Le Rwanda face aux élections: Faucons en fuite — Rwandinfo_FR
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Le Rwanda face aux élections: Faucons en fuite

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Le Rwanda face aux élections: Les fissures dans le miroir (suite 2)

par Kris BERWOUTS.

Les Faucons en fuite

Mercredi 3 mars, le Président Kagame a accusé deux officiers rwandais de haut rang, de tenter de déstabiliser le Rwanda. Il s’agit de l’ex-patron des renseignements extérieurs, le colonel Patrick Karegeya, réfugié en Afrique du Sud depuis 2007 , et le général Faustin Kayumba Nyamwasa, ancien chef d’état-major de l’armée rwandaise et ancien ambassadeur du Rwanda en Inde, qui a fui également en Afrique du Sud fin février, selon la justice rwandaise.

“Personne, pas une seule personne, ni même Kayumba, ne peut faire un coup d’Etat ici. Réfléchissez-y, vous en viendrez à la conclusion que personne ne peut faire un coup d’Etat” au Rwanda, a assuré le président Kagame.

Dans les mêmes jours, le procureur général Martin Ngoga, accusait le général Kayumba Nyamwasa d’être le commanditaire des attaques à la grenade du 19 février. Pendant longtemps, ces deux militaires issus de la diaspora anglophone ougandaise ont été des personnalités-clés du régime.

Patrick Karegeya

Patrick Karegeya n’est pas seulement l’ex-chef des renseignements, il a été aussi l’homme central dans le fonctionnement du Congo Desk, service du Département de la sécurité extérieure, créé pour gérer l’exploitation des richesses de l’est de la RDC, dont les recettes n’apparaissaient pas dans les comptes officiels de l’Etat.
Ce système a permis à l’armée et aux dirigeants politiques de dissimuler des sommes d’argents énormes.
Dans tous les dossiers et les discussions depuis le retrait officiel de l’armée rwandaise du Congo en septembre 2002, il a été très difficile de faire une distinction précise entre le rôle de l’Etat rwandais et le rôle des lobbies politiques et militaires rwandais en dehors de l’Etat dans l’exploitation illicite des ressources congolaises et dans l’appui aux groupes militaires comme le Congrès National de la Défense du Peuple (CNDP).
Dans la zone d’ombre entre Etats et lobbies rwandais, Patrick Karegeya et le Congo Desk ont occupé une place centrale.

Kayumba Nyamwasa

Faustin Kayumba Nyamwasa a grandi au sud de l’Ouganda, et il est devenu une des personnes les plus puissantes dans l’armée rwandaise.
Chef des renseignements militaires pendant toute la guerre, il est perçu comme l’homme fort après Kagame au moment de la victoire militaire de l’ancienne rébellion.
Il a mené des campagnes militaires au nord-est du pays dans les années après le génocide.
En 2001, il a été remplacé à la tête de l’armée par le général Emmanuel Habyarimana, lui-même remplacé plus tard par James Kabarebe.
Kayumba a été envoyé en formation au Royaume Uni. En 2004, il a été nommé ambassadeur en Inde. Des insiders de la politique rwandaise ont toujours cru que cette nomination (et même son départ en Angleterre avant) était une mesure du Président Kagame pour écarter Kayumba du centre des activités politico-militaires rwandaises, parce qu’il commençait à avoir une assise propre dans le noyau du pouvoir.

En novembre 2006, le juge français Jean-Louis Bruguière a émis un mandat d’arrêt international contre Kayumba et huit autres hauts cadres militaires proches de Kagame, dans le cadre de l’enquête sur l’attentat contre l’avion du Président Juvénal Habyarimana, le 6 avril 1994 – qui a entraîné le déclenchement du génocide.
En février 2008, le juge d’instruction espagnol Fernando Andreu Merelles a émis quarante mandats d’arrêt à l’encontre d’officiers supérieurs de l’armée rwandaise (dont Kayumba) pour actes de génocide, crimes contre l’humanité, crimes de guerre et terrorisme commis au Rwanda et en République démocratique du Congo (RDC) entre le 1er octobre 1990 et 2002.
La justice espagnole avait été saisie, en 2000, par des proches de victimes espagnoles tuées au Rwanda – religieux et humanitaires – et par des organisations rwandaises en exil.

Dans une interview réalisée après son arrivée en Afrique du Sud, le général Kayumba s’est exprimé sur la transformation du régime de Kagame en dictature et sur son propre engagement pour un Rwanda démocratique. Mais s’il y a une distinction à faire entre les faucons et les colombes à l’intérieur du noyau du pouvoir de Kigali, ce n’est certainement pas lui la colombe…

Lire la suite: Cas Déo Mushayidi

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