n’est pas candidat unique, il va de soi qu’il devait, après cette aventure, les en remercier en terme de postes juteux. Mais là où le bas blesse, c’est que du coup Paul Kagame se contredit : en effet, lui qui voudrait se présenter comme ayant été élu par le peuple qui, à travers les résultats électoraux, a indiqué sa volonté, il ne se rend pas compte que par la même logique, le peuple rwandais a désavoué Ntawukuriryayo, Higiro et Mukabaranga, car, avec de tels scores lamentables, ils ne pourraient prétendre exercer aucune responsabilité politique dans un pays démocratique. En leur confiant des postes importants dans son gouvernement ou dans d’autres organes de son pouvoir, Paul Kagame démontre encore une fois que soit, les élections du 9 août 2010 n’étaient qu’une mise en scène, soit qu’il se fout de la volonté exprimée par le peuple rwandais en désavouant complètement les trois politiciens.

La rumeur court à Kigali comme quoi Ntawukuriryayo serait appelé à remplacer le cousin de Paul Kagame, Bernard Makuza, au poste de Premier Ministre. Rien n’empêche à Paul Kagame d’installer cette marionnette à ce poste qui, il est vrai, reste, purement protocolaire, sans aucune responsabilité politique.

Le Dr Vincent Biruta, depuis de longues années Président du Sénat et président du parti PSD, dont se réclame Ntawukuriryayo, s’est réjoui des 5% des voix obtenues par le candidat de son parti car en effet, ce qui importait pour eux, c’était la victoire du seul candidat, Paul Kagame. Sous d’autres cieux, dans des pays où règne une vraie démocratie, un parti politique ayant fait un score aussi lamentable que celui des 3 prétendus partis, se retire, ses dirigeants démissionnent pour laisser la place aux autres à même d’insuffler un nouveau dynamisme au parti.

Les élections présidentielles du 09/08/2010 sont donc une manifestation de plus que le FPR, sous l’air du multipartisme, est en fait un parti unique, qui reste seul sur la scène politique rwandaise, et distribue des miettes aux partis satellites qui lui font allégeance.

L’opinion tant nationale qu’internationale devrait savoir une fois pour toutes, que le régime de Paul Kagame est dictatorial, qu’il est exercé à travers un parti « unique » le FPR, que les autres soi-disant partis admis pour donner du change à l’étranger, ne sont que des créations du même FPR.

En effet, après sa prise du pouvoir par les armes en 1994, le FPR a feint de s’inscrire dans l’esprit et la lettre des Accords d’Arusha qui garantissaient le multipartisme. Mais en même temps, il a dressé la liste des partis admissibles en bannissant d’autres qui ne lui plaisaient pas. Peu après, même les partis que le FPR avait au départ toléré auront maille à coexister avec lui. Certains furent dissouts (MDR), d’autres furent scindés en factions dont seules les pro-FPR furent autorisées à exister (PSD, PL, PDI, …). Les personnalités qui se présentent sous l’étiquette de ces soi-disant partis, en réalité des excroissances du FPR, ne sont donc que des marionnettes appelées à vendre l’image du régime politique rwandais à l’étranger et le présenter comme pluraliste et “démocratique”.

Les véritables partis politiques opposés au FPR à savoir : le FDU-Inkingi de Victoire Ingabire, le Democratic Green Party de Frank Habineza, le PS Imberakuri de Me Bernard Ntaganda, le PDP de Déo Mushayidi, etc., sont interdits et leurs leaders sont soit assassinés, emprisonnés ou en résidence surveillée ; en tout cas tous privés de leurs droits civils et politiques voire même du droit à la vie.

En octroyant des postes aux « politiciens du ventre » qui l’ont accompagné dans la mascarade électorale d’août dernier, Paul Kagame confirme le caractère arbitraire et autocratique de son régime.

Seules des élections libres et transparentes auxquelles prendraient part tous les partis politiques, même ceux honnis par le FPR, peuvent conférer la légitimité du pouvoir au Rwanda.

[Musabyimana]

août 26, 2010   No Comments

Victoire Ingabire continue d’être harcelée au Rwanda

par Gaspard Musabyimana.

