2010 septembre — Rwandinfo_FR
Tribune d'Information sur le Rwanda

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Video – Rwanda: déposition au TPIR d’Abdul Ruzibiza

Déposition au TPIR d’Abdul Ruzibiza (9 mars 2006).
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septembre 30, 2010   No Comments

Au Secrétaire Général de l’ONU: Ne couvrez pas les assassins, publiez l’integralité du rapport Mapping sur le génocide des Hutus au Congo

par Pasteur Buangi Makebo Puati.

Concerne : Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves de droits de l’homme et du droit humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République Démocratique du Congo

A Monsieur le Secrétaire Général des Nations Unies
Ban Ki-Moon
Siège des Nations Unies
10017 New York
USA

Lausanne, le 14 septembre 2010

Monsieur le Secrétaire Général,

Permettez-moi de vous adresser cette lettre ouverte à la veille de la publication officielle du Rapport du Projet Mapping concernant les violations les plus graves de droits de l’homme et du droit humanitaire commises entre mars 1993 et juin 2003 sur le territoire de la République Démocratique du Congo. Le signataire de la présente lettre que je suis n’est pas seul, des millions de Congolaises et de Congolais à travers le monde se reconnaissent dans ma démarche.

La République Démocratique du Congo, mon pays, est entrée dans ce présent siècle dans les larmes et le sang. Théâtre des pires crimes commis depuis la Seconde Guerre mondiale, la RD du Congo a non seulement été ignorée par la communauté internationale depuis plus d’une décennie, mais pire, elle a été victime d’un vaste complot dont les racines trouvent leur source dans la voracité de grandes démocraties occidentales et leurs ramifications sous-traitantes et criminelles opérant depuis Kigali, Kampala et Bujumbura.

Après une longue dictature de plus de trente ans qui avait fini par anémier l’économie du Congo-Zaïre, désorganiser les structures politiques et sociales, mis à bas la capacité de défense de toute une nation, nous avions pensé à tort que les assisses de la Conférence Nationale Souveraine CNS) allaient enfin nous sortir du cauchemar du régime du Maréchal Mobutu. Il n’en fut rien.

Les puissances extérieures qui nous tiennent dans les chaînes depuis 5 siècles et prétendent, à chaque carrefour de notre histoire, détenir les bonnes solutions pour notre peuple ont, en 1996, usé de leur prestige politique, de leur pouvoir financier et de leur puissance militaire pour armer des pays voisins dans une organisation hétéroclite composée de l’Alliance des Forces Démocratiques de Libération (AFDL), de l’Armée Patriotique Rwandaise (APR) et les Forces Armées Burundaises (FAB) avec à sa tête un faire-valoir Congolais, le nommé Laurent-Désiré Kabila. Assassiné très rapidement en janvier 2001 parce qu’il ne voulait plus poursuivre la réalisation du plan d’asservissement du peuple congolais et du pillage systématique de son pays par des puissances étrangères, « Joseph Kabila », un homme incompétent, au passé flou, à la biographie déficitaire a été, sans processus démocratique, placé à la tête du Congo. En 2006, soit cinq ans plus tard, à la suite d’un scrutin truqué, organisé par l’étranger avec l’argent de l’étranger, M. « Joseph Kabila » fut adoubé et légitimé. Le seul mérite de cet homme c’est de ne pas comprendre et maîtriser les grands enjeux internationaux pour mieux défendre les intérêts des Congolais et la place de la RD du Congo sur l’échiquier mondial.

La guerre déclenchée en 1996 par la coalition AFDL/APR/FAB n’a véritablement jamais pris fin. La terreur exercée sur les populations réfugiées hutu et congolais autochtones a depuis longtemps dépassé tout ce que j’ai pu voir d’atroce que l’homme puisse commettre. Nous, Congolaises et Congolais, avons longtemps crié dans le désert. Personne ne nous entendait. Le gouvernement congolais a brillé par son incapacité à sécuriser nos populations. Il a multiplié les signes de sa complicité avec les pays agresseurs dont le Rwanda en intégrant les unités militaires rwandaises au sein de l’armée nationale. C’est ainsi qu’en janvier 2009, un criminel comme BOSCO NTAGANDA a rejoint l’armée congolaise en dépit du mandat d’arrêt de la CPI lancé contre lui en date du 22 août 2006. De même, LAURENT NKUNDABATWARE, après avoir longtemps sévi et endeuillé plusieurs milliers de familles congolaises et hutu, a été mis à l’abri par le gouvernement rwandais, sans que son compagnon d’arme, le nommé « JOSEPH KABILA », président de la RD du Congo n’exige son extradition pour qu’il soit jugé à Kinshasa. La Monusco, la mission de maintien de la paix la plus importante de toute l’histoire de l’ONU, dépêchée sur le terrain, a montré ses limites et ses failles. La dernière preuve patente en date c’est le viol en une nuit de plus de 200 femmes et fillettes à LUVUNGI par des bandes armées à quelques kilomètres d’une base des Casques Bleus.

Le Rapport du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme à paraître en octobre prochain, et dont la fuite nous a fait connaître le contenu, montre l’étendue des crimes commis en RD du Congo de mars 1993 à juin 2003. L’implication de l’Armée Patriotique Rwandaise dans ces crimes est clairement démontrée. La chasse et l’abattage systématique des réfugiés hutu en territoire congolais par l’APR/AFDL sont eux aussi étayés par des témoignages fiables. Nous savons aussi qu’en comptant plus largement, les réfugiés hutu de 1994 en RD du Congo n’ont jamais dépassé les 2 millions. Or l’organisation Human Watch Rights fait état de plus de 5,4 millions de morts dans l’Est de la RDC depuis que le président Kagame avait lancé ses troupes à l’intérieur des frontières congolaises en 1996. Il devient donc clair que les hutu n’étaient pas les seules victimes de la politique génocidaire du président Kagame. Les Congolais ont payé et paient encore aujourd’hui le plus lourd tribut des atrocités de l’APR/AFDL au Kivu et de l’armée ougandaise et sa rébellion, le LRA dans l’Ituri.

Monsieur le Secrétaire Général,

Permettez-moi d’évoquer une question importante souvent oubliée par la plupart des observateurs et analystes de la situation dramatique qui prévaut dans la région des Grands Lacs africains. L’univers idéologique du président Paul Kagame trouve sa substance fondamentale dans l’anthropologie du 19ème siècle. Avant l’arrivée au pouvoir d’Adolf Hitler en Allemagne, les théories qui ont engendré le nazisme étaient déjà appliquées aux populations colonisées d’Afrique, d’Amérique et d’Asie et ne choquaient personne en Occident. Au Rwanda, colonie allemande puis belge, ces théories raciales avaient persuadé les Tutsi, Nilotiques, qu’ils étaient supérieurs aux Hutu, Bantous. Par son nez aquilin, ses lèvres moins charnues, la finesse de son visage et la forme de sa tête, le Tutsi était déclaré plus proche de l’homme parfait, le Blanc, Européen et chrétien et donc plus intelligent que le Hutu. Les Tutsi avaient fini par intérioriser cet enseignement et ont méprisé et infériorisé les Hutu. Le président Kagame croit encore à cette idéologie, raison pour laquelle dans les attaques qu’il avait initiées en 1990 depuis l’Ouganda contre son propre pays, il avait jugé que les Tutsi touchés par les incursions de son armée ne méritaient pas d’être plaints parce que appartenant à une « race supérieure », ils avaient accepté de rester au Rwanda en 1959 sous un pouvoir des « ibicucu », des gens inintelligents, des idiots et donc sans valeur, les Hutu.

