Tribune d'Information sur le Rwanda

Posts from — January 2011

Rwanda : la course aux diplômes

Soucieux d’acquérir un niveau d’études toujours plus élevé pour augmenter leurs chances de trouver un ’emploi ou de gagner plus, les Rwandais sont nombreux à partir étudier dans les pays limitrophes où les universités sont moins coûteuses. Mais cette course aux diplômes pousse parfois aussi à la fraude.

Les étudiants rwandais sont de plus en plus nombreux à traverser les frontières pour poursuivre leurs études supérieures dans les pays voisins. Récents lauréats de l’Université, fonctionnaires ou salariés du privé, tous courent après des diplômes toujours plus élevés.

“Beaucoup d’offres d’emploi demandent actuellement un niveau de licence. Quand on se contente d’un niveau minimum, on peut à tout moment se voir remplacer par quelqu’un d’autre si les conditions requises changent”, reconnaît Tharcisse Niyonsaba, du Sud, qui fait sa maîtrise en sociologie au Kampala International University en Ouganda. “Quand ceux avec qui on a fait les mêmes facultés n’ont pas d’emploi, on cherche à tout prix à augmenter son niveau pour augmenter aussi ses chances de trouver l’emploi”, témoigne Gisèle Manishimwe à la recherche d’une inscription en maîtrise en Business Administration à la branche de Mount Kenya University à Kigali (MKU).

Licenciés ou plus

Plus les licenciés sont nombreux sur le marché du travail, plus ceux qui le peuvent cherchent à obtenir un diplôme supérieur pour avoir plus de chance de trouver un emploi. Selon un professeur d’université, “de plus en plus, les gens préfèrent faire deux ou plusieurs maîtrises dans des domaines différents, ce qui leur donne des chances d’embrasser plusieurs domaines.” Les plus diplômés deviennent ainsi de plus en plus exigeants avec leurs employeurs réclamant des augmentations de salaires ou n’hésitant pas à changer d’emploi s’ils trouvent un poste mieux rémunéré.

Ceux qui ont un travail étudient les week-ends non seulement pour relever leur niveau mais surtout pour avoir un salaire plus élevé :”Avec le niveau licence, j’ai passé deux ans dans l’enseignement secondaire où je percevais un petit salaire quand j’ai pris en 2008 la décision d’aller au Burundi tous les week-ends faire la maîtrise en gestion de projets”, raconte cet ancien enseignant de Butare qui, cette année, commence un nouveau travail grâce à cette maîtrise.

Ceux qui étudient dans des établissements anglophones en Ouganda, Kenya, Tanzanie sont bien accueillis à leur retour au pays parce qu’ils sont supposés être capables d’enseigner en anglais, langue devenue celle de l’enseignement depuis 2006.

Études moins chères à l’étranger

Mais au Rwanda les frais académiques sont élevés : plus de 5 000 $ pour ceux qui font la maîtrise soit le double du tarif des universités de la région. Excepté les boursiers de l’État, rares sont les privés qui peuvent les payer. Depuis 2007, que le Rwanda fait partie des pays de la Communauté de l’Afrique de l’Est (EAC), les universités de l’EAC sont nombreuses à choyer les candidats. Pendant les collations de grades, leurs représentants sont là et distribuent des dépliants sur leurs institutions.

Cela incite ceux qui n’ont qu’un bas niveau d’études, comme le baccalauréat, à emboîter le pas à leurs grands frères. En RDC et au Burundi, par exemple, certaines universités coûtent moins de 400 $ par an, l’équivalent du minerval d’un trimestre dans certaines universités privées rwandaises. Les années passées, les étudiants étaient nombreux à aller en RDC faire leurs études médicales. Ils pouvaient facilement y terminer leurs études en deux ans. Quand la RDC a pris la décision de fermer en 2010 des institutions supérieures irrégulières, des centaines d’étudiants ont perdu des années d’études qui n’étaient pas reconnues officiellement.