Paul Kagame vient d’être réélu à la tête du Rwanda pour 7ans. Il a, pour se faire, commencé par éliminer tous ses opposants politiques par des assassinats, des emprisonnements, des assignations à résidence, …

On aurait pu croire qu’après son « écrasante » victoire à l’issue de cette élection tapageuse du 9 août dernier, le despote de Kigali donnerait un peu de répit à cette opposition désormais rendue inopérante. Faux ! L’homme a plutôt trouvé mieux de jouer à de diaboliques prolongations.

Bien avant les élections, les services de sécurité ont menacé le bailleur de Victoire Ingabire, Présidente du parti politique FDU. Celui-ci a rompu, in extrémis, le contrat de location.

Comme si cela ne suffisait pas, ces mêmes services, sous les ordres du Colonel Ndahiro, ont continué leur sale besogne de harceler cette opposante politique. Son deuxième bailleur a lui aussi été menacé de mort par les barbouzes de la DMI. Victoire Ingabire fut priée de quitter la maison par le propriétaire qui ne voulait pas risquer sa vie. Donc, en l’espace de trois mois, Victoire Ingabire vient de déménager deux fois. Mais, sa galère est loin de prendre fin car les services de sécurité sont en train de faire pression sur le propriétaire de la 3è maison que Victoire Ingabire a louée pour une nouvelle résiliation de contrat. Plus grave, ils ont instruit les autorités locales qui sont elles aussi en train de monter les voisins et la population des environs contre Victoire Ingabire.

Face à de telles manœuvres de la DMI, il est légitime de se poser la question de savoir si ce régime a confiance en lui-même. Sinon il ne se livrerait pas à ces manœuvres qui frisent la mesquinerie et la bassesse la plus immonde.

[Musabyimana]

août 21, 2010   No Comments

Analyse: Paul Kagame, notre président éternel!

par Alphonse Bazigira.

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Paul Kagame, arrivé au pouvoir dans des conditions que tout le monde connaît, ne renoncera jamais à aucune parcelle de son pouvoir. Il fait tout pour que cette situation demeure. Il en est capable. Il en a les moyens.

La seconde élection présidentielle « pluraliste » depuis 1994 au Rwanda fait couler beaucoup d’ancre. Pourtant, la réélection du président Paul Kagame n’a jamais fait de doute. La campagne ne visait qu’à améliorer son image et celle de son Parti (FPR). Comme dans la précédente élection (2003), les bienheureux candidats à la magistrature suprême du Rwanda ont fait que le processus électoral soit davantage un show qu’un événement politique. La campagne électorale a réexposé sur la place publique, des candidats de témoignage. Ils ont joué le rôle assigné à tout parti satellite. C’est à dire donner l’illusion selon laquelle l’élection présidentielle est une vraie élection. En réalité, il ne s’agissait que d’une opération de relations publiques destinée à modifier l’image d’un pouvoir de plus en plus critiqué á l’étranger.

Les appuis dont le président Paul Kagame bénéficient de quelques puissances démocratiques ne justifient pas le charisme qu’on lui prête. Aux yeux de l’Occident démocratique qui l’a porté au perchoir du pouvoir, la guerre doit s’imposer contre les «dictateurs »,oubliant les pires tyrans dont il assure la protection.

Les élections ont été entachées de censure et de meurtres qui, sans enquêtes sérieuses pour confondre les meurtriers, passent pour des crimes crapuleux. Les poursuites judiciaires contre certains leaders de partis qui chahutent le pouvoir n’ont servi qu’à éliminer d’une course perdue d’avance. Quelle leçon peut-on alors tirer de ce cinéma ?

Malgré ses problèmes d’ordre politique, social et économique, le Rwanda n’aurait pas dû subir le sort maléfique qui l’a transformé en un jungle où chaque « animal politique » privilégie ses intérêts personnels ou partisans au détriment de l’intérêt général. Il est stupide de croire encore qu’une guerre soit sans danger. La guerre, cette mauvaise solution, n’a pas créé les conditions d’une paix viable et féconde. Il n’y a pis que d’imposer au Peuple un pouvoir qui le terrorise et affame. Le Rwanda post-guerre construit sa renommée mondiale sur des crimes commis par des Rwandais sur des Rwandais et sur des étrangers présents pour la coopération et l’action humanitaire. Mais l’inconscience politique fait que certains opposants fassent apologie de « la guerre de libération » et se font des avocat des criminels qui ont assassiné les Humanitaires; espagnols notamment.