Dès lors, s’éclaire d’un jour nouveau le passage ci-après tiré du Rapport du Projet Mapping du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme sous le point 515 :

« On relève également dans ces « discours de sensibilisation » tenus au Nord-Kivu une incitation à la population à chercher, tuer ou aider à tuer les réfugiés hutu rwandais qu’ils appelaient « les cochons ». Cette terminologie aurait été d’utilisation générique pendant les opérations dans cette région ».

Cette essentialisation des populations bantoues est ressortie lors de la Deuxième guerre d’août 1998-janvier 2001 en RDC. Dans les rangs de l’APR, les Congolais étaient appelés « des babouins ». En bestialisant ainsi les populations bantoues, ceux qui s’étaient donnés pour mission d’exterminer les Hutu et les Bantous du Congo s’étaient du coup immunisés contre tout sentiment de culpabilité dans leur entreprise génocidaire. Selon eux, ils ne tuaient pas des êtres humains semblables à eux mais des bêtes, sinon des êtres inférieurs. La requalification à la baisse des crimes commis en RDC réclamée par le gouvernement de M. Kagame et l’impunité qui pourra s’en suivre renforceraient et pérenniseraient davantage dans la région cette idéologie d’un autre âge. Une telle perspective ne serait que plus explosive et compromettante dans la recherche d’une paix durable dans les Grands Lacs africains.

Le Rapport du Projet Mapping du Haut Commissariat des Nations Unies aux Droits de l’Homme a le mérite de mettre en lumière, entre autres, que l’opération militaire AFDL/APR/FAB était une entreprise criminelle à plusieurs étages. Le terme de « génocide » utilisé dans ce Rapport et qui provoque l’ire du président Kagame résulte du constat des crimes et de leur caractère par l’Equipe du Mapping. Certes, un Tribunal devra se déterminer dans la qualification de tous ces crimes, mais la suggestion de l’Equipe Mapping est un constat conclusif obéissant à des critères définis par l’article 6 du Statut de Rome de la CPI qui stipule : « Aux fins du présent Statut, on entend par crime de génocide l’un quelconque des actes ci-après commis dans l’intention de détruire, en tout ou partie, un groupe national, ethnique, racial, ou religieux, comme tel : a) Meurtre des membres du groupe ; b) Atteinte grave à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ; c) Soumission intentionnelle du groupe à des conditions d’existence devant entraîner sa destruction physique totale ou partielle ; d) Mesures visant à entraver les naissances au sein du groupe ; e) Transfert forcé d’enfants du groupe à un autre groupe ».

A la lecture du Rapport du Projet Mapping, on ne saurait s’empêcher de voir des similitudes entre la définition du Statut de Rome de la CPI ci-dessus et un certain nombre des crimes décrit dans le Rapport du Projet Mapping. Il n’appartient donc pas à l’ONU de céder au chantage du président Kagame et d’opérer des changements de terminologie pour satisfaire le gouvernement rwandais. L’ONU est-elle prête à assumer cette honte à la face du monde ? Rappelons que nous ne sommes pas dans le domaine de la cosmétique ni dans celui de la chirurgie esthétique. Il s’agit des vies humaines fauchées par un pouvoir établi avec une volonté idéologique d’extermination systématique et planifiée d’une population ciblée en fonction de son appartenance ethnique. Les peuples hutu et congolais ont droit à la justice et le président Kagame qui a toujours brandi le génocide tutsi doit comprendre qu’il n’est pas le seul capable de s’émouvoir devant l’épuration ethnique dirigée contre les siens. Le lifting éventuel de ce Rapport signerait le discrédit des Nations Unies aux yeux des Congolais, des défenseurs des droits humains dans le monde et des nations éprises de paix.

Les Congolais conscients du caractère maffieux des rapports existant entre certains hauts dirigeants politiques et militaires de la RDC et le régime de M. Kagame n’attendent rien du gouvernement congolais, dont un grand nombre d’animateurs sont issus des groupes armés tels que l’AFDL, le RCD ou le CNDP et susceptibles de poursuites judiciaires selon le Rapport du Projet Mapping. Malgré des déclarations antérieures telles que celle faite par M. « Joseph Kabila » dans son discours prononcé devant l’Assemblée générale de l’ONU lors de sa cinquante-huitième session, à la 10e séance plénière, disant : « la RDC croit à l’établissement d’un Tribunal pénal international pour la RDC pour faire face aux crimes de génocide, crimes contre l’humanité, y compris le viol utilisé comme instrument de guerre et les violations massives des droits de l’homme », les Congolais dans leur ensemble savent qu’il n’y a aucune volonté politique dans le chef du gouvernement de la RDC pour la création d’une telle juridiction. Si, comme il le dit, la RDC, c’est-à-dire les Congolaises et les Congolais, y croit, le président actuel de la RDC n’y croit pas et n’a aucun moyen d’y croire. Faut-il le rappeler ? M. « Joseph Kabila » a servi dans l’AFDL et a été entre autres à la tête des troupes qui ont commis des massacres à Kisangani. Comment voulez-vous que dans ces conditions le président de la RDC impulse son gouvernement pour que justice soit rendue à celles et ceux-là mêmes qu’il a contribué à massacrer ?

Complices dans le crime avec l’APR de M. Kagame, le chef de l’exécutif de la RDC entraînera son gouvernement à récuser le Rapport qui reconnaît enfin et exhume aux yeux du monde les crimes commis contre les Congolaises et les Congolais. Souffrez donc, Monsieur le Secrétaire Général, que je vous dise que la voix du gouvernement congolais allant dans le sens d’une retouche voire d’un rejet du Rapport du Projet Mapping ne reflète pas la volonté du peuple congolais et n’engage en rien ce dernier. N’est-il pas surprenant et incompréhensible que les autorités d’un pays lacéré et humilié de toute part par des armées étrangères se livrent à une critique en règle d’un Rapport qui ouvre enfin la voie de la justice et de la reconnaissance pour leurs propres populations ? Non, les représentants du FPR grimés en Congolais et les courtisans congolais placés à la tête de notre pays ne peuvent pas crier la soif de justice qui nous habite nous Congolaises et Congolais. Ils sont incapables de relayer et de donner une résonance exacte de la colère et de la rage contenues dans nos cœurs. Ils ne sont pas à même de traduire dans les faits la volonté du peuple congolais de laver l’affront et l’humiliation qui lui sont faits depuis 15 ans ! La préoccupation actuelle du gouvernement de M. « Joseph Kabila » est la même que celle de ses compères de crime à Kigali ; sauver sa peau et de ce fait son pouvoir, la justice en faveur du peuple congolais étant le cadet de ses soucis.

