Rwanda: Risques d’être étranger dans son propre pays — Rwandinfo_FR
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Rwanda: Risques d’être étranger dans son propre pays

Kigali – De nombreux Rwandais habitant les régions frontalières avec le Burundi et la RD Congo, qualifiés d’étrangers, ne peuvent obtenir la carte d’identité, indispensable à la vie courante et pour participer aux élections présidentielles d’août prochain. Ces sans-papiers sont inquiets.
Ils ont tous plus peur qu’ils n’inspirent de crainte à leurs voisins. Eux, ce sont en majorité des habitants des régions rwandaises frontalières avec le Burundi au sud du pays et la RD Congo à l’ouest, auxquels les autorités locales refusent la carte d’identité.

“Ce sont des étrangers”, disent-elles. Depuis deux ans, quand tous les citoyens rwandais ont du refaire leur carte d’identité, de nombreux villageois du sud et de l’ouest n’ont pas obtenu ce document vital.

Ils sont soupçonnés, à tort ou à raison, par leurs voisins et les dirigeants locaux, de venir d’ailleurs, peu importe le temps qu’ils ont vécu sur place.

Aujourd’hui, être sans-papiers au Rwanda est risqué. Ceux qui n’en ont pas craignent pour leurs biens, pour leurs droits civiques à l’approche des élections présidentielles prévues le 9 août prochain et même pour leur vie, surtout en ces moments d’insécurité.

Début mars, des attentats à la grenade ont fait des dizaines de victimes. Le conseil consultatif du district de Gicumbi, nord, a ainsi déclaré récemment que “ceux qui n’ont pas de carte d’identité doivent être considérés comme ceux qui causent l’insécurité”.

Actuellement, les forces de l’ordre procèdent à la vérification de cette carte. Ceux qui ne peuvent pas la présenter restent aux mains de la police.

“Nous tous qualifiés d’étrangers, nous ne pouvons pas voyager de peur d’être attrapés et pris pour des fauteurs de troubles dans le pays”, note Sixbert Banzubaze, 40 ans, de Muganza, Gisagara.
Sans carte d’identité, impossible aussi au Rwanda d’avoir accès aux services publics ou privés. Offres d’emploi, services dans les banques, soins dans les hôpitaux, élections… On l’exige avant toute chose.

Rumeurs, jalousies…
Pour cet activiste des droits de l’homme de Kigali, ces gens “sont victimes d’une propagande xénophobe de quelques villageois des régions frontalières”. Ils sont “des vrais sans-papiers dans leurs pays”.

“A part, ceux qui bougent beaucoup entre les frontières, ce sont ceux qui ont des grandes terres qui sont visés”, remarque un villageois de Muganza.

Le vieux Kanyabikari François, né en 1936 dans le district de Gisagara, sud, voisin du Burundi ne comprend pas ce qu’il lui arrive. Un responsable local lui a confisqué sa carte d’identité avançant qu’il est étranger. “Mon père est né ici comme moi et mes enfants. Personne dans cette région ne peut nous montrer le lieu d’où seraient venus nos arrières parents”, se plaint Kanyabikari.

Comme lui, Jacques Hakizimana, 87 ans, du secteur Mukindo de Gisagara et plus de 100 personnes de sa descendance, avaient des cartes d’identité rwandaise. Il a servi son pays jusqu’à sa retraite, mais, aujourd’hui, il est pris pour étranger.
“J’ai peur qu’on nous chasse sans savoir où nous envoyer, car nous n’avons pas d’autre origine ailleurs”, se résigne un de ses fils.

Pour lui, ce sont surtout des jalousies entre voisins qui sont à l’origine de ces problèmes : “Tout commence par une rumeur propagée par quelqu’un qui veut écarter l’autre. Quand elle arrive au dirigeant, celui-ci retient la carte d’identité de peur d’être accusé de la délivrer à des étrangers.”

Selon un élu local du district de Gisagara, de nombreuses personnes sont concernées : “Nous visons à bien identifier les vrais nationaux et les étrangers, car une bonne partie de nos habitants sont partagés entre deux pays. Certains ont des terres et des maisons au Rwanda et au Burundi. Ils trichent et ils ont plus d’une nationalité. Quand ils commettent des infractions dans un pays, ils se réfugient dans l’autre.”

Fin 2009, le président rwandais, Paul Kagame, avait lui-même pointé du doigt, lors de sa visite dans la province du Sud, les gens qui vont et viennent entre les différents pays, présumant qu’ils peuvent causer de l’insécurité.

Vent électoral
Pour avoir une carte d’électeur, un citoyen doit avoir au préalable une carte d’identité. “Nous la refuser, c’est nous priver de nos droits civiques. Visiblement nous ne pourrons pas voter aux prochaines élections présidentielles “, regrette un villageois de Mukindo, Sud.

Son camarade, lui, craint le pire : “On nous dit souvent qu’on va nous renvoyer chez nous. Nos voisins nous disent qu’ils vont prendre nos biens quand nous serons partis. Mais on ne nous dit pas où on va nous renvoyer.”

La délivrance de la carte d’identité dotée d’une puce électronique a commencé en août 2008. “Environ 5,3 millions de personnes l’ont demandée”, d’après Pascal Nyamurinda, coordinateur du projet de l’identité nationale. C’est ce nombre qui, après avoir obtenu leur “smart card”, prendra part aux élections. Mais, dans la province de l’Ouest, près de 700 000 personnes sur 2,5 millions n’avaient pas de carte d’identité fin 2009.

[Syfia Grands Lacs]

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