Le Rwanda est un pays de tous les périls et de tous les dangers. Ces périls sont politiques, ethniques et géostratégiques. Ils constituent le noeud gordien difficile à trancher. Le Rwanda est d’importance plus par la traque planétaire des hutu présumés génocidaires et négationnistes que par son potentiel humain d’influence en Afrique. Loin de se prolonger en une victoire politique dans laquelle tous les Rwandais peuvent se retrouver, s’élèvent contre les paroxysmes de la violence et de la haine et bâtir une démocratie réelle et durable, facteur de reconstruction civile et de développement intégral du Rwanda futur, la victoire militaire n’est que l’exact reflet d’un terrible gâchis. Le pouvoir est à l’image du vainqueur. Au fond, les véritables problèmes sont l’après-guerre. Aujourd’hui, tout le monde paie la facture politique de la guerre et de l’incompétence de l’Etat. Tous les Rwandais, sans exception, sont servis. Mal servis!

Le Rwanda n’est pas un Etat de droit. La démocratie, pervertie par ceux-là même qui la revendiquent à ceux qui la confondent avec l’impunité, est plongée dans une impasse absolue. Les deux camps ont construit un mur de la méfiance. Un mur si épais qu’un consensus est difficile à trouver, voire à imaginer entre des opposants et un pouvoir placé sous les ordres de la puissance étrangère et sûr de sa légitimité internationale.
L’opposition politique, murée dans ses contradictions et dans ses dissensions, peine à faire entendre sa voix et à réfléchir sur les moyens conséquents pour que la résistance de la démocratie réussisse. Il n’y a pas de cadre institutionnel où doit se tenir le vrai débat démocratique. Les élections pluralistes que le pouvoir organise donnent libre cours à une ambition que ce pouvoir sait endiguer.

Ce pouvoir ne fait que des malheureux. Le destin des hommes et des femmes qui ont accepté de le servir plutôt que de le fuir ou de le combattre sont prisonniers d’un terrible dilemme. Ils sont incapables de proposer au pouvoir d’instaurer un débat susceptible de déboucher sur des réponses qui ne soient pas conjoncturelles mais réfléchies. Dans tous les camps, les paranos se discréditent pour jouer de l’image que des idées. Ils imaginent même de sombres calculs.
Face aux gouvernants qui refusent de voir la réalité en face et qui ne se consacrent pas aux vrais problèmes du pays, les populations affrontent une crise qui les dépasse.
Emportés par un syndrome d’anéantissement,ces populations ont déjà oublié la pensée pour ne plus obéir qu’à l’instinct et à la loi du Talion. Quant aux rares privilégiés, ils s’enfoncent dans l’idolâtrie, le ridicule absolu et le culte de la médiocrité. Mais le problème n’est plus là. Le vrai problème, c’est de savoir ce que va faire le Président Paul Kagame, de son second septennat.

Rien ne semble pouvoir l’ empêcher de rester « l’homme fort ». Il exploite les faiblesses aussi bien de ses adversaires politiques, de ses alliés que de la Société civile, porte–parole des opposants. Depuis qu’il est au perchoir du pouvoir, il élimine, un à un, ses compagnons de maquis ainsi que ses alliés, soumis et insoumis. En 2002, il a chassé de la présidence de la République, un certain Pasteur Bizimungu, un des piliers hutu du Front Patriotique Rwandais. Les premiers ministres, les ministres et les Plénipotentiaires sont passés, un à un, à la trappe. La série continue. Au palais de « la monarchie républicaine », les exécutions en place publique ne se disent plus, elles se vivent. Tous les coups sont permis en politique pour barrer la route à un rival ou un adversaire déclaré ou supposé. Si les militaires ont tendance à utiliser la manière forte, des anciens guérilleros au pouvoir, ont des difficultés à se transformer en démocrates.

Comme je n’ai cessé de le marteler, une élection ne fait pas la démocratie, même si elle est un passage obligé. Dans le cas du Rwanda « les élections présidentielles « pluralistes » ne constituent pas la seule voie de sortie honorable de la crise. D’abord, parce que les outils de la démocratie ne sont pas encore en place. Le Rwanda manque de vrais démocrates qui croient fermement en la démocratie, donnent des avis soutenus par des arguments forts. Les règles du jeu politique sont encore à créer. Paul Kagame, arrivé au pouvoir dans des conditions que tout le monde connaît, ne renoncera jamais à aucune parcelle de son pouvoir. Il fait tout pour que cette situation demeure. Il en est capable. Il en a les moyens.