Cette course aux diplômes exigés dans l’administration et les entreprises privées pousse à la fraude. Deux dirigeants du district Gatsibo, à l’Est, ont dû démissionner après qu’une commission du district a découvert que leurs diplômes de licence avaient été falsifiés. En novembre dernier, la directrice de FAWE Girls, une école de renom à Kigali, a été arrêtée par la police parce qu’elle utilisait un faux diplôme, soi-disant acquis à l’Université de Makelele en Ouganda. De même un peu avant, deux personnes ont été arrêtées à Kigali parce qu’elles distribuaient de faux certificats et attestations d’institutions supérieures rwandaises.

[Syfia Grands Lacs/Rwanda]

January 14, 2011   1 Comment

Le Rwanda prêt à déployer un nouveau bataillon au Soudan

KIGALI — Le Rwanda est prêt à déployer un nouveau bataillon de soldats de la paix au Soudan, a indiqué mardi à l’AFP le ministre rwandais de la Défense, le général James Kabarebe.

“Nous préparons un autre bataillon si besoin est”, et qui pourra être déployé au Darfour (ouest) ou au Sud-Soudan, a déclaré le général Kabarebe, interrogé au téléphone par l’AFP.

Le ministre confirmait ainsi des propos tenus la veille à l’occasion de sa rencontre avec le chef du commandement américain pour l’Afrique (Africom), le général William Ward, en visite à Kigali.

Quatre bataillons des Forces rwandaises de défense (FRD), soit environ 3.300 hommes, sont déjà déployés au Soudan au sein de la mission ONU/Union africaine au Darfour (Minuad), et près de 250 autres au sein de la mission Unmis, chargée de surveiller la mise en oeuvre de l’accord de paix entre le Nord et le Sud-Soudan.

L’armée américaine apporte un appui logistique et dispense des formations aux soldats rwandais appelés à participer à ces opérations de maintien de la paix.

Le général Ward effectuait lundi une visite de travail d’une journée au Rwanda, au cours de laquelle il s’est entretenu avec le président Paul Kagame.

“Je suis ici pour féliciter et remercier le peuple du Rwanda et ses forces de défense pour leur rôle dans les efforts visant à ramener la paix dans la région, sur le continent et dans le monde”, a déclaré lundi soir le général américain sur les ondes de Radio Rwanda.

Il a réaffirmé (son) “soutien continu à la coopération” entre les Etats Unis et le Rwanda, en vue d'”un monde plus stable, une Afrique plus stable et une région plus stable”.

Le général Ward avait commencé sa visite plus tôt dans la journée en se recueillant au mémorial du génocide des Tutsi à Kigali, où il a déposé une gerbe de fleurs, toujours selon la radio nationale rwandaise.

[Le Figaro]

January 12, 2011   No Comments

Les minerais du sang passent par le Rwanda

by Adrien de Mun.

En réexportant des minerais du Congo, Kigali encourage la poursuite des conflits armés dans la région des grands lacs.

Une récente législation aux États-Unis désigne sous le nom de “minerais du conflit” l’or et l’étain frauduleusement exploités et exportés de la République démocratique du Congo (RDC) par les pays voisins. Un commerçant de Goma, dans l’est de la République démocratique du Congo, parle crûment des “minerais du sang”, en référence aux millions de morts entrainés par les conflits à répétition depuis les années 90 dans la région des Grands Lacs. Selon un récent rapport de l’ONG Global Witness, l’or, la cassitérite, le wolframite et le coltan, dont regorge l’est de la RDC, continuent d’être exploités par l’armée congolaise et divers groupes armés pour être ensuite exportés frauduleusement dans les pays voisins, particulièrement au Rwanda, qui les réexporte comme étant des minerais rwandais.

Exactions et viols collectifs

Cette situation existe depuis la première invasion de la République démocratique du Congo par le Rwanda en 1996, mais elle s’est accentuée l’année dernière à la faveur de l’intégration dans l’armée régulière des anciens rebelles du CNDP, un mouvement armé et soutenu par Kigali. Ces militaires tutsi contrôlent notamment, selon Global Witness, la plus importante mine d’étain du Nord-Kivu, celle de Bisie, en collaboration avec le commandant des forces terrestres de l’armée congolaiss, le général Amisi. Ils collaborent, dans l’exploitation illicite des mines de cette région du Congo avec les Hutus rwandais du FDLR et des résistants congolais dits Mai-Mai. Parfois, ils mènent des opérations punitives communes, tel le viol collectif de 303 personnes durant quatre jours à Luvungi dans le Nord-Kivu, en août dernier.

