Rwanda : Déo Mushayidi est un «Mandela» et non un «criminel» — Rwandinfo_FR
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Rwanda : Déo Mushayidi est un «Mandela» et non un «criminel»

Dans son communiqué n° 121/2010, le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) écrit ceci:

Déo Mushayidi est un «Mandela» et non un «criminel».

Le Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda (CLIIR) dénonce et condamne le kidnapping par la police burundaise et la déportation forcée vers le Rwanda de Monsieur Déogratias MUSHAYIDI.
Ce crime contre l’humanité, qui est imprescriptible et imputable aux forces de sécurité de la République du Burundi, a eu lieu vendredi le 5 mars 2010.
Déo Mushayidi est président du Pacte de Défense du Peuple (PDP) depuis novembre 2008. C’est un des rares rescapés tutsis qui a osé rompre avec le FPR dont il a dénoncé les crimes, la corruption et les dérives antidémocratiques.
Le régime du FPR l’insulte en le traitant de terroriste qui serait impliqué dans les attaques aux grenades survenues au Rwanda depuis quelques semaines.

M. Mushayidi est un opposant politique crédible et reconnu comme tel par la majorité des rwandais qui le connaissent bien. Tous les prétextes sont bons pour le régime dictatorial du général Paul KAGAME, président du Rwanda, pour se débarrasser de ses opposants politiques réels ou supposés.
Le CLIIR recommande une enquête urgente et indépendante sur ces attaques à la grenade qui, selon certains observateurs rwandais et étrangers, seraient l’œuvre de l’omniprésente et omnipuissante DMI (Directorate of Military Intelligence).
Le général Jack Nziza, le colonel Emmanuel Ndahiro et le général James Kabarebe sont soupçonnés de superviser ces attaques visant à terroriser la population civile et à se débarrasser des opposants politiques qui ont formé un Conseil de concertation politique très efficace face à Paul Kagame.

Ce communiqué n°121 est un vibrant hommage à M. Déo Mushayidi, un homme politique qui a toujours su rassembler autour de lui tous les rwandais sans aucune distinction politique, ethnique et régionale.

Avant de parler de son kidnapping et de son héritage politique, voici quelques uns des nombreux commentaires qui sont parvenus au CLIIR depuis sa déportation vers le Rwanda :
« Déo Mushayidi n’a jamais été et ne sera jamais un terroriste. C’est notre « Mandela » pour nous les rescapés des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre commis au Rwanda et au Congo depuis 1990 jusqu’à ce jour de 2010.
Mushayidi réclame la justice et la vérité dans ses paroles et ses écrits pour tous les victimes et les rescapés sans aucune distinction politique, ethnique ou régionale
».

Un nouveau «Mandela» serait né au Rwanda ?

M. Nelson Mandela, ancien président de la République Sud Africaine (RSA) était un avocat de formation et de profession qui a passé 27 ans de prison sous le régime de l’apartheid.

M. Déo Mushayidi, le « Mandela » du Rwanda était un enseignant de profession et un religieux de vocation. En effet, Mushayidi est un ancien frère Joséphiste qui a quitté sa soutane et ses études de théologie pour devenir le représentant officiel du Front Patriotique Rwandais (FPR), la rébellion armée tutsie, en Suisse jusqu’à son retour au Rwanda en 1994.
Il avait été séduit par les textes du programme politique du FPR qui rencontrait son idéal politique en tant que démocrate né.
Nous ignorons combien d’années, et dans quel état de santé physique et mental, il va passer en prison sous le régime de l’Apartheid imposé par le FPR au Rwanda.
Connaissant les méthodes criminelles du régime FPR, nous craignons qu’il soit tué ou que son cerveau soit endommagé par la torture ou le poison, comme ce fut le cas de M. Innocent Byabagamba, un ancien militaire tutsi arrêté dans un pays voisin et déporté au Rwanda et dont le cerveau a été très endommagé dans l’intention d’en faire un handicapé mental in fine.