Le Rwanda a besoin d’une constitution qui fixe les principes généraux de la démocratie. Il est inadmissible, et je dois dire même malhonnête, qu’après avoir longtemps servi la République, l’un ou l’autre politicien déclare aujourd’huit, que « le bilan des régimes républicains précédents ont été désolants. De ce grief découle une question de savoir pourquoi les piliers de ces régimes mis en cause ont attendu des années pour stigmatiser des systèmes qui les ont crées et s’accommodent à des forces qui les détruisent sur le plan moral, politique et physique. Au vrai, une analyse comportementale et objective des politiques qui ambitionnent retirer le président Paul Kagame et certains apparatchiks du FPR, du paysage politique laisse apparaître une idée soujacente: cette course effrénée pour ravir le fauteuil présidentiel en lieu et place de repenser l’action politique. Il est tout à fait inconséquent que le jeu démocratique soit détourné par ceux qui empruntent des raccourcis pour arriver sur la plus haute marche du podium. Le président Paul Kagame et son entourage, portés par les événements historiques et tragiques, en profitent pour se positionner en champions de la démocratie. Sur le fond, cela n’est que du folklore dont le Rwanda a le secret qui ne le grandit pas. Et c’est le peuple qui trinque!

Le pouvoir convoité permet de faire bouger les lignes. Mais il faut des préalables. Il faut des garde-fous afin d’éviter de se faire hara-kiri. Aussi la candidate des FDU soulève certaines interrogations. A-t-elle pesé le pour et le contre ? Pourquoi a-t-elle agi contre un boycott auquel son pari était encouragé par ceux qui privilégient la lucidité et un travail de fond. Admettons que les FDU aient voulu donner l’image d’une opposition courageuse et qui n’a plus rien à voir avec une certaine opposition qui parle trop mais n’agit pas.  Mais voir clair, c’est aussi voir vrai. Le risque est toujours grand pour les opposants aussi longtemps qu’ils se révèleront incapables de maîtriser le contexte politique afin de conduire une manœuvre délicate. Qu’une Mère de famille brigue la magistrature suprême du Rwanda, n’est pas, en soi, une révolution. Elle ne veut pas faire la révolution. Elle n’a pas menacé de renverser le Président Paul Kagame par les armes. Elle a toujours annoncé son intention de le combattre par les urnes. Est-elle bien armée pour y arriver ? On ne connaît pas les effectifs réels de son parti. « J’y vais, même si certains prédisent que je serais assassinée », a-t-elle déclaré. Et de renchérir: « Nous voulons que chaque Rwandais cesse d’avoir peur […] N’ayez plus peur ».
De telles déclarations ne pouvaient que donner le tournis aux affidés du pouvoir. Mais sa marge de manœuvre par rapport à un pouvoir vieux de plus de seize ans est trop étroite. Sur ce terrain glissant de la politique rwandaise, elle doit faire face à la dure réalité de la politique.
En jouant sur les symboles de la République, elle s’affiche en « une Benazir Bhutto rwandaise ».et se veut « une Madone de la démocratie ». Mais le Rwanda n’est pas le Pakistan. Il n’est pas encore une puissance atomique.
Mais l’ombre des militaires, anciens guérilleros, plane au dessus de la mêlée. Le Président Paul Kagame, Chef des Armées, veut–il que cette dernière ne soit qu’un tremplin vers le pouvoir ? Certains observateurs considèrent qu’un coup d’Etat n’est pas à exclure. Ce coup d’Etat viendrait de l’entourage même de Paul Kagame au cas où ce dernier menacerait les positions et avantages de ses proches qui tiennent surtout à se donner une nouvelle virginité politique.