La principale raison de leur impunité est l’argent, souligne Global Witness. Ces groupes gagnent des dizaines de millions de dollars par an et partagent leurs bénéfices entre l’armée congolaise et le gouvernement Rwandais. En 2010, les exportations d’or, de coltan et de cassitérite par le Rwanda ont atteint plus de 30 % de ses exportations, derrière le thé et le café. Le Rwanda ne possède pourtant ces minerais qu’en infime quantité. Les principaux acheteurs de minerais certifiés au Rwanda sont en Malaisie et en Chine. Une fois raffiné, l’étain et le tantale sont principalement utilisés par l’industrie électronique, les emballages, les avions et les produits pharmaceutiques. Le Rwanda s’inquiète des probables répercussions sur le niveau de ses exportations de la loi voté aux États-Unis en juillet sur les “minerais du conflit” afin de tenter de mettre fin à la guerre silencieuse dans l’est de la République démocratique du Congo.

[Le Point]

January 10, 2011   No Comments

33 ans et 12 ans de prison respectivement requis contre 2 journalistes Agnès Uwimana et Saidath Mukakibibi du journal Rwandais indépendant Umurabyo

La justice rwandaise a requis 33 ans de prison à l’encontre de la rédactrice en chef d’un journal local indépendant Umurabyo, accusée d’avoir publié des articles incitant au “révisionnisme” et au “trouble à l’ordre public”, a-t-on appris jeudi de sources concordantes.

Agnès Uwimana Nkusi a comparu mercredi devant la Haute Cour de la République, ont rapporté Radio Rwanda (gouvernemental) et le New Times, un quotidien progouvernemental.

Selon le représentant du procureur, Augustin Nkusi, le journal Umurabyo a nié le génocide, en affirmant dans ses articles que Hutu et Tutsi s’étaient tout simplement entredéchirés, a rapporté Radio Rwanda.

Agnès Uwimana est poursuivie de négation du génocide des Tutsi de 1994, idéologie du génocide et diffamation contre de hauts responsables du pays, dont le président Paul Kagame, toujours à travers des articles publiés l’année dernière.

Dans la même affaire, le ministère public a demandé 12 ans de réclusion contre une autre journaliste du même mensuel, Saidath Mukakibibi. Les deux femmes avaient été arrêtées en juillet 2010, et sont détenues depuis.

Le Haut conseil des médias (HCM), organe étatique de régulation de la presse, avait adressé plusieurs mises en garde à Mme Uwimana avant son arrestation.

La journaliste avait été déjà condamnée à un an de prison ferme par un tribunal rwandais notamment pour “sectarisme” et “diffamation”. Elle avait repris la publication de son journal après avoir purgé la totalité de la peine début 2008.

La Haute Cour de la république doit rendre son verdict le 4 février.

[Cyberpresse]

January 9, 2011   No Comments

Lourd réquisitoire de l’ancien Procureur Général Rwandais Gérard Gahima contre Paul Kagame

par Colette Braeckman.

Rwanda: la charge violente d’un ancien ami

Gérard Gahima

Ancien Procureur général du Rwanda, membre du noyau fondateur du Front patriotique rwandais, Gérard Gahima, en rupture avec Kigali, est aujourd’hui un homme très occupé : en compagnie d’autres exilés dont son frère Théogène Rudasingwa, le général Patrick Karegeya ainsi que le général Kayumba Nyamwasa, ancien ambassadeur en Inde, il a fondé le « Congrès National du Rwanda », une plate forme politique qui se veut une alternative au FPR, sinon un retour aux sources d’inspiration du mouvement.