Monsieur le Secrétaire Général, voici ce que le peuple congolais attend de l’ONU et qu’il crie du fin fond de nos campagnes de Beni-Lubero, de Luberizi, de Luvungi, de Kiwanja, de Bunia, de l’Ituri… et que je vous transmets par écrit en lettres majuscules :

RENDEZ ENFIN JUSTICE AU PEUPLE CONGOLAIS ET A TOUTES LES VICTIMES EXTERMINÉES EN R.D.C. QUE TOUS LES COMMANDITAIRES ET SOUS-TRAITANTS PHYSIQUES ET MORAUX, OCCIDENTAUX, AFRICAINS ET AUTRES, DE L’ENTREPRISE CRIMINELLE PERPÉTRÉE EN RDC SOIENT JUGÉS. LA REQUALIFICATION À LA BAISSE DE CES CRIMES CONSTITUE EN ELLE-MÊME

UN CRIME, UN MÉPRIS POUR LES VICTIMES ET LEURS FAMILLES ET UNE HUMILIATION POUR LE PEUPLE CONGOLAIS.

C’est la seule et unique voie pouvant nous conduire à la paix et à la réconciliation dans la région des Grands Lacs africains qui saigne depuis trop longtemps.

Selon l’orientation que vous prendrez, Monsieur le Secrétaire Général, l’histoire vous jugera, les Congolaises et les Congolais ainsi que le monde entier prendront acte des suites que vous donnerez aux souffrances de notre peuple. Car, pour nous, aucun intérêt ni aucune autre considération ne doit bafouer le droit à la justice de tant de vies d’hommes et de femmes supprimées en République Démocratique du Congo par la soif de pouvoir absolu et de suprématie ethnique et idéologique d’une poignée d’hommes.

Veuillez agréer, Monsieur le Secrétaire Général, mes salutations distinguées.

Très haute considération.
Pasteur Buangi Makebo Puati.

septembre 29, 2010   1 Comment

Rwanda: Attentat contre Habyarimana – Interrogatoire complet d’Abdul Ruzibiza avant sa mort

Voici un article publié par Alain Léauthier dans le magazine Marianne2 sous le titre “Rwanda : arrêtons l’hémiplégie!”

Les révélations de Marianne2 sur le témoignage d’Abdul Ruzibiza ont été qualifiées de manipulations par l’avocat d’un proche de Kagame, et ignorées par bien des médias. Marianne2 persiste et signe et publie la totalité de l’interrogatoire dont il est question.

Donc Marianne2 manipule. L’information, les documents et ses chers Marionnautes. Celui qui nous  insulte ainsi est un avocat répondant au nom de Maingain, prénom Bernard, conseil  d’une dignitaire du dictateur rwandais Paul Kagamé.

Me Bernard Maingain n’a pas aimé l’article en ligne du 23 septembre dernier dans lequel nous relations le décès de Joshua Ruzibiza, le témoin clef dans l’attentat contre l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana. Ancien militaire tutsi, Ruzibiza, rappelons-le, a plusieurs fois accusé ses ex compagnons du Front patriotique rwandais(FPR) le mouvement de Kagamé, d’être les instigateurs de cet événement dramatique ayant déclenché le génocide de 1994. Il s’était un temps rétracté, ruinant ainsi pour beaucoup la crédibilité de la procédure de l’ex-juge anti-terroriste Jean-Louis Bruguière. Saisi après la plainte déposée par les familles de l’équipage français du Falcon 50 d’Habyarimana, le magistrat avait délivré dix mandats d’arrêts internationaux contre des proches de Kagamé, provoquant la rupture des relations diplomatiques entre la France et Kigali.

Le 15 juin dernier,  Ruzibiza avait finalement expliqué les raisons de son parjure temporaire aux juges Marc Trevidic et Nathalie Poux, les successeurs de Bruguière, venus l’entendre à Oslo où il était réfugié. « La réponse générale est liée à ma sécurité personnelle et à celle de témoins. » Et bien pour l’avocat Maingain cette réponse n’a visiblement aucune importance. « Nous perdons quelqu’un qui pouvait donner des explications très intéressantes sur les manipulations de l’enquête à l’époque Bruguière »  a-t-il tempêté à l’AFP. Le méchant Bruguière encore et toujours…

Le procès-verbal d’audition de Joshua Ruzibiza fait onze pages – nous reproduisons in extenso ci-dessous les dix premières pages en sus de la onzième déjà publiée) dans lesquelles le défunt confirmait point par point ses précédentes déclarations sur l’implication de plusieurs haut responsables du FPR. Qu’en a retenu Me Maingain ? Rien. Deux solutions alors. Ou l’homme de robe ne sait pas lire. Ou il ignorait l’existence de ce document quand il s’est exprimé. Si c’est encore le cas, nous sommes heureux de lui apporter deux informations qui, sans affecter sur le fond la gravité des accusations de Ruzibiza, illustrent la complexité de cet épisode du feuilleton rwandais.

La principale concerne la cliente de l’avocat, Rose Kabuye, la directrice de protocole de Kagamé, une ancienne militaire de haut rang du FPR que Bruguière souhait entendre comme neuf autres cadres du Front soupçonnés d’avoir pu participer à l’attentat : Ruzibiza la met clairement hors de cause. La seconde a trait au comportement de l’ancien magistrat anti-terroriste. A Oslo, lors de la même audition,  Ruzibiza indique que dans le passé Bruguière ne l’avait pas vraiment interrogé mais s’était contenté de savoir s’il confirmait ou pas ses précédentes déclarations à la police, en l’occurrence à l’officier judiciaire Pierre Payebien. Peut-on en l’espèce accuser de manipulation et Me Maingain n’aurait-il pas parlé un peu trop vite ?