Sur le terrain politique, les alliances pour mieux affronter le FPR et ses satellites sont nécessaires. Mais ces alliances ne doivent pas être conclues avec des partis qui ne visent que le fauteuil présidentiel. Une telle démarche est déjà un aveux d’échec. Sans droit d’user de la liberté d’expression pour exercer le droit de critique, d’alerte et surtout de proposition et de formulation des solutions, un parti d’opposition ne peut pas survivre á ses échecs politiques. Il faut des alliances pour les échéances locales. Aujourd’huit, ce n’est pas la gagne qui compte. C’est le projet qui doit être central. Ce qui doit compter, c’est d’aller vers l’unité autour du projet et des alliances électorales qui lui correspondent. Des alliances qui autorisent les partis politiques à remporter de nombreux sièges au parlement et y constituer des groupes parlementaires capables de changer les lois scélérates. Il faut un rassemblement sur un contenu. On ne s’improvise pas Chef d’Etat. Ça se prépare dans le temps et dans la durée. Il faut une force politique susceptible d’être reconnue dans toute les couches de la société, beaucoup plus réactive, en prise directe avec la condition quotidienne des Rwandais et capable de faire sentir le rapport de force. Les alliances avec les autres partis sont nécessaires. Mais le Rwanda a déjà vécu des alliances qui se sont faites et défaites. La lucidité et la résolution qui donnent aux vrais leaders politiques, la stature d’homme d’Etat doivent prévaloir. Il faut d’abord réussir la construction de la cohésion politique.

Le FPR vient de plonger les partis d’opposition, dont les FDU, dans un comma irréversible. L’enregistrement de ce parti relève déjà, de l’exploit impossible. Sous contrôle judiciaire, sa championne n’a plus de temps pour des combines et des accords secrets qui, en filigrane, sont révolus et dangereux. Cela ne serait non plus prendre la mesure des vrais problèmes du Rwanda. Car redonner espoir au peuple dont la majorité croupit sous le poids de la misère et de la peur, dans une société qui nourrit en son sein de plus en plus d’inégalités et d’exclusions, requiert de dures batailles. Ces batailles exigent des promesses solides, fiables et raisonnables comme l’engagement à rédiger de nouvelles lois qui mettent les citoyens au même pied d’égalité et fixent leurs droits et leurs devoirs.
En bref, il s’agit d’un nouveau Contrat Social! Il faut repenser ce que doit être la fonction essentielle d’«un parti de gouvernement » qui a plus d’adhérents pour influencer davantage et, surtout,formuler un projet autour d’un idéal partagé.
Si la candidate des FDU a réussi à remettre en question, les fondements du pouvoir en place, elle a aussi le mérite de secouer une classe politique poussiéreuse et un microcosme politique rwandais qui tourne sur lui-même et sur ses certitudes. La tâche difficile qui lui incombe,- si Dieu lui prête vie -, est de jeter les fondations d’une force politique qui a la capacité de mobilisation, et de ne pas lâcher la pression sur un pouvoir frileux d’engager des réformes constitutionnelle et institutionnelle. Il faut aussi du temps pour se donner l’image d’un présidentiable. La Prison la guêtte. Si elle a des nerfs solides, elle ne devrait pas en avoir peur. La prison peut être une grande Ecole. Nelson Mandela et Melchior Ndadaye ont connu l’exil et la prison. Ils ont refusé d’entrer dans le système pour ne pas se faire bouffer.

Paul Kagame: notre président éternel

Paul Kagame réalise ses plans politiques, à tel enseigne qu’on peut évoquer, à propos de son régime, à pérennité et même l’éternité. Il exploite la capitulation des hommes politiques et leur naïveté enracinée dans la culture et la pensée de l’élite rwandaise. Les problèmes de l’après-guerre lui servent d’un fort alibi politique pour étouffer toute voix discordante. La politique européenne en Afrique centrale n’est motivée que par « la présence de l’intérêt de l’Occident » dont Paul Kagame est devenu l’un des principaux « gendarmes de proximité ». Le maintien de Paul Kagame au pouvoir reste, qu’on le veuille ou non, la solution la moins mauvaise. C’est un acquis diplomatique incontournable. Eu égard aux circonstances tragiques et historiques, le gendarme même blessé, est encore plus utile que nocif aux intérêts de ses protecteurs. Même sur la défensive, Paul Kagame multiplie des « offensives diplomatiques et judiciaires » pour tester leur fidélité et leur loyauté. A coups de manœuvres politiques et diplomatiques, parfois maladroites, il riposte à touts ceux qui, nationaux ou étrangers, osent le contrarier. Ses partisans fanatiques et fanatisés voient tout cela comme un signe d’héroïsme, de patriotisme et de la haute stratégie.

