Tribune d'Information sur le Rwanda

Rwanda : L’espace politique est déjà rempli, pas les prisons

par Olivier Nyirubugara.

[youtube]mtSLaYGUC80[/youtube]

Quand elle est rentrée des Pays Bas en janvier 2010, Victoire Ingabire espérait pouvoir occuper une place dans l’ espace politique de son pays le Rwanda. Elle envisageait même de se présenter à l’ élection présidentielle contre le président Paul Kagame, qui a finalement récolté plus de 93 pourcent des soufrages.

Ingabire n’ a pu ni faire inscrire son parti ni présenter sa candidature. Elle a été plutôt accusée de disséminer l’idéologie génocidaire. Son avocat, Peter Erlinder a été également arrêté et emprisonné pour le même crime, mais a été libéré in extremis grâce à une puissante pression venant surtout de son pays, les Etats Unis, mais aussi des quatre coins du globe.

Visiblement, ces allégations se sont avérées non fondées. Il fallait trouver quelque chose de plus effrayant : Ingabire est une terroriste sur le point de mener des attaques sur le Rwanda. Un témoin clé qui achetait armes et munitions [au Rwanda ???] pour elle a été arrêté. Et, comme à l’ accoutumée, il a tout de suite avoué et promis de coopérer. L’ affaire Ingabire devient un secret d’ Etat, et donc pas de visite, pas de soins médicaux, pas de nourriture.

Donc, du statut de femme politique ambitieuse opérant depuis son exile européen, Ingabire se retrouve isolée dans sa geôle, accusée de terrorisme, un des crimes les plus graves dans le droit rwandais post-génocide pour lequel plusieurs hommes politiques ont écopé des peines lourdes d’ emprisonnement

Il convient de noter que son arrestation a suivi de quelques jours le discours historique du président Kagame, le 7 octobre 2010, lequel discours est considéré par plusieurs observateurs comme le début du déclin du kagamisme. Le président Kagame publiquement humilié ses [anciens] soutiens occidentaux ‘qui ne m’écoutent plus’, en se moquant d’ eux et de leurs systèmes politiques. A la même occasion, il a annoncé, triomphalement, que ‘l’ espace politique est bien et complètement occupé par le Peuple’ qui a parlé ‘librement’ [ qu’est-ce que la liberté ?] en ‘en grand nombre’.

Maintenant que Ingabire se trouve en prison, entre les mains de ceux qu’ elle a constamment critiqués, trois scénarios sont possibles dans les mois et années à venir.

Premièrement, il est clair que Ingabire a très peu de chances d’ être acquittée par des tribunaux rwandais, car les crimes dont on l’ accuse sont d’ une gravité sans précédent. Donc, elle fera très probablement un séjour à la 1930, la fameuse prison centrale de Kigali, où elle ne peut qu’ être isolée d’ autres êtres vivants de peur qu’ elle ne les contamine avec son idéologie. Dans ce cas, elle serait invitée ou forcée à se repentir et à demander une grâce présidentielle. Ça c’ est le scénario Pasteur Bizimungu, qui consiste en une mort psychologique suivie d’ une mort politique. C’ est le même scénario pour Bernard Ntaganda.

Le deuxième scénario serait celui d’ une mascarade judiciaire qui provoquerait la colère des soutiens occidentaux et, du même coup, ferait monter la pression venant de leur côté. Dans ce cas, les juges recevraient les instructions de libérer Ingabire avec ou sans conditions. C’ est le scénario Augustin Misago, du nom de l’évêque de Gikongoro, qui s’ est également appliqué récemment dans le procès contre le professeur Peter Erlinder, l’avocat d’Ingabire. Ce scénario aurait comme effet l’ouverture de l’ espace politique déjà rempli et complètement occupé.

Le troisième scénario serait, vu les mauvais traitements lui infligés, celui de la mort physique d’ Ingabire pendant son séjour en prison. De toutes les façons, le vice président du parti écologiste a été décapité, et rien ne s’est passé. Le raisonnement pourrait être celui de lui infliger une mort douce, maquillée et assistée, qui apparaîtrait naturelle.