On ne pourra pas faire ce reproche à la journaliste belge Colette Braeckman, grand reporter du Soir où elle « couvre » depuis longtemps la région des Grands Lacs. Colette Braeckman a toujours tenu l’instruction de Bruguière pour une fumisterie et le témoignage de Ruzibiza pour peu sinon pas du tout crédible. Mais au moins connaît-elle l’histoire et ses acteurs. A l’évidence, Colette Braeckman a eu aussi accès au procès-verbal de Ruzibiza, ce qu’elle traduit d’une étrange formule « d’après certains échos de son audition… » La journaliste en retire un élément  à ses yeux capital et censé décrédibiliser tout le reste : contrairement à ses affirmations initiales, à Oslo Ruzibiza avoue qu’il n’était pas à proximité des  lieux de l’attentat le 6 avril 1994 mais à 90 kilomètres de Kigali, au nord du Rwanda où il faisait partie « du peloton ( du FPR, ndlr) qui surveillait un dépôt d’armes. »

En fait  Ruzibiza justifie longuement, et en détail, cette « invention » : en se mettant en scène personnellement, et faussement, il entendait  protéger l’homme qui lui a fourni une grande partie des informations relatives à la préparation et l’exécution de l’attentat. Ce « Monsieur A », ainsi que les juges Trevidic et Poux décident de le nommer par commodité, est uns des cinq membres du FPR qui auraient tiré les missiles sur le Falcon 50. Comme précédemment, Ruzibiza communique à nouveau les noms des  participants à l’ensemble du « process » devant aboutir à l’exécution d’Habyarimana (voir l’intégralité du PV que nous publions ci-dessous). Certains émanent directement des confidences de Monsieur A ou proviennent d’autres  sources dont il préfère préserver l’anonymat, ce qui au vu du contexte de terreur régnant aujourd’hui à Kigali peut se comprendre. Pures élucubrations pour la journaliste belge dont la religion est faite : Ses « précisions confirment ce que les supérieurs hiérarchiques de Ruzibiza, dont James Kabarebe aujourd’hui ministre de la Défense,  ont toujours affirmé : il ne se trouvait pas sur les lieux au moment de l’attentat et sa place dans la hiérarchie, les fonctions auxquelles il était affecté ne lui permettaient pas d’avoir accès à des informations ultra sensibles. » Traduction : Ruzibiza a forcément menti puisque ceux-là mêmes dont il dénonce le rôle l’affirment… Prudente, notre consoeur reconnaît que « Ruzibiza n’est pas le seul à avoir entendu des membres du FPR revendiquer d’avoir abattu l’avion. » Pour elle il s’agirait, en quelque sorte, d’une forme de légende urbaine alimentée par des combattants de base, dans l’euphorie de la victoire…

Pour Colette Braeckman et quelques autres, tout ce qui semble impliquer la responsabilité, même partielle, du FPR dans le drame de 1994, n’est que légende : la longue enquête de Bruguière, ses centaines de pages de conclusions, et peut être demain celles des juges Trevidic et Poux si elles ne vont pas dans le « bon sens ». Il est difficile de changer de vérité. D’autres journalistes, qui partagent la sienne, n’ont même pas pris la peine de consacrer la place qu’elle méritait à la mort de Rusibiza et à son ultime audition.

A Marianne, nous avons toujours pensé que  s’interroger sur le rôle du FPR dans la montée des tensions avant 1994 ne signifiait pas absoudre les extrémistes hutus, au nom d’une imaginaire théorie du double génocide, inventée pour être mieux dénoncée par ceux qui veulent tout simplement empêcher le débat. Nous estimons que ne pas participer au procès univoque d’une armée française, bras armé des massacreurs, n’empêche pas de questionner la politique de la France dans la région. Hier et aujourd’hui quand le VRP Nicolas Sarkozy se rabiboche avec le régime de Kagamé au moment où l’ONU dénonce les « crimes contre l’humanité » auxquels l’armée de ce dernier s’est livrée dans l’ Est du Congo.

Marianne2 tente d’avancer sous l’égide de cette belle phrase d’Albert Camus : « Le goût de la vérité n’empêche pas de prendre parti ». Encore faut-il s’y risquer à bon escient et, quand la réalité donne beaucoup à voir,  plutôt avec les deux yeux grands ouverts.

Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !
Rwanda : arrêtons l'hémiplégie !

[Marianne 2]

septembre 28, 2010   2 Comments

Rwanda Exclusif: avant de mourir, le témoin Abdul Ruzibiza avait encore dénoncé Kagame

La mort du témoin Abdoul Ruzibiza ne sera pas la bonne nouvelle escomptée pour Kigali. Avant de succomber, ce dernier a expliqué qu’il avait subi les pressions et les menaces des hommes de Kagame. Explications et document.

Abdul Ruzibiza

Le régime de Paul Kagame aurait bien aimé l’envoyer au septième ciel mais les tueurs du dictateur rwandais n’auront même pas à se salir les mains : Abdoul Ruzibiza a succombé à une maladie du foie à Oslo où il était réfugié. Ce nom ne dit évidemment rien à ceux qui ne sont pas familiers avec tous les rebondissements de l’interminable feuilleton rwandais. Et pourtant le défunt aura joué un rôle décisif dans la rupture des relations diplomatiques entre la France et Kigali à l’automne 2006 : c’est lui qui accusa ses anciens compagnons du Front patriotique rwandais (FPR), le mouvement de guérilla de Kagame, d’avoir organisé l’attentat contre l’avion du président hutu Juvénal Habyarimana, événement déclencheur du génocide de 1994.

Du coup, Ruzibiza se trouvait au cœur de la procédure de l’ancien juge Jean-Louis Bruguière, chargé de l’enquête ouverte après la plainte déposée par les familles de l’équipage français du Falcon 50 d’Habyarimana. Sans se soucier des conséquences diplomatiques, le magistrat anti-terroriste n’avait alors pas hésité à délivrer dix mandats d’arrêt contre de hauts responsables rwandais. Une offense inacceptable pour Kagame qui snoba et mobilisa contre la France pendant plus de trois ans avant de renouer récemment le fil à la demande pressante de son « ami » Bernard Kouchner.

Double revirement

Pendant cette période, une partie de la presse française (Libération et le Nouvel Observateur notamment) et internationale n’eut de cesse de dénoncer le parti pris supposé de Bruguière, la fragilité, voire l’absurdité des témoignages dont il disposait. Ils exultèrent quand, en novembre 2008, Abdoul Ruzibiza effectua un revirement inattendu, qualifiant « d’invention » ses précédentes dépositions, notamment l’existence d’un Network Commando chargé de l’attentat contre Habyarimana. Plus grave, il accusa  Bruguière d’avoir voulu l’instrumentaliser.

Le 22 septembre,relatant le décès  dans le quotidien belgeLe Soir, Colette Braeckman, figure de proue des journalistes convaincus que l’enquête de Bruguière n’était qu’une machination dénuée de tout fondement, semble presque soulagée. Elle note que la disparition de Ruzibiza intervient alors qu’une récente mission à Kigali des juges d’instruction français Marc Trevidic et Nathalie Poux, les successeurs de Bruguière a « pulvérisé certaines constructions intellectuelles… ». Il manque juste au grand reporter du Soir une information capitale : au mois de juin dernier, entendu par le juge Trevidic, Abdoul Ruzibiza  a confirmé l’intégralité de ses toutes premières dépositions sur l’implication de plusieurs membres du FPR dans l’attentat.

Pourquoi  s’être alors parjuré en 2008 ? « La  peur, la trouille d’être supprimé, explique Pierre Péan, l’auteur de « Noires fureurs, blancs menteurs » qui  fût l’un des tous premiers à prendre au sérieux les déclarations de Ruzibiza. Le journaliste a eu accès au verbatim du défunt (voir document ci-dessous). Il est on ne peut plus clair : « Pourquoi êtes vous revenu au cours de diverses entrevues sur le contenu de vos auditions en France », interroge le juge. « La réponse générale est liée à ma sécurité personnelle et à celle de certains témoins. » Hélas pour Colette Braeckman et quelques autres, la mort d’Abdoul Ruzibiza n’est pas une fin. La bataille pour la vérité continue. Quelle qu’elle soit.

