Nord-Kivu : trafic lucratif de drogue vers le Rwanda — Rwandinfo_FR
Tribune d'Information sur le Rwanda

Nord-Kivu : trafic lucratif de drogue vers le Rwanda

par Agence Syfia.

(Syfia Grands Lacs/RD Congo) Deux drogues, le khat et le cannabis, dont la production est contrôlée par les FDLR, remplacent peu à peu le thé dans le territoire de Rutshuru au Nord Kivu. Très rentables, elles alimentent un trafic croissant vers le Rwanda, soutenu par certaines autorités.

Les agriculteurs du territoire de Rutshuru au Nord Kivu, au nord de la RD Congo, préfèrent rester discrets. Pour éviter les agents des forces de l’ordre ou d’être épinglés par certaines organisations étrangères, ils cachent soigneusement leurs plants de khat ou de cannabis entre leurs rangs de maïs ou de sorgho. Dans les localités congolaises sous contrôle des rebelles des Forces démocratiques pour la libération du Rwanda (FDLR) – la “zone rouge” de l’ONU – ces deux plantes narcotiques, considérées comme des drogues dans de nombreux pays européens et américains, remplacent de plus en plus le thé. Coupés de leurs sources de revenus depuis deux ans qu’ils sont traqués au Nord et au Sud-Kivu, les FDLR ont poussé les producteurs de thé à se reconvertir dans ces cultures rentables. Un des moyens pour eux, qui contrôlent l’activité, de s’approvisionner en armes et munitions pour combattre l’armée congolaise.

Le thé ne rapportait plus guère dans ce territoire en proie à l’insécurité où les acheteurs ne se bousculent pas. Depuis quelques années, ils avaient commencé à produire ces drogues recherchées. Aujourd’hui, ils sont encouragés à faire plus. Selon un agent de l’ANR (service de renseignements congolais), les revenus provenant de ces plantes narcotiques ont doublé en un an, atteignant des milliers de dollars. Même s’ils n’en touchent qu’une maigre partie, les paysans en sont satisfaits.

Fraudes quotidiennes

A Mpati, un de ces villages, le khat est officiellement produit pour l’alimentation des vaches, un moyen de les stimuler à brouter davantage. Pourtant, le khat comme le cannabis, qui demandent moins de travail que le thé, prennent plutôt le chemin de Kigali. Un sac de 20 kg, le cannabis se vend à 50 $ à Mpati et se négocie à 120 $ à Nyanzale, un centre commercial de la région. Il se vendrait 600 $ dans la capitale rwandaise, d’après les sources de Rutshuru confirmées par un chef coutumier.

Selon les douanes de la RD Congo et du Rwanda, des handicapés, des femmes et des enfants s’emploient activement à camoufler la drogue pour lui faire passer la frontière, surtout au niveau des “antennes”, la périphérie nord de Goma. “Ils disent toujours la même chose quand ils sont arrêtés : je ne savais pas ce qui était dans mon sac”, constate une policière rwandaise commise à la douane. Au Rwanda, le trafic de drogues est puni d’une peine d’emprisonnement qui va jusqu’à 5 ans et de 500 000 Frw (900 $) d’amende. Selon le ministère de la Santé du Rwanda, les jeunes de 15 à 24 ans, qui mènent une vie précaire et ne se voient pas d’avenir, en consomment de plus en plus pour oublier leurs difficultés quotidiennes. Des sources douanières affirment que des véhicules transportant des matériaux de construction ou des caisses de boissons entre Goma et Gisenyi participent aussi à ce rentable commerce transfrontalier. Celui-ci a pris de l’ampleur encouragé par l’absence d’autorité de l’État et le dédoublement du pouvoir coutumier dans la région de Mpati.

Depuis la deuxième guerre du Congo (1998-2003), les conflits ethniques ont, en effet, causé un schisme au sein de la chefferie de Bashali, située en territoires de Masisi et de Rutshuru. Le pouvoir coutumier (territoire de Masisi), étant coupé des “insurgés” de Mpati (territoire de Rutshuru), n’a plus d’autorité dans cette région. Là tout agriculteur a droit à une kalachnikov distribuée officiellement par le chef coutumier “autoproclamé” afin de protéger son champ de narcotiques. Selon l’agent de l’ANR précité, ces cultures ont encore de beaux jours devant elles. D’autant que certaines autorités politiques et militaires en tirent des revenus substantiels…et n’ont aucune raison d’y mettre fin.

[Syfia Grands Lacs/RD Congo]

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