Ceux qui traitent Mushayidi de « Mandela » du Rwanda, ce sont ceux qui connaissent son histoire tragique.
La tragédie familiale de Mushayidi peut se résumer comme suit :
« Son père a été tué par des hutus trois mois avant sa naissance en 1961. Il est donc né dans les décombres de la maison familiale détruite pendant les violences ethniques de la révolution de 1959. Sa vieille mère et ses deux sœurs aînées ont été massacrées avec leurs enfants pendant le génocide de 1994 à l’époque où il représentait le FPR en Suisse ».
Malgré la mort violente de ses proches parents, Mushayidi a toujours collaboré avec ses compatriotes Hutu et Twa dans les différents mouvements politiques qu’il a cofondés ou qu’il a rejoint depuis le 22 février 2001.
Il a toujours milité en faveur du Dialogue inter-rwandais et de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation. Ce sont les principaux instruments politiques qu’il a toujours privilégiés. Sa philosophie politique ne lui permettrait pas de sombrer dans un quelconque terrorisme.
C’est un homme qui assume et revendique toujours ces actes. Au cas où il serait amené à poser un acte violent, il aurait le courage politique d’assumer et de revendiquer son acte.
Comme le sud-africain Nelson MANDELA a vaincu l’apartheid, le «Mandela» rwandais rêve de vaincre les démons ethniques et créer un pays viable pour toutes les ethnies du Rwanda et de la région.
C’est pour éviter à tout rwandais une tragédie semblable à la sienne que Déo Mushayidi a évolué dans plusieurs formations politiques susceptibles de libérer le Rwanda de l’Apartheid ethnique qui le mine.

Recommandations :

Le Centre recommande instamment :

– Que le président Paul Kagame et son gouvernement autorisent la libération immédiate et sans condition de M. Déo Mushayidi qui ne fait qu’exercer ses droits naturels que sont : la liberté, la propriété, la sûreté et le droit de résister à l’oppression.

– Que le gouvernement rwandais respecte tous les droits et libertés de M. Mushayidi.

– Que M. Mushayidi soit autorisé à rencontrer ses avocats chargés de le faire libérer ou de le défendre dans un éventuel procès s’il y a eu des délits à juger.

– Que le président rwandais Paul Kagame abandonne tous ses graves défauts qui lui sont attribués par ses anciens proches collaborateurs.
En effet, dans son interview à la Vox of America (VOA du 04/03/10), le général Kayumba Nyamwasa accuse le président Paul KAGAME d’être caractérisé par « le népotisme, la cupidité, le divisionnisme, les intrigues et l’autoglorification ».
Il parle de maltraitance contre la famille du général Fred Rwigema, l’ancien président du FPR assassiné le 02/10/1990, de la mise à l’écart de plusieurs membres fondateurs du FPR.
Il parle également des citoyens rwandais ” humiliés par le président rwandais, qui se courbent, s’agenouillent, roulent par terre devant lui, qui se font tabasser avec des coups de pieds”.
Nous constatons que c’est ce genre de traitements inhumains et dégradants qu’il applique contre ses opposants politiques dont M. Déo Mushayidi fait partie.

– Que tous les pays qui aident le Rwanda, toutes les organisations des droits humains et tous les hommes de bonne volonté réclament sa libération.

– Nous encourageons Monsieur Mushayidi, s’il est encore vivant ou en état physique et mental normal, à résister aux persécutions dont il fait l’objet en prison ou dont il fera l’objet en liberté s’il est relâché.
Nous craignons qu’il soit soumis à la torture physique et/ou mentale puisque ses avocats n’arrivent pas à le rencontrer.

Lire aussi:
Les raisons de l’exil de l’opposant politique Rwandais Deo Mushayidi en l’an 2000.
Les activités politiques de Mushayidi en exil en Belgique.
Le Burundi doit répondre du kidnapping et déportation de Deo Mushayidi.
Brève biographie de l’opposant politique Rwandais Deo Mushayidi

Tiré du communiqué n° 121/2010 publié le 8 Mars 2010 par Joseph Matata, Coordinateur du CLIIR (Centre de Lutte contre l’Impunité et l’Injustice au Rwanda).

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