Tribune d'Information sur le Rwanda

Posts from — août 2011

Opposition rwandaise : nous avons reçu de sérieuses menaces

par Saskia Houttuin

Les rumeurs concernant les menaces à l’adresse d’exilés et de réfugiés rwandais, les disparitions mystérieuses et les assassinats n’ont rien de nouveau. Cependant, face aux critiques croissantes que suscite le gouvernement rwandais, les dirigeants de l’opposition estiment que Kigali pourrait intensifier ses menaces, y compris en Europe. La police britannique a averti récemment deux ressortissants rwandais qu’ils risquaient d’être assassinés par leur gouvernement. Mais ces inquiétudes sont-elles justifiées ?

Quelque 300 Rwandais résidant en Europe ont assisté le 31 juillet dernier à Bruxelles, la capitale belge, à une conférence organisée par les Forces démocratiques unifiées (FDU-Inkingi) et le Congrès national rwandais (RNC). Heureux de se rencontrer de nouveau, les participants se saluent chaleureusement. Mais l’heure est aux discussions sérieuses.

La rage suscitée par la détention et les poursuites judiciaires dont a fait l’objet Victoire Ingabire, la présidente des Forces démocratiques unifiées et candidate à la présidentielle au Rwanda en 2010, a stimulé les partis d’opposition à entrer en action. “C’est nécessaire, mais ça cause aussi un problème important”, dit Charles Ndereyehe, membre des FDU-Inkingi qui vit aux Pays-Bas. “De nombreux réfugiés défient ouvertement le régime. Récemment, le gouvernement rwandais a menacé des opposants en Belgique, en France et tout dernièrement en Grande-Bretagne.”

“La situation se détériore”, ajoute Gérard Karangwa Semushi, vice-président du Pacte de Défense du Peuple (PDP), qui vit également aux Pays-Bas. “Non seulement, ils sont à la chasse d’opposants, mais ils ont trouvé de nouvelles méthodes de commettre des crimes, en empoisonnant par exemple.”

Allégations valables ?

En mai dernier, le quotidien britannique The Independent révélait que le gouvernement rwandais aurait eu l’intention d’assassiner en Grande-Bretagne deux dissidents critiques envers le régime de Kigali. Les deux hommes ont assisté à la conférence de Bruxelles. L’un d’eux est René Mugenzi, qui a critiqué publiquement le président rwandais Paul Kagame à la télévision. Il a été averti par la police de Londres qu’il risquait d’être assassiné. “Je ne m’y attendais pas du tout, dit René Mugenzi. Je savais que j’avais des idées divergentes, mais je ne me doutais pas du tout qu’ils voulaient me tuer.”

Le gouvernement rwandais réfute toutes ces allégations. “Toutes ces accusations n’ont aucun sens du tout”, dit Immaculee Uwanyiligira, l’ambassadrice du Rwanda aux Pays-Bas. “Pourquoi serait-il dans notre intérêt de nuire à notre propre réputation ? Franchement, pourquoi commettrions-nous un acte de terrorisme dans un pays ami ? Nous entretenons de bonnes relations avec la Grande-Bretagne. Pourquoi endommager ces relations ?”

Danger aux Pays-Bas

Qu’en est-il d’éventuelles menaces aux Pays-Bas ? Wim van der Weegen, porte-parole du ministère néerlandais de la Sécurité et de la Justice, déclare au micro de Radio Nederland Wereldomroep que son ministère est au courant des menaces encourues au Royaume Uni, mais qu’il n’a pas été question d’éventuelles menaces aux Pays-Bas. “Si des gens sont menacés, nous leur recommandons de se rendre à la police. Nous sommes toujours vigilants quant à d’éventuels dangers, sous n’importe quelle forme.”
“L’opposition est extrêmement motivée, dit Immaculee Uwanyiligira. Sa stratégie s’insère dans sa campagne. Elle essaie de démolir la solide réputation que s’est construite le Rwanda depuis le génocide. Il n’y a pas à s’inquiéter aux Pays-Bas.”

De son côté, Charles Ndereyehe, des FDU-Inkingi, reconnaît qu’il n’a pas été directement menacé aux Pays-Bas ; c’est pourquoi il n’y a pas eu nécessité d’alerter la police néerlandaise. “Mais quand même… je suis sur mes gardes, dit-il. J’espère que les Pays-Bas resteront vigilants, qu’ils resteront aussi en contact avec d’autres pays européens.”

Pour Gérard Karangwa Semushi, vice-président du Pacte de Défense du Peuple (PDP), il faut également rester aux aguets : “Nous soupçonnons fortement que certaines personnes sont arrivées aux Pays-Bas pour surveiller l’opposition. Comment en suis-je si sûr ? Disons que nous disposons de nos propres sources, y compris en provenance de Kigali.”

Vie normale

Il semble n’y avoir aucune raison pour le moment de tirer la sonnette d’alarme en Europe, néanmoins la diaspora rwandaise reste vigilante. “La police a pris des mesures spéciales pour assurer ma sécurité, mais je ne me sens pas très sûr, dit René Mugenzi. En même temps, la vie continue d’être normale. Parfois j’y pense, mais j’essaie de m’en empêcher… sinon je ne pourrais plus rien faire. ”

[Radio Nederland Wereldomroep]

août 4, 2011   1 Comment