Discours d’investiture du Général Paul Kagame – Kigali, 6 Septembre 2010 — Rwandinfo_FR
Tribune d'Information sur le Rwanda

Discours d’investiture du Général Paul Kagame – Kigali, 6 Septembre 2010

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Kagame’s investiture le 6 Septembre 2010 au stade Amahoro.

Excellences, Chefs d’Etat et de Gouvernement
Excellences, Chefs de Délégation;
Dirigeants des Institutions Supérieures du Rwanda;
Distingués Invités;
Amis du Rwanda;
Chers Concitoyens:

C’est avec grand plaisir que je vous souhaite à tous et à toutes la bienvenue. J’adresse mes salutations chaleureuses à mes frères et sœurs, Chefs d’État et de Gouvernement, qui ont gracieusement accepté notre invitation à participer à cette cérémonie.

Excellences, votre présence ici est un exemple éloquent de solidarité africaine. Au nom du peuple du Rwanda, permettez-moi de vous remercier très sincèrement et d’exprimer, à travers vous, notre indéfectible solidarité avec les autres Africains de par le continent.

Sont également présents parmi nous des amis du Rwanda venus de divers horizons. Nous vous remercions de votre amitié et soutien et vous considérons comme de précieux partenaires dans notre parcours vers le développement.

Chers Concitoyens – Je m’adresse à vous, profondément honoré du renouvellement de votre confiance, et, conscient de la lourde responsabilité que vous m’avez confié, celle de diriger notre pays au cours de ce nouveau mandat avec tous les nouveaux défis qui y sont associés. Je m’engage à faire de mon mieux, comme je l’ai toujours fait, pour répondre à vos attentes.

Excellences;
Chers amis;

Il y a un mois, les Rwandais et les Rwandaises ont exprimé leur choix de la manière la plus claire. Ils ont librement exercé leur droit inaliénable à prendre des décisions cruciales, en particulier celles qui touchent leur vie le plus. C’est cette volonté exprimée de notre peuple qui constitue l’unique source d’autorité de notre gouvernement.

Pendant plus d’une décennie et demie, le peuple de ce pays s’est rassemblé de façon de plus en plus forte, en vue de déterminer et de façonner son destin. Les Rwandais ont démontré leur volonté de mettre l’intérêt national au dessus de toute autre considération, en votant clairement pour l’unité, la réconciliation et la transformation socio-économique.

Dans les mois et semaines qui ont précédé notre scrutin, il y a eu une attaque de reportages négatifs produits par certains médias et organisations de défense des droits humains qui ont délibérément déformé la réalité de la situation au Rwanda, et cherché à donner l’impression, pour ainsi dire, que notre pays se désintégrait. Ceci a poussé certains observateurs à attendre une éruption de violence, conformément aux préjugés négatifs à travers lesquels les situations africaines sont appréhendées.

Toutefois, les Rwandais savent ce que c’est que de tomber au niveau le plus bas. Nous avons appris notre leçon de la dure façon. Au fil du temps et des progrès que nous avons réalisés, les Rwandais se sont réinventés et sont déterminés à aller de l’avant. C’est avec défi et enthousiasme qu’ils ont participé à la campagne électorale et voté de façon paisible.

Le fait de partir de très loin nous a appris que des progrès rapides ne peuvent être réalisés que lorsque les personnes pour qui ils sont destinés sont mobilisées et participent pleinement aux efforts de développement. Cela, en soi, constitue un processus démocratique.

C’est ainsi que nous avons été témoins d’une amélioration tangible des conditions de vie dans le pays, d’une expansion de l’accès à l’éducation et aux services de santé. Notre système de décentralisation, ainsi que les investissements dans les technologies d’information et de communication amplifient la voix des Rwandais et élargissent leur ouverture au monde. Tous ces facteurs contribuent à accroitre le pouvoir des citoyens d’une manière inédite dans notre histoire récente.

Pourquoi alors devrait-il y avoir une contradiction entre développement et démocratie? En fait, nous estimons qu’il ne peut y avoir de développement socio-économique durable sans qu’il n’y ait en contrepartie une croissance de la gouvernance démocratique. De même, les droits politiques seraient futiles s’ils ne s’accompagnaient pas d’une réduction de la pauvreté et de l’amélioration de la qualité de vie.

Il n’y a pas aucun doute qu’en Afrique nous faisons face à de nombreux problèmes, et que le plus important n’est pas le déficit de démocratie, mais la pauvreté et la dépendance qui émanent du sous-développement. C’est cette situation de dépendance qui permet à certains gouvernements, voire même des ONG redevables devant personne, de penser qu’ils ont le droit de dicter leur conduite à des acteurs étatiques légitimes.

Les gouvernements africains sont souvent accusés d’être corrompus et de ne pas répondre aux besoins de leurs populations. Mais quand nous faisons ce que tout gouvernement est censé faire, notamment fournir des services, instaurer le sens de la redevabilité, la transparence et l’efficacité, ériger des infrastructures sociales et économiques, et rehausser le niveau de vie; on assiste à des changements d’objectifs et nous nous trouvons alors accusés de forcer le progrès sur la population et d’être répressif.

