Abdul Ruzibiza, témoin clé de l’attentat contre l’avion du President Rwandais Habyarimana, est mort — Rwandinfo_FR
Tribune d'Information sur le Rwanda

Abdul Ruzibiza, témoin clé de l’attentat contre l’avion du President Rwandais Habyarimana, est mort

L’un des témoins clés dans l’affaire de l’attentat contre l’avion du Président Rwandais Habyarimana, Abdul Ruzibiza, est décédé en Norvège où il était réfugié. Simple infirmier au sein de l’Armée patriotique rwandaise, Ruzibiza, se présentant comme un témoin de premier plan de l’attentat perpétré le 6 avril 1994, avait mis en cause la hiérarchie du Front patriotique rwandais et accusé l’actuel président Paul Kagame.
Son témoignage avait inspiré en France de nombreux articles de presse et plusieurs ouvrages accusant le Front patriotique rwandais, actuellement au pouvoir, d’avoir commis l’attentat et ainsi précipité le génocide. Mais surtout, la déposition d’Abdul Ruzibiza avait servi de pièce maîtresse à l’acte d’accusation dressé par le juge Bruguière. Ce dernier, se fondant sur le témoignage du transfuge, avait émis neuf mandats d’arrêt contre de hauts responsables rwandais, ce qui avait provoqué la rupture des relations diplomatiques entre Paris et Kigali.

Une autre pièce d’information montre qu’avant de mourir, le témoin Abdul Ruzibiza avait encore dénoncé Kagame:
Pourquoi êtes vous revenu au cours de diverses entrevues sur le contenu de vos auditions en France », interroge le juge. « La réponse générale est liée à ma sécurité personnelle et à celle de certains témoins. »

Par la suite, la roue avait tourné : Ruzibiza était revenu sur son témoignage, comme d’autres témoins à charge rwandais et tous avaient assuré qu’ils avaient été manipulés.

Cette année, à l’initiative de Bernard Kouchner les relations diplomatiques ont été rétablies entre la France et le Rwanda, deux autres juges d’instruction, Marc Trevidic et Nathalie Poux, ont repris l’enquête à zéro et se sont rendus sur le terrain où ils ont eu toute latitude pour travailler. Quant à Ruzibiza, il avait eu un premier contact avec le nouveau juge d’instruction, et, demeuré très discret, il avait expliqué qu’en dire plus était très dangereux.
L’ancien infirmier, qui, après avoir fui le Rwanda s’était réfugié à Kampala où nous l’avions rencontré, avait été amené en France où il avait été présenté à des journalistes, des sociologues spécialistes du Rwanda qui avaient “expertisé” et validé son témoignage. Et surtout, ce témoin providentiel avait été amené dans le bureau du juge Bruguière, qui avait fait de son récit le pilier de son acte d’accusation contre neuf hauts dirigeants du FPR. S’il avait été interrogé plus avant, Ruzibiza aurait pu expliquer par quelles filières il était passé et qui l’avait encouragé à formuler l’accablante déposition, sur laquelle il allait revenir par la suite.
En Norvège, M. Ruzibiza semble avoir été emporté par une maladie du foie (à l’instar de l’un des témoins clés du procès Ntuyahaga à Bruxelles). Les avocats des inculpés rwandais, Mes Lev Forster et Bernard Maingain ont décidé de demander une expertise afin de déterminer les causes exactes du décès de l’ancien caporal infirmier de Byumba, qui en savait à la fois trop et pas assez.

Colette Braeckman

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