Exclusif: avant de mourir, le témoin pro-Kigali avait dénoncé Kagame

[Marianne2]

septembre 24, 2010   5 Comments

Abdul Ruzibiza, témoin clé de l’attentat contre l’avion du President Rwandais Habyarimana, est mort

L’un des témoins clés dans l’affaire de l’attentat contre l’avion du Président Rwandais Habyarimana, Abdul Ruzibiza, est décédé en Norvège où il était réfugié. Simple infirmier au sein de l’Armée patriotique rwandaise, Ruzibiza, se présentant comme un témoin de premier plan de l’attentat perpétré le 6 avril 1994, avait mis en cause la hiérarchie du Front patriotique rwandais et accusé l’actuel président Paul Kagame.
Son témoignage avait inspiré en France de nombreux articles de presse et plusieurs ouvrages accusant le Front patriotique rwandais, actuellement au pouvoir, d’avoir commis l’attentat et ainsi précipité le génocide. Mais surtout, la déposition d’Abdul Ruzibiza avait servi de pièce maîtresse à l’acte d’accusation dressé par le juge Bruguière. Ce dernier, se fondant sur le témoignage du transfuge, avait émis neuf mandats d’arrêt contre de hauts responsables rwandais, ce qui avait provoqué la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali.

Une autre pièce d’information montre qu’avant de mourir, le témoin Abdul Ruzibiza avait encore dénoncé Kagame:
Pourquoi êtes vous revenu au cours de diverses entrevues sur le contenu de vos auditions en France », interroge le juge. « La réponse générale est liée à ma sécurité personnelle et à celle de certains témoins. »

Par la suite, la roue avait tourné : Ruzibiza était revenu sur son témoignage, comme d’autres témoins à charge rwandais et tous avaient assuré qu’ils avaient été manipulés.

Cette année, à l’initiative de Bernard Kouchner les relations diplomatiques ont été rétablies entre la France et le Rwanda, deux autres juges d’instruction, Marc Trevidic et Nathalie Poux, ont repris l’enquête à zéro et se sont rendus sur le terrain où ils ont eu toute latitude pour travailler. Quant à Ruzibiza, il avait eu un premier contact avec le nouveau juge d’instruction, et, demeuré très discret, il avait expliqué qu’en dire plus était très dangereux.
L’ancien infirmier, qui, après avoir fui le Rwanda s’était réfugié à Kampala où nous l’avions rencontré, avait été amené en France où il avait été présenté à des journalistes, des sociologues spécialistes du Rwanda qui avaient “expertisé” et validé son témoignage. Et surtout, ce témoin providentiel avait été amené dans le bureau du juge Bruguière, qui avait fait de son récit le pilier de son acte d’accusation contre neuf hauts dirigeants du FPR. S’il avait été interrogé plus avant, Ruzibiza aurait pu expliquer par quelles filières il était passé et qui l’avait encouragé à formuler l’accablante déposition, sur laquelle il allait revenir par la suite.
En Norvège, M. Ruzibiza semble avoir été emporté par une maladie du foie (à l’instar de l’un des témoins clés du procès Ntuyahaga à Bruxelles). Les avocats des inculpés rwandais, Mes Lev Forster et Bernard Maingain ont décidé de demander une expertise afin de déterminer les causes exactes du décès de l’ancien caporal infirmier de Byumba, qui en savait à la fois trop et pas assez.

Colette Braeckman

septembre 24, 2010   No Comments

Rwanda: Le vent du changement est là et Kagame a peur

«Le vent du changement est là»

Alors que le Comité des droits de l’Homme des Nations unies est sur le point de publier la version finale d’un rapport sur les massacres au Congo de 1993 à 2003, la rwandaise Victoire Ingabire Umuhoza poursuit son combat à Kigali, à la tête de l’opposition démocratique de son pays, pour la vérité, contre l’impunité, et en faveur d’une effective réconciliation entre Tutsis et Hutus.

par David Broman

Alors que l’on dispose de si peu d’informations précises sur les dessous du génocide des Tutsis qui a eu lieu au Rwanda en 1994, on en sait encore moins sur les massacres ethniques à caractère génocidaires perpétrés ensuite par les Tutsis contre les Hutus réfugiés en République démocratique du Congo (ex-Zaïre). Aujourd’hui, ces deux chapes de plomb, imposées manu militari par le général-président rwandais, Paul Kagame, sont lentement mais sûrement en train de se désintégrer…
«Ce rapport représente pour le peuple rwandais un réel espoir de changement. Tant que l’on ne peut pas parler des crimes commis par les deux camps, tant que l’impunité d’un camp subsiste, toute réconciliation entre communautés sera impossible.»
Victoire Ingabire Umuhoza, présidente des forces démocratiques unies (FDU), principal parti d’opposition démocratique au régime de Kagame, demande depuis des années que l’on enquête sur tous les crimes perpétrés par des Rwandais, et pas seulement les auteurs du génocide des Tutsis. Si elle a été arrêtée en avril dernier et si elle n’est pas libre de ses mouvements aujourd’hui, c’est qu’en exigeant que l’on poursuive les auteurs des «crimes à caractère génocidaire» commis sur les réfugiés hutus au Congo, elle s’est exposée à la grave accusation de «négationisme», de «minimisation du génocide» et de «collaboration avec une organisation terroriste».
«Depuis avril je suis sous contrôle judiciaire. Mais les accusations contre moi sont non fondées ce qui fait que mes accusateurs n’amènent pas le dossier devant la justice. Je ne peux donc pas quitter Kigali – je peux sortir, aller au marché, au restaurant, mais toujours suivie de militaires et de policiers en civil. Toute participation à une réunion avec mes collaborateurs politiques m’est interdite. Je ne peux pas retrouver mon mari et mes enfants aux Pays-Bas. Deux fois par mois je dois me présenter au bureau du procureur, qui n’arrive toujours pas à m’accuser formellement. Cette situation peut durer dix ans…»
Et la fuite?
«Fuir signifierait abandonner la lutte politique. En effet, je ne pourrai rien changer, ni responsabiliser les gens ici si je me trouve à des milliers de kilomètres. Au moins le peuple sent que je suis là – j’arrive à m’exprimer et me faire entendre grâce aux médias internationaux. Je suis en quelque sorte le porte-parole des sans-voix et je sais que la population m’écoute.»

