Tribune d'Information sur le Rwanda

L’ancien Premier Ministre Faustin Twagiramungu lance “Initiative du Rêve Rwandais”

par Faustin Twagiramungu.

Il y a plus de trois siècles et demi, le dramaturge français Pierre Corneille écrivait dans Le Cid ce qui restera vérité éternelle : « A vaincre sans péril on triomphe sans gloire ». Ce n’est pas le président Kagame qui prouverait le contraire. Lui qui après avoir mis en prison ses opposants politiques, assassiné le vice-président du Democratic Green Party Ismaïl André Rwisereka et le journaliste d’investigation, Jean Leonard Rugambage, alors que Mme Victoire Ingabire Umuhoza était assignée à résidence, Kagame a formellement fait campagne avec ses trois laquais des partis PSD, PL et PPC et s’est présenté, sans inquiétude ni remord, aux électeurs traumatisés par la peur pour se faire réélire pour un mandat de sept ans. En vérité sans concurrence, comme il se doit en démocratie, le dictateur s’est encore une fois autoproclamé Président du Rwanda.

Je condamne avec énergie et dégout cette mascarade électorale. J’interpelle aussi la communauté internationale et par ricochet la Grande Bretagne et les Etats-Unis qui, sans sourciller continuent de soutenir un criminel recherché par deux mandats internationaux afin qu’il comparaisse devant la justice internationale pour y répondre des crimes graves de terrorisme international et de crimes contre l’humanité.

Avec le soutien d’un grand nombre de mes partisans, nous rejetons la propagande « développementaliste » du dictateur Paul Kagame et les éloges fallacieux à son égard de certains Occidentaux dont il défend les intérêts dans la région et cela au détriment des intérêts de tous les peuples de la région.

Confirmer cette élection et célébrer une telle victoire d’un dirigeant criminel est une insulte à la démocratie, une consécration de l’impunité, et une injure à l’intelligence du peuple rwandais dont les sacrifices consentis ne devraient pas être échangés contre un pouvoir d’un « homme fort », mais devraient au contraire servir de commencement d’une révolution des mentalités visant à cimenter à jamais la liberté dans notre pays, seule base fondamentale de la démocratie.

De plus je suis d’avis que la démocratie est impossible et que le développement tant vanté sera fragilisé à défaut de la réalisation préalable du rêve de tout Rwandais de :

1. Mettre fin à la préoccupante question des réfugiés rwandais éparpillés dans le monde depuis 1959 jusqu’aujourd’hui et trouver une solution par tous les moyens de hâter leur retour dans leur pays où ils devraient récupérer leurs biens.

2. Mettre fin aux conflits d’origine identitaire, tout en conservant notre identité historique, et partant, trouver une solution aux violences récurrentes qui en découlent et dont les conséquences déstabilisent la région des Grands lacs, et en particulier la RDC.

3. Mettre fin au pouvoir dictatorial, affirmer la liberté d’expression et de choix des leaders, comme une valeur fondamentale et trouver un modus operandi pour établir un système démocratique basé sur le partage du pouvoir entre toutes les composantes de notre société.

4. Mettre fin à l’impunité.

Voilà « le Rêve rwandais », « the Rwandan dream ». Et ce rêve devrait impérativement être réalisé avant de vanter les mérites d’un développement artificiel qui n’est qu’une façon de masquer les questions fondamentales qui préoccupent le peuple rwandais. Il est de notre devoir et non le devoir des bailleurs de fonds de trouver des solutions à ces questions sans nous inquiéter de l’élection du dictateur Kagame ni de son mandat de sept ans.
C’est pourquoi un nombre de Rwandais dont les noms seront communiqués ultérieurement ont aujourd’hui décidé de prendre l’initiative pour mettre en place un groupe de pression pour la réalisation du rêve rwandais. Ce groupe s’appellera : Rwandan Dream Initiative / Initiative du Rêve Rwandais.
Il sera élargi à tous les pays du monde où se trouvent les Rwandais et fonctionnera au moyen d’une structure qui sera prochainement rendue publique, notamment avec les groupes régionaux sous forme de clubs de débats sur toutes les questions évoquées ci-dessus et toutes autres questions nationales et internationales. Les « Rwandan dream initiative clubs » seront autonomes, mais répondront à l’hiérarchie qui sera communiquée ultérieurement aux adhérents.
Ceci est un nouvel appel aux Rwandaises, aux Rwandais et aux amis du Rwanda consternés par le gangstérisme étatique du général Kagame au lendemain d’une scandaleuse mascarade électorale à la faveur de laquelle le dictateur ne fera que septupler sa cruauté à l’endroit des partisans de la démocratie. L’heure est à la solidarité citoyenne. Nous nous devons de relever ce défi sans baisser les bras et nous assurer que le Rêve rwandais est réalisé non seulement pour notre bien mais surtout pour le bien des générations futures.