Occupé, Gahima l’est aussi parce que les réunions se multiplient :

« voici quelques jours je me trouvais en Espagne, où avait été organisé un dialogue avec d’autres opposants, Paul Rusesabagina (ancien gérant de l’hôtel des Mille collines), Jean Marie Ndagijimana, Joseph Matata et d’autres anciens sympathisants du régime Habyarimana. A Bruxelles en ce moment, les contacts se poursuivent. »

Pour Gahima,

« deux raisons expliquent pourquoi ce dialogue interrwandais qui rassemble Hutus et Tutsis, représentants de l’ancien régime et déçus du FPR, doit se poursuivre en exil : au Rwanda même ce type d’exercice n’est pas possible. En outre, la diaspora rwandaise est nombreuse, dépassant, en Europe seulement, les 40.000 personnes. Presque tous les cadres de l’ancien régime demeurent en exil où ils représentent une opposition forte et organisée… »

Lors de son dernier séjour en Belgique, le président Kagame a lui aussi essayé de séduire cette opposition en exil, multipliant les rencontres avec la diaspora ; une vingtaine de Rwandais de l’étranger ont même été invités à revenir au pays dans le cadre de l’opération « come and see », « venez voir ».
Mais selon Gahima, cette démarche n’a pas suffi :

« tout le monde sait qu’au Rwanda l’Etat contrôle tout, qu’il est entre les mains d’un seul homme, qui ne supporte pas la contradiction et dont la base réelle se réduit désormais à un tout petit groupe de gardes du corps et quelques civils… »

La concentration du pouvoir, les frustrations qui se multiplient à cause d’une politique autoritaire et répressive, tout cela inquiète l’ancien procureur général :

«puisque les gens ne peuvent s’exprimer librement, il y a trop de tensions dans ce pays…Le drame, c’est que les mécontents assimilent tous les Tutsis aux tenants du pouvoir en place. Autrement dit, une explosion pourrait déboucher sur un autre génocide des Tutsis. C’est pourquoi il est urgent de dialoguer, de relâcher la pression… »

Pourquoi Gahima, si proche autrefois du président Kagame, est il entré en conflit avec lui ? Le juriste balaie d’un revers de la main les accusations du président rwandais, qui assure que ses anciens fidèles devenus dissidents n’avaient en réalité pas accepté les mesures de lutte contre la corruption, la fin des passe droits :

« en réalité, ce qu’il ne supporte pas c’est la contradiction. Moi, j’avais tenté de le convaincre de ne pas arrêter l’ancien président Pasteur Bizimungu en 2003, mais rien n’y a fait. Autrefois, en 1998, je m’étais déjà opposé à la deuxième guerre du Congo, mais Kagame voulait à tout prix chasser Laurent Désiré Kabila, qu’il venait de mettre au pouvoir un an plus tôt. Cette démarche était surtout inspirée par l’orgueil, il voulait diriger le Congo à distance, ce que Kabila refusait…Cette deuxième guerre fut une erreur immense, qui a semé la mort et la haine dans toute la région… »

Gahima assure aussi que Kagame ne supporte pas qu’un autre de ses proches devienne trop connu, trop populaire :

« c’est pour cela que James Kabarebe qui était chef d’Etat Major est devenu ministre de la Défense et n’a plus de prise sur l’armée, que Rose Kabuye, considérée comme une héroïne a été écartée, que les généraux Muhire et Karenzi Karake ont été accusés de corruption… »

Le réquisitoire de l’ancien procureur est lourd aussi d’accusations précises :

« du jour au lendemain Kagame prend des décisions arbitraires, qu’ailleurs on jugerait ubuesques : il remplace par l’anglais le français parlé par 80% de la population, ajoutant ainsi au clivage de l’ethnie et de la province celui de la langue, il interdit le port de sandales à Kigali, décide de rassembler les gens dans des villages groupés, les imidugudu, interdisant l’habitat dispersé, il impose des cultures de rente au détriment des cultures vivrières, ce qui provoque des pénuries et même la famine dans certaines régions…Toutes ces décisions arbitraires provoquent un mécontentement qui à terme peut mener à une explosion… Les visiteurs étrangers refusent de voir qu’il y a un malaise et ils multiplient les éloges…»

Cette explosion violente, Gahima dément cependant vouloir la provoquer :

« nous ne sommes pas dans une dynamique de guerre. Affirmer que notre mouvement recrute des combattants au Nord Kivu, c’est de la propagande… »

Propos recueillis à Bruxelles
[http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2010/12/29/rwanda-la-charge-violente-dun-ancien-ami/]

January 3, 2011   No Comments