«Kagame a peur»

Que penser des bons résultats économiques du gouvernement Kagame?
«On ne peut pas dire que l’économie aille bien. La croissance spectaculaire du PIB symbolisée par l’essor de Kigali, n’est qu’une couverture cosmétique. À côté des 2% de riches qui prennent tout, il y a 98% de pauvres à la rue. Il s’agit là d’une source d’instabilité qui va croissant. Le FPR (ndlr: Front patriotique rwandais, le parti de Kagame) a la mainmise sur l’appareil économique, ce qui étouffe toute créativité et progrès solide. La réalité se résume en une mauvaise gestion généralisée pour tenter de participer aux marchés mondiaux, quitte à casser les marchés locaux. Voyez la tentative complètement ratée de remplacer, dans le Sud-Ouest, la culture de la pomme de terre répondant à une demande locale, par le maïs destiné à l’exportation mais qui s’entasse faute de transports…».
Et la situation ethnique?
«En ne poursuivant les coupables que d’une communauté, les Hutus, et en garantissant l’impunité aux membres de sa propre communauté, Kagame déplace le problème aux générations futures. Prenez par exemple les enfants des génocidaires en prison qui doivent vendre leur maison, vivre à la rue, sans scolarité afin de payer les victimes de leurs parents. Cela crée des conflits durables entre les enfants. Non, il faut que tous assument leurs responsabilités. La réconciliation ne pourra se faire qu’à cette condition.»
Politiquement cela signifie quoi concrètement? Juger Kagame?
«Nous demandons à disposer d’un espace politique ouvert à l’opposition permettant des discussions avec le gouvernement en place. Kagame, dont le pouvoir se désintègre de jour en jour, sait que sa place est en prison, il a donc peur de perdre le pouvoir. Mais le juger, cela va-t-il résoudre les problèmes du Rwanda? Nous exigeons plutôt qu’il accepte de donner un espace à l’opposition. Le régime doit accepter le dialogue afin de mettre en place un gouvernement transitoire pour la justice et la réconciliation, tout en assurant qu’il n’y ait pas impunité.»
Le rapport de l’ONU vient donc à un bon moment?
«Kagame est actuellement sous pression et affaibli. Nous espérons que cette fois l’ONU ira jusqu’au bout, car la publication ajoutera en effet de la pression au bon moment. Il est temps que toutes les victimes soient reconnues et que toutes les responsabilités soient assumées. Le changement est à ce prix.»
Le changement… le voyez-vous venir?
«Oui, la population commence à comprendre que la répression n’est pas nécessaire, que la sortie de la pauvreté passe aussi par la pratique des libertés fondamentales. Oui, sans aucun doute, le vent du changement est là.»

[Le Jeudi]

septembre 23, 2010   No Comments

Rwanda-RDC: 220 ONG accueillent favorablement le Rapport ONU sur le génocide au Congo

par Kris Berwouts.

RDC: Accueil favorable du Rapport « Projet Mapping »

220 ONG congolaises de défense et de promotion des
Droits Humains accueillent avec une grande satisfaction
l’annonce de la publication prochaine du rapport des
Nations Unies détaillant « les plus graves violations des
Droits humains et du Droit international humanitaire
commises sur l’étendue du territoire de la RDC entre
1993 et 2003 ». Les organisations congolaises, dont
nombreuses ont collaboré avec l’équipe d’enquête des
Nations Unies, saluent le sérieux avec lequel ces
enquêtes ont été menées et le professionnalisme qui a
guidé la méthodologie des investigations du « Projet
Mapping » des Nations Unies. Elles invitent le
gouvernement de la République Démocratique du Congo
(RDC) et ceux des pays de la région concernés par les
faits cités dans le rapport, en particulier le Rwanda,
l’Ouganda, l’Angola et le Burundi, à saisir cette
opportunité pour reconnaitre les souffrances atroces et
l’injustice imposées à la grande majorité de la
population congolaise et d’autres victimes des actes
criminels et des violations massives des droits humains
détaillées dans ledit rapport.

in Echo des Grands Lacs Nr 68, Sept. 2010.

septembre 23, 2010   No Comments

Général Kayumba Nyamwasa essaye de forger des alliances avec des groupes qui pourraient être mobilisés contre le régime rwandais

par Kris Berwouts.

Kayumba Nyamwasa

Général Kayumba Nyamwasa:
forge des alliances contre le Général Kagame.

Pas d’Opération Umoja Wetu II, ouverte ou cachée

L’année 2010 est pleine d’émotions et d’événements en Afrique Centrale. Les élections burundaises ont confirmé le Président Nkurunziza dans son mandat, mais en cours de route on a perdu l’opposition. Ceci crée un risque que le pays retombe dans le conflit et dans le monopartisme, qui écarteront le pays du défi principal : mettre en place une lutte effective contre la pauvreté, gérée par la bonne gouvernance.

La RDC a fêté son Cinquantenaire. Le Chef d’Etat l’a capitalisé comme plate-forme de lancement de sa réélection qu’il désire organiser dans un environnement politique aussi contrôlé que possible. Mais les institutions de la Troisième République n’ont toujours pas atteint leur rythme de croisière et le gouvernement n’arrive pas à renverser la dynamique de désintégration à l’Est.

Au Rwanda, la réélection de Kagame a pris des tournures inattendues. La formalité festive à laquelle il s’attendait a été troublée non seulement par une opposition réellement antagoniste mais surtout par le fait que des personnes qui ont longtemps fait partie du cercle intime du pouvoir se sont tournées contre lui. La fuite du Général Kayumba a créé un pôle autour duquel les différentes formes de mécontentement pourraient se cristalliser. Du coup, l’armée rwandaise n’est plus l’épine dorsale du régime, mais son tendon d’Achille.

Dans les trois pays nous observons au même moment une perte de crédibilité du processus de démocratisation avec des répercussions graves sur la sécurité. En août, j’ai fait une mission pour mieux comprendre dans quelle mesure l’opposition des généraux dissidents contre Kagame a des répercussions sur le paysage politico-militaire à l’Est du Congo. J’ai parlé avec beaucoup d’acteurs sur la scène politico-militaire, des amis de la société civile et des personnalités occupant des postes-clé dans les institutions internationales. Je conclus que Kayumba, avec l’aide active de Museveni, essaye de forger des alliances avec des groupes qui pourraient être mobilisés contre le régime rwandais:
● La partie du CNDP qui est restée fidèle à Nkunda par exemple, et qui n’a jamais digéré son arrestation.
● Ou le FRF.
● Le FPLC, de toute évidence.
● Certains groupes Mai Mai.
● Une partie même des FDLR.
● Aussi les personnes qu’Agathon Rwasa essaye de mobiliser, non seulement dans les milieux FNL mais aussi dans des cercles d’ex-FAB mécontents, sont ciblés comme des alliés potentiels.
Mais je constate aussi qu’on n’est pas encore très loin dans la démarche et que c’est très peu probable qu’une alliance anti-Kagame soit opérationnelle à court terme.
J’ai plutôt l’impression que Kayumba essaye de s’établir une base arrière sur le territoire congolais à moyen terme.