Bruxelles, le 10 août 2010

Faustin Twagiramungu
Ancien Premier ministre
Téléphone : 0032 473 210 512

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August 11, 2010   4 Comments

Pour son ancien Premier ministre, Paul Kagame est un dictateur stalinien

Lors de la précédente élection en 2003, Faustin Twagiramungu, un Hutu, avait obtenu moins de 4 % des voix. Rencontre avec ce rescapé des massacres de 1994, devenu ensuite Premier ministre dans l’équipe Kagame, avant de s’exiler en Belgique.
Faustin Twagiramungu

Le Vif/L’Express : L’ambiance électorale a été marquée par des assassinats et une tentative d’assassinat contre un général en exil… Qui est le commanditaire ?

Faustin Twagiramungu : C’est Paul Kagame en personne. Si ce n’est pas lui, cela voudrait dire qu’il a perdu le contrôle de la sécurité, et donc un des arguments principaux pour lesquels les bailleurs de fonds le soutiennent. Mais aujourd’hui, les Rwandais ne veulent plus du régime de M. Kagame, que j’assimile à un dictateur de type stalinien. Aussi, je suis sidéré d’apprendre que l’UE va octroyer 5 millions d’euros pour un scrutin qui ne sera qu’une mascarade.

Kagame n’a-t-il pas aussi d’authentiques supporters, qui saluent ses actions pour le développement du pays ?

C’est vrai que Kagame assure la sécurité du pays depuis un certain temps. Mais à quel prix ? Au prix des crimes de génocide commis au Congo, des assassinats de leaders ? Rappelons-nous Seth Sendashonga, assassiné en 1998 au Kenya. Et puis, quelle est cette sécurité qui ne m’autorise pas à prendre la parole dans mon propre pays ? On dit partout que la croissance est au rendez-vous, mais à quoi bon si les Rwandais n’ont pas la liberté ?
Pourquoi Kagame garde-t-il le soutien des bailleurs de fonds ?

Parce qu’il a trompé l’Occident. C’est un homme très organisé, à l’apparence calme et pondérée, mais spécialiste en dissimulation. Personne ne pose la question de savoir comment il a gagné la guerre en 1994 ni pourquoi il a empêché les Occidentaux d’intervenir pour arrêter le génocide. Comment les Européens peuvent-ils soutenir un individu qui a très certainement abattu l’avion de son prédécesseur ? Un criminel pourrait-il se présenter à des élections en Occident ? La réponse est non.

En 2003, pourquoi êtes-vous rentré d’exil pour défier Kagame ?

C’était pour tester la démocratie dans mon pays. En fait, Kagame, qui venait de mettre en prison son prédécesseur Pasteur Bizimungu, n’était pas prêt pour cet exercice. Il était loin d’avoir gagné le scrutin d’avance et il a donc fallu falsifier les urnes. A Cyangugu, là où je suis né et où on m’apprécie, j’ai obtenu 0,16 % des voix ! Et Kagame, qui n’était pas là depuis dix ans, faisait directement 90 % ! Je pourrais vous détailler tout ce que j’ai vécu alors : intimidations, menaces, perquisitions…

Si Victoire Ingabire était autorisée à participer au prochain scrutin, aurait-elle des chances ?

Je ne crois pas. Elle n’aurait jamais la confiance de l’armée, qui reste contrôlée par les Tutsi venus d’Ouganda.

Le génocide de 1994 ne justifie-t-il pas des anomalies à la démocratie telle qu’on la connaît en Occident ?

Aujourd’hui, certains prétendent que les Tutsi doivent garder le pouvoir pour éviter un nouveau génocide. Cela fait de tous les Hutu, y compris moi qui suis un rescapé, des génocidaires potentiels, ce qui est du pur racisme. En aucune façon, le génocide ne peut être une raison pour écarter les Hutu, encore moins pour commettre d’autres crimes.

ENTRETIEN : F.J.O.
[LeVif]

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August 11, 2010   1 Comment