Tribune d'Information sur le Rwanda

Rwanda: Assassinat du Journaliste Rugambage: Didace Nduguyangu condamné à dix ans de prison, un autre suspect relaxé

La cour suprême du Rwanda a rendu son verdict, le 15 septembre 2011, dans le procès des deux meurtriers présumés du journaliste Jean-Léonard Rugambage, rédacteur en chef adjoint du bimensuel Umuvugizi, abattu de quatre balles à bout portant devant son domicile de Kigali, le 24 juin 2010. Didace Nduguyangu a été condamné à dix ans de prison tandis qu’Antoine Karemera, officier de police, a été innocenté. A ce jour, les interrogations sur la culpabilité de ces individus et sur la capacité de la justice à délibérer de manière indépendante restent entières.

“La décision de la justice rwandaise nous laisse très sceptiques. Elle pose davantage de questions qu’elle n’apporte de réponses. Pourquoi l’un des suspects est-il condamné et l’autre relaxé ? Pourquoi les avoir maintenu tous les deux en détention alors que seul le premier avait reconnu sa culpabilité ? Est-il vraiment coupable et écope-t-il d’une sanction adéquate ?”, s’interroge Reporters sans frontières.

“Après l’assassinat du journaliste, nous avions demandé à la France, qui rétablissait ses relations diplomatiques avec le Rwanda, et à la délégation de l’Union européenne à Kigali de veiller à la mise en place d’une enquête indépendante sur cet homicide. Cette requête est restée sans suite. La seule piste de la vengeance personnelle a été étudiée, pas celle de l’implication possible des autorités rwandaises”, a ajouté l’organisation.

Juste avant sa mort, Jean-Léonard Rugambage avait publié un article accusant les autorités d’être responsables de la tentative d’assassinat perpétrée, le 19 juin 2010, à Johannesburg, contre le général en exil Kayumba Nyamwasa. Le rédacteur en chef d’Umuvugizi, Jean-Bosco Gasasira, avait à l’époque accusé le gouvernement d’avoir commandité l’assassinat de son employé, des allégations jugées “sans fondements” et rejetées par la ministre des Affaires étrangères, Louise Mushikiwabo.

Le 28 juin 2010, la police avait procédé à l’arrestation de deux suspects. Selon les autorités, l’un d’entre eux, Didace Nduguyangu, était passé aux aveux et avait expliqué à la police qu’il avait “commis cet acte pour se venger de ce journaliste qui a massacré son frère pendant le génocide commis contre les Tutsis en 1994.”

Accusé de “meurtre” pendant la période génocidaire, puis condamné à un an d’emprisonnement pour “outrage à la cour”, Jean-Léonard Rugambage avait été détenu pendant onze mois, entre 2005 et 2006, avant d’être finalement acquitté.

Les 12 et 13 septembre derniers, Reporters sans frontières a soulevé la question du manque de liberté de la presse au Rwanda à l’occasion de la venue en France du président Paul Kagame. L’organisation a d’abord interpellé le chef de l’Etat rwandais lors d’une conférence tenue à l’IFRI avant de manifester devant l’hôtel Ritz, à Paris, où il recevait une délégation du patronat français.
[Reporters Sans Frontieres]

September 22, 2011   No Comments

Rwanda: “La position de la communauté internationale vis-à-vis de Kagame est très décevante”, Gahima.

Extrait de l’entretien entre l’ancien procureur général du Rwanda Gérald Gahima et Régis Soubrouillard de Marianne2.fr:

Marianne2.fr:

Comment qualifieriez-vous la position de la communauté internationale vis-à-vis de Paul Kagame ?

Gérald Gahima:

La position de la communauté internationale est très décevante. Le président Kagame a exploité et continue d’exploiter le génocide. En 1994, la communauté internationale et notamment les médias ont laissé le génocide se dérouler en silence, sans intervenir.

Compte tenu des craintes que suscite le spectre du génocide, Kagame fait du chantage aux puissances occidentales. La communauté internationale et les médias n’évoquent jamais la question des droits de l’homme, de la démocratie, les agressions contre les pays voisins.

Le message de Kagame est simple : « Vous n’avez pas été capables de prévenir un génocide, qui êtes-vous pour m’interroger sur la question des droits de l’homme, ma conception de la démocratie ? ». Les démocraties internationales ont fait preuve de lâcheté, elles en payent le prix.

[Marianne2.fr]

September 22, 2011   1 Comment