October 25, 2010   No Comments

“Monsieur Kagame, réfléchissez !”… “Ingabire ne veut que la réconciliation” plaide sa fille Raissa

”C’est facile à faire”, dit Rémy, le fils aîné (18 ans), tandis qu’il verse du poisson et des frites surgelés dans la friture. ”Parfois je fais aussi des pâtes”. Depuis que sa mère n’est plus là, Rémy fait plus souvent la cuisine. Il suit actuellement une formation dans la restauration.

Après le repas, Rémy et son petit frère Rist (8 ans) se mettent devant l’ordinateur : football et autres jeux. Le calme est revenu dans la salle de séjour. Lin Muyizere, leur père, soupire : ”Autrefois, quand Victoire était encore là, il y avait toujours du monde qui venait nous rendre visite.”

Dans une cellule

La femme de Lin, Victoire Ingabire, chef du parti d’opposition rwandais UDF, a brigué la présidentielle l’été dernier au Rwanda. En janvier 2010, elle est retournée dans son pays natal pour se préparer à l’élection présidentielle. Au lieu de pouvoir se présenter, Victoire Ingabire est placée en garde à vue. Et depuis le 14 octobre dernier elle se trouve dans une cellule au bureau de police de Kigali.

Entre-temps Paul Kagame (FPR) a été réélu président. Quant à Victoire Ingabire, elle est accusée de former une organisation terroriste. Un moyen de l’évincer, dit sa famille. Elle risque une lourde peine de prison.

Son mari, qui vit à Zevenhuizen, dans l’ouest des Pays-Bas, essaie de comprendre. Mais Lin se sent impuissant. ”Tous les jours, on apprend qu’elle ne va pas bien. Cela détermine notre vie. Victoire ne mange pas bien. Elle a peur d’être empoisonnée. Elle est affaiblie et mange mal.”

Lin téléphonait trois fois par jour à sa femme : le matin, l’après-midi et le soir. Elle allait relativement bien, dit-il. Actuellement, il appelle quotidiennement son avocat. Lui-même reçoit sans cesse des coups de fil d’amis et de connaissances désireux d’avoir des nouvelles de Victoire Ingabire. Depuis qu’elle se trouve dans une cellule du bureau de police de Kigali, Lin ne peut plus la joindre directement. ”Elle me manque terriblement, dit-il. Je voudrais savoir comment elle se porte réellement.”

Aide financière

Raissa, 21 ans, sa fille, qui vit ailleurs, est en visite. Elle ressemble à sa mère. Raissa a rendu visite à l’ambassadeur du Rwanda. ”Je veux parler à ma mère, mais on ne m’a encore rien dit. Ils ne peuvent quand même pas la laisser mourir de faim. Je veux un procès humain !”

Elle espère ardemment que le nouveau gouvernement néerlandais pourra faire quelque chose. ”Pourquoi est-ce que les Pays-Bas soutiendraient un pays où la démocratie n’est pas possible ? Les Pays-Bas doivent contraindre le Rwanda à introduire la démocratie en mettant un terme à l’aide financière. Ou en menaçant de le faire. Le Rwanda a besoin d’aide. Sans argent, le Rwanda a un problème.”

Question à Kagame

Lin a un message à adresser au président rwandais : ”J’aimerais dire au président Paul Kagame que Victoire n’est pas retournée au Rwanda pour faire la guerre ou pour être l’ennemie de Kagame. Tout le monde veut la liberté, pas seulement Victoire. Tout le monde veut ça en Afrique, non ?”

Raissa aimerait demander au président rwandais de réfléchir à la situation : ”Ma mère veut la réconciliation. Elle veut donner la liberté aux gens dans leur propre pays. Si Kagame est vraiment un dirigeant juste, il devrait quand même soutenir cela, non ? Si Kagame réfléchit à cela, la situation peut changer. Je pense. Du moins je l ’espère…”

[Radio Nederland Wereldomroep]

October 25, 2010   No Comments