Dans ce contexte, une nouvelle opération militaire conjointe entre le Rwanda et le Congo, ouverte ou cachée, appelée Umoja Wetu ou sous un autre nom, n’apportera rien à la stabilité régionale. Elle aura le même impact négatif que toutes les autres opérations militaires depuis janvier 2009 : elle dispersera et radicalisera les acteurs armés sur le terrain. Elle fera des dégâts dans la population civile et elle annihilera l’espace pour des voies négociées vers une démobilisation volontaire. Elle ne contribuera en rien à la paix durable. Il s’agira d’une démarche machiavélique où Kagame aidera Kabila à établir un certain contrôle sur l’Est du Congo pendant que Kabila permettra à Kagame de démanteler tout ce qui s’organise sur le territoire kivutien contre lui.
Le levier n’est pas dans les opérations militaires mais dans le dialogue et dans l’inclusivité.

Kris Berwouts,
Directeur Eurac
21/9/2010
EurAc is the European Network of Active NGOs in Central Africa. EurAC is made up of 49 member-organisations from 12 European countries.

septembre 22, 2010   No Comments

Pétition en faveur de la publication intégrale du rapport de l’ONU sur le génocide des réfugiés hutu (1993-2003)

bernard_desgagne.jpg Par Bernard Desgagné

Chers amis et correspondants,

Puisque vous vous intéressez au Rwanda et à la République démocratique du Congo (RDC), où Paul Kagame et ses complices commettent depuis 1990 l’un des pires carnages de l’histoire de l’humanité, je vous invite fortement à signer la pétition se trouvant à l’adresse ci-dessous. Il ne vous faudra qu’une minute.

http://www.lapetition.be/petition.php?petid=8188

Cette pétition s’adresse à la Belgique et à l’Europe, mais les gens d’ailleurs peuvent tout à fait y mettre leur signature, eux aussi. Soyons solidaires des démarches entreprises partout dans le monde pour que:

1. Le rapport du Haut-Commissariat aux droits de l’homme des Nations Unies soit publié intégralement.

2. Un tribunal spécial international soit créé pour juger les crimes de guerre, contre l’humanité et de génocide commis en RDC de 1996 à 2010*.

3. Des parlementaires soutiennent ces demandes légitimes.

* Il faudrait aussi juger comme il se doit les crimes commis au Rwanda de 1990 à 2010, plutôt que de financer la justice des vainqueurs du TPIR, dont le mandat se limite à 1994, et qui n’a inculpé que des Hutus jusqu’à ce jour.

Par ailleurs, si ce n’est encore fait, je vous suggère de regarder le reportage de la Télévision suisse romande qui montre bien que la communauté internationale est au courant depuis longtemps du drame, mais qu’elle laisse Rwandais et Congolais se faire massacrer par Kagame et ses brutes, notamment en entretenant la croyance que les tueurs et les violeurs en RDC sont des FDLR et des Maï-Maï. À grand renfort de mensonges diffusés par la presse et sous le couvert de la chasse aux «génocidaires», Kagame poursuit son oeuvre sanguinaire.

Je tiens à préciser que, contrairement à ce que dit le reportage, les massacres n’ont pas commencé «après le génocide rwandais». Les Hutus sont massacrés par Paul Kagame depuis 1990. Le génocide des Hutus a commencé au Rwanda, en 1990, s’y est poursuivi en 1994 et après, notamment à Kibeho, et s’est répandu en RDC. Les populations autochtones de la RDC en sont également victimes depuis une quinzaine d’années.

Rencontres pour la Paix

rencontres.paix@yahoo.fr

septembre 22, 2010   No Comments

Extraits du Rapport de l’ONU sur le Génocide des Hutus par l’armée Rwandaise au Congo

512. Les attaques systématiques, notamment les meurtres et les massacres perpétrés à l’encontre des membres du groupe ethnique hutu font l’objet de nombreuses descriptions dans la section I du rapport. Ces attaques ont fait un très grand nombre de victimes, probablement des dizaines de milliers de membres du groupe ethnique hutu, toutes nationalités confondues. Dans la grande majorité des cas rapportés, il s’agissait non pas de personnes tuées involontairement au cours de combats, mais bien de personnes ciblées principalement par les forces de l’AFDL/APR/FAB, et exécutées par centaines, souvent à l’arme blanche. Parmi les victimes, il y avait une majorité d’enfants, de femmes, de personnes âgées et de malades qui ne posaient aucun risque pour les forces attaquantes. De nombreuses atteintes graves à l’intégrité physique ou mentale de membres du groupe ont été également commises, un nombre très élevé de Hutu ayant été blessés par balle, violés, brûlés ou battus. De très nombreuses victimes ont été obligées de fuir et de parcourir de longues distances pour échapper à leurs poursuivants qui voulaient les tuer. Cette traque a duré des mois, entraînant la mort d’un nombre indéterminé de personnes livrées à des conditions d’existence cruelles, inhumaines et dégradantes, sans nourriture et médicaments. À plusieurs occasions, l’aide humanitaire qui leur était destinée a été sciemment bloquée, notamment dans la province Orientale, les privant de l’assistance indispensable à leur survie.

513. Au moment des incidents couverts par le présent rapport, la population hutu au Zaïre, y compris les réfugiés venus du Rwanda, constituait un groupe ethnique au sens de la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. Par ailleurs, comme il a été démontré précédemment, l’intention de détruire un groupe en partie est suffisante pour être qualifiée de crime de génocide. Finalement les tribunaux ont également confirmé que la destruction d’un groupe peut être limitée à une zone géographique particulière. On peut donc affirmer que, même si seulement une partie du groupe ethnique hutu présent au Zaïre a été ciblée et détruite, cela pourrait néanmoins constituer un crime de génocide si telle était l’intention des auteurs. Finalement, plusieurs incidents répertoriés semblent également confirmer que les multiples attaques visaient les membres du groupe ethnique hutu comme tel. Si à certains moments les agresseurs disaient rechercher les criminels responsables du génocide commis à l’égard des Tutsi au Rwanda en 1994, la majorité des incidents rapportés indiquent que les Hutu étaient visés comme tels, sans procéder à aucune discrimination entre eux. Les multiples attaques contre les Hutu établis au Zaïre qui ne faisaient pas partie des réfugiés semblent confirmer que c’étaient tous les Hutu, comme tels, qui étaient visés. Les crimes commis notamment à Rutshuru (30 octobre 1996) et Mugogo (18 novembre 1996), dans le Nord–Kivu, mettent en lumière le ciblage spécifique des Hutu, puisque des personnes ayant pu convaincre les agresseurs de leur appartenance à un autre groupe ethnique ont été libérées juste avant ces massacres. L’utilisation systématique de barrières par l’AFDL/APR/FAB, particulièrement au Sud- Kivu, leur permettait d’identifier les personnes d’origine hutu par leur nom ou par leur village d’origine et ainsi de les éliminer. Des centaines de personnes d’origine hutu auraient ainsi arrêtées à une barrière érigée en novembre 1996 à Ngwenda, dans le territoire de Rutshuru, et exécutées par la suite à coups de pilon dans un endroit appelé Kabaraza. Au Sud-Kivu, les militaires de l’AFDL/APR/FAB ont érigé de nombreuses barrières sur la plaine de la Ruzizi pour arrêter les réfugiés rwandais et burundais dispersés après le démantèlement de leurs camps.