C’est dans cette démarche que ces acteurs extérieurs se retournent et font la promotion des idées dangereuses d’aventuriers sans légitimité ni relation avec la majorité de la population et qui ne méritent rien de mieux que d’être ignores.

Cette duplicité ne peut pas être interprétée comme une confusion ou un manque de compréhension. Elle trahit plutôt l’hypocrisie et une attitude condescendante envers notre continent laquelle perpétue le cycle de pauvreté et de sous-développement et continue a denier a notre population sa dignité Il nous incombe donc à nous Africains de continuer à nous opposer à cet état de fait.

Ce dont nous avons véritablement besoin, c’est d’être mieux outillés et de bénéficier de plus de ressources pour mettre en œuvre des idées qui correspondent a nos circonstances particulières – c’est aussi en cela que consiste les véritables relations de partenariat.

Excellences,
Chers Concitoyens;

Les sociétés les plus prospères sont celles qui ont atteint un certain niveau de cohésion nationale et qui se rassemblent autour d’intérêts nationaux communs. C’est pourquoi nous avons jugé important de redynamiser les liens historiques et culturels sur lesquels notre société a été fondée, et déployé nos énergies et nos ressources pour rétablir une nation digne.

On nous dit constamment que notre système politique devrait être organisé en fonction des appartenances ethniques, ignorant le fait que ces divisions dites ethniques ne sont pas des classifications politiques intrinsèquement rwandaises, mais plutôt des constructions coloniales.

Cette approche pourrait s’avérer efficace dans d’autres contrées, mais dans notre cas, les politiques de division et l’extrémisme ont entrainé la tragédie dont nous avons été les témoins il n’y a pas si longtemps,. C’est pour cette raison précise que les Rwandais ont voté contre ce type de politique.

Bien entendu, la poursuite de l’unité nationale n’occulte pas à nos yeux la valeur de la diversité et les avantages qui y sont associés. Tout comme dans beaucoup d’autres pays, cela signifie tout simplement que notre intérêt commun l’emporte sur ce qui nous sépare.

L’expérience que nous avons vécue nous a appris à faire face aux défis les plus difficiles: Nous avons dû nous occuper d’innombrables orphelins et de milliers de veuves; rapatrier plus de trois millions de réfugiés et que nous avons accueillis au sein de la société; réintégrer des milliers de soldats qui avaient servi sous le régime génocidaire; administrer un difficile processus de justice restauratrice, qui a rétabli le lien social entre les victimes et les acteurs du génocide. Mais tout ceci n’aurait pas été possible sans un système politique dans lequel le pouvoir est partage qui unit au lieu de diviser.

Dans ce contexte, il nous est difficile de comprendre ceux qui veulent nous donner des leçons d’inclusion, de tolérance et de respect des droits humains.

Les critiques habituels du Rwanda peuvent dire ce qu’ils veulent, mais ils ne dicteront en rien la direction que nous prenons en tant que nation, et ils n’écorneront pas non plus notre quête pour l’autodétermination. En conséquence, nous rejetons catégoriquement toutes leurs accusations.

Toutefois, ceci ne doit pas nous soustraire de l’obligation de continuellement procéder à un examen autocritique. Il faut que nous continuions à gouverner de façon efficace, à fournir les services et biens publics attendus et à habiliter nos citoyens.

Notre motivation et notre gratification en maintenant le cap sur les choix que nous faisons se réalisent lorsque nous voyons la vie de nos peuples changer.

Excellences;
Distingués Mesdames et Messieurs;
Chers Concitoyens:

Nous avançons vers l’étape suivante vers le développement et la prospérité. Au vu des progrès qu’ensemble nous avons réalisés, de bien meilleures perspectives nous attendent au cours des années à venir.

Nous continueront à assurer la sécurité alimentaire; à fournir des services en matière d’enseignement et de santé a tous; à promouvoir le commerce et les investissements; et à ériger des infrastructures modernes qui répondent aux besoins directs de nos citoyens, notamment l’accès à l’eau potable et à l’électricité pour alimenter les ménages, les écoles, les centres de santé ainsi que les industries

Nous comptons également accroitre la participation économique et politique de nos citoyens, ainsi que l’habilitation continue de nos femmes et filles; et veiller aussi à ce que notre peuple dispose des compétences nécessaires pour réussir dans un monde de plus en plus compétitif.

Nous ferons avancer l’intégration régionale, tout en continuant à entretenir de bonnes relations avec nos voisins, parce que nous partageons les mêmes aspirations.Nous continuerons à travailler à l’approfondissement de l’intégration de notre continent.

Pour conclure, chers Concitoyens, je vous fais cette promesse solennelle: ensemble, nous aborderons la tâche qui nous attend avec courage et détermination, afin de consolider nos acquis et bâtir un pays dans lequel tous les Rwandais s’acquittent de leurs responsabilités et jouissent de chances égales.

Marchons ensemble, en solidarité avec le reste de notre continent. La tête haute, puisons dans la richesse de nos tissus sociaux et construisons une nation et un continent dont nous revendiquons l’appartenance avec fierté.

Je vous remercie de votre bienveillante attention.

[PaulKagame]

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