Au vrai, le Rwanda pour redevenir normal, a besoin d’hommes politiques et d’authentiques intellectuels qui aiment leur peuple et le respectent. Ceux qui ambitionnent diriger ce pays doivent être des parangons de vertu. Le Rwanda est en quête d’un Chef d’Etat qui peut et sait s’élever contre les opinions publiques, pour défendre l’intérêt général. Aussi est-il stupide de condamner la République. Il faut plutôt condamner le mauvais usage du Rwanda et de ses institutions.
Il faut déjà penser à l’après élection. L’opposition doit prendre à bas le corps, sa responsabilité et assumer les évolutions nécessaires pour offrir au peuple, un débouché politique crédible. Au sortir des présidentielles, la question reste de savoir si toute l’opposition réussira à créer une dynamique et une méthode nouvelle. Face au Front Patriotique Rwandais et à ses satellites dans la captation du pouvoir, les opposants doivent relever un défi: construire au Rwanda un grand parti qui prend la mesure du désespoir et du désenchantement civique du Peuple. Ils doivent d’abord faire leurs preuves lors des futures élections. Demander au peuple un mandat à quelque niveau que se soit, accéder à la haute fonction suprême et aux postes de pouvoir ne doit plus se faire dans l’amateurisme. C’est á–dire dans la précipitation et l’improvisation. Il faut penser l’action politique dans le long terme afin de sortir toute la classe politique d’une improvisation qui retarde la démocratie et le progrès.

Le Rwanda est un capharnaüm politique. N’est-il vrai que la politique déjoue bien souvent les scénarios trop bien préparés ? L’Histoire ne réserve-t-elle pas aux Humains des surprises ? La question de l’ex- Kigeli V est d’actualité. A quoi joue-t-il ? Quelles sont ses vraies ambitions pour le Rwanda? A-t-il la conscience de l’importance du devoir qui lui revient ? Des « lésés de la Révolution » et des « déçus de la République » sont en ordre pour soigner l’mage d’un monarque que les vainqueurs au pouvoir ont fait « transhumancer » du Kenya aux Etats Unis d’Amérique. Ils préparent les opinions publiques et le Peuple rwandais à son retour au bercail et à l’instauration de la «monarchie constitutionnelle ». Et l’alternance au « système Kagame » est vite trouvé! La vraie question est de savoir les vraies intentions de Paul Kagame, lui aussi une des victimes de la Révolution.
Le président Paul Kagame a-t-il échoué sur ce terrain où le révolutionnaire Grégoire Kayibanda et le puschiste Juvénal Habyarimana, n’ont pas réussi ? La République qui tua la monarchie serait-elle en danger mortel ? La lucidité et la perspicacité exigent d’y regarder de plus près Montesquieu n’avait-t-il pas écrit que, si la Monarchie se fondait sur l’honneur, la République ne pouvait croître que sur la vertu ? Beaumarchais n’a-t-il pas souligné que « si le déshonneur est public, il faut que la vengeance le soit aussi »? Au vrai, si les leaders républicains de la première heure ressuscitaient, ils retourneraient certainement dans leurs tombes profanées.

Y’a-t-il un scénario de sortie honorable de la crise ? Il n’est pas facile de répondre à cette question. Mais le scénario le plus probable, voire le plus plausible, est celui-ci. La réconciliation restera une affaire de propagande. Le président Paul Kagame n’introduira pas les réformes que l’opposition osera lui demander. Les opposants n’auront pas les opportunités de tester leurs propres choix politiques et de procéder aux ajustements nécessaires pour transformer le paysage politique dominé par des dirigeants en colère. Divisés et sans stratégies efficaces pour susciter le changement, ils ne resteront unis que pour dénoncer les manoeuvres du pouvoir pour se maintenir en place. Malgré l’usure du pouvoir, le président Paul sera tenté de bricoler la Constitution pour s’offrir un troisième Septennat et, au pire, un mandat à vie. Décidément, le second bail que le peuple vient de lui offrir les yeux fermés, n’est pas de nature à faire bouger les lignes.

Alphonse Bazigira
Journaliste politique.

[Musabyimana.be]

août 20, 2010   1 Comment