514. Plusieurs incidents répertoriés dans le présent rapport révèlent des circonstances et des faits à partir desquels un tribunal pourrait tirer des inférences de l’intention de détruire en partie le groupe ethnique hutu en RDC, s’ils sont établis hors de tout doute raisonnable. D’abord l’ampleur des crimes et le grand nombre de victimes sont démontrés par les nombreux incidents décrits plus haut. L’usage extensif d’armes blanches (principalement des marteaux) et le massacre systématique des survivants, dont des femmes et des enfants, après la prise des camps montrent que les nombreux décès ne sont pas imputables aux aléas de la guerre ou assimilables à des dommages collatéraux. La nature systématique des attaques répertoriées contre les Hutu ressort également: ces attaques se sont déroulées dans chaque localité où des réfugiés ont été rencontrés par l’AFDL/APR sur une étendue très vaste du territoire. Surtout au Nord-Kivu et au Sud- Kivu, mais aussi dans d’autres provinces, ces massacres ont souvent commencé par une ruse des éléments de l’AFDL/APR qui avaient convoqué les victimes à des réunions sous prétexte soit de discuter de leur rapatriement au Rwanda dans le cas des réfugiés, soit de leur présenter les nouvelles autorités dans le cas des Hutu établis dans la région, soit pour procéder à une distribution de nourriture. Par la suite, les participants ont été systématiquement tués. De tels cas ont été confirmés dans la province du Nord-Kivu à Musekera, Rutshuru et Kiringa (octobre 1996), Mugogo et Kabaraza (novembre 1996), Hombo, Katoyi, Kausa, Kifuruka, Kinigi, Musenge, Mutiko et Nyakariba (décembre 1996), Kibumba et Kabizo (avril 1997) et Mushangwe (vers août 1997); dans la province du Sud-Kivu à Rushima et Luberizi (octobre 1996), Cotonco et Chimanga (novembre 1996) et Mpwe (février 1997) et sur la route Shabunda-Kigulube (février-avril 1997); en province Orientale à Kisangani et Bengamisa (mai et juin 1997); au Maniema à Kalima (mars 1997) et en Équateur à Boende (avril 1997). De tels actes suggèrent certainement une préméditation et une méthodologie précise. Dans la région au sud de la ville de Walikale, au Nord-Kivu (janvier 1997), les Hutu rwandais ont fait l’objet de tueries quotidiennes dans des zones déjà sous contrôle de l’AFDL/APR dans le cadre d’une campagne qui semblait viser toute personne hutu vivant dans la zone en question.

515. Plusieurs massacres répertoriés ont été commis quel que soit l’âge ou le sexe des victimes. Cet aspect ressort notamment des crimes commis à Kibumba (octobre 1996), Mugunga et Osso (novembre 1996), Hombo et Biriko (décembre 1996) dans la province du Nord-Kivu, Kashusha et Shanje (novembre 1996) dans la province du Sud-Kivu, Tingi-Tingi et Lubutu (mars 1997) dans la province du Maniema, et Boende (avril 1997) dans la province de l’Équateur où la grande majorité des victimes étaient des femmes et des enfants. Par ailleurs, aucun effort n’a été déployé pour faire une distinction entre les Hutu membres des ex-FAR/Interahamwe et les Hutu civils, réfugiés ou non. Cette tendance à regrouper tous les Hutu «dans le même sac» est aussi démontrée par les déclarations faites au cours des «discours de sensibilisation» tenus par l’AFDL/APR à certains endroits, selon lesquelles tout Hutu encore présent au Zaïre ne pouvait être qu’un génocidaire, car les «vrais» réfugiés étaient déjà rentrés au Rwanda. On relève également dans ces «discours de sensibilisation» tenus au Nord-Kivu une incitation à la population à chercher, tuer ou aider à tuer les réfugiés hutu rwandais qu’ils appelaient «les cochons». Cette terminologie aurait été d’utilisation générique pendant les opérations dans cette région.

516. Les massacres de Mbandaka et Wendji, commis le 13 mai 1997 dans la province de l’Équateur, à plus de 2 000 kilomètres à l’ouest du Rwanda, marquent l’ultime étape de la traque des réfugiés hutu qui avait débuté à l’est du Zaïre, dans les deux Kivu, en octobre 1996. Parmi les réfugiés se trouvaient des éléments des ex- FAR/Interahamwe qui ont été désarmés par la gendarmerie locale dès leur arrivée. Malgré tout, l’AFDL/APR a ouvert le feu sur des centaines de réfugiés hutu sans défense, faisant de nombreuses victimes.

517. Les attaques systématiques et généralisées décrites dans le présent rapport, ayant ciblé de très nombreux réfugiés hutu rwandais et de membres de la population civile hutu et causé leur mort, révèlent plusieurs éléments accablants qui, s’ils sont prouvés devant un tribunal compétent, pourraient être qualifiés de crimes de génocide. Le comportement de certains éléments de l’AFDL/APR à l’égard des réfugiés hutu et des populations hutu établies au Zaïre à cette époque semble s’inscrire dans le cadre «d’une série manifeste de comportements analogues dirigés contre ce groupe» duquel un tribunal pourrait même déduire l’existence d’un plan génocidaire. «Si l’existence d’un tel plan peut contribuer à établir l’intention génocidaire requise, elle ne constitue pour autant qu’un élément de preuve permettant de déduire cette intention et non un élément juridique du génocide». Il est à noter que certains éléments pourraient faire hésiter un tribunal à conclure à l’existence d’un plan génocidaire, comme le fait qu’à partir du 15 novembre 1996 plusieurs dizaines de milliers de réfugiés hutu rwandais, dont de nombreux survivants d’attaques précédentes, ont été rapatriés au Rwanda avec le concours des autorités de l’AFDL/APR et que des centaines de milliers de réfugiés hutu rwandais ont pu rentrer au Rwanda avec l’assentiment des autorités rwandaises après le commencement de la première guerre. Si en général les tueries n’ont pas épargné les femmes et les enfants, on notera qu’à certains endroits, au début de la première guerre, des femmes et des enfants hutu ont été effectivement séparés des hommes, qui seuls ont été tués par la suite.

518. Par contre, ni le fait de ne cibler que les hommes dans les massacres ni celui de permettre à une partie du groupe de quitter le pays ou même de faciliter ses déplacements pour différentes raisons ne permettent en soi d’écarter totalement l’intention de certaines personnes de détruire en partie un groupe ethnique comme tel. À cet égard il paraît possible d’inférer l’intention spécifique de certains commandants de l’AFDL/APR de détruire en partie les Hutu en RDC, donc de commettre un crime de génocide, de leur conduite, de leurs propos et des circonstances accablantes des actes de violence commis par les hommes sous leur commandement. Il appartiendra à un tribunal compétent de trancher cette question.

septembre 22, 